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Emmanuel Brousse
Focus | 7 mai
7 mn

Le Japon renoue avec la puissance militaire
Pouvoir exploser n'importe quoi à 5000 kilomètres de ses côtes : la nouvelle doctrine de défense du Japon.

Triumphal Return of Victorious Japanese Imperial Army from Asan <br>
Meiji Period, dated 1894, Tryptich woodblock print, ink and colors on paper <br>
The Patricia & Phillip Frost Art Museum <br> © The Patricia & Phillip Frost Art Museum
Les milliers de manifestants dans les rues du pays n'y ont rien fait : en septembre 2015, la loi de défense proposée par le gouvernement de Shinzo Abe a été adoptée et le Japon peut désormais intervenir aux côtés de ses alliés sur des conflits qui ne concernent pas directement l'archipel. Faut-il y voir la fin du pacifisme nippon, pourtant gravé dans la constitution du pays ? Pour les partisans de la loi, il s'agit là d'une simple « réinterprétation » qui ne contrevient en rien aux principes de 1945.
Pourtant, difficile de ne pas voir dans cette décision symbolique une amorce de la remilitarisation du pays. À peine la loi de défense était-elle passée que le pays annonçait une revue à la hausse du budget militaire. Le poids des dépenses du Japon consacrées à l'armée a ainsi augmenté pour la quatrième année consécutive, atteignant 38 milliards d'euros. Parallèlement, la JSDF (Japan Self Defense Force) a testé avec succès un prototype de chasseur furtif, le X2, devenant ainsi le quatrième pays du monde à maîtriser cette technologie. Et cerise sur le gâteau, l'industrie japonaise a remisé aux oubliettes son principe consistant à n'exporter que des technologies non-létales, signant ainsi son retour sur le marché mondial de l'armement.

Un contexte tendu

Si l'archipel met les bouchées doubles pour revenir dans le club des grandes puissances militaires, c'est avant tout pour ne pas se laisser distancer par ses turbulents voisins. Le Japon a beau disposer d'une sécurité « garantie » par les forces américaines, il connaît plusieurs conflits territoriaux qu'il ne peut espérer gagner sur le long terme sans disposer d'une véritable armée.
Outre la Corée du Nord dont les incessantes provocations et les armes nucléaires font peser une ambiance délétère sur la région, il doit gérer deux cas épineux. Au nord, le conflit avec la Russie autour de la souveraineté sur les Kouriles s'est envenimé depuis 2010, et nombre d’officiels russes se sont rendus dans les îles pour y réaffirmer leur présence, notamment militaire.
Au sud, le Japon doit faire face à un autre problème d'îles puisque la Chine déploie des forces de plus en plus importantes en mer de Chine (îles Spratleys, archipel des Paracels...) et surtout revendique les îles Senkaku (ou Diaoyu en chinois), administrées de facto par le Japon depuis 1972. Après des années de conflit latent, les choses ont empiré avec l'officialisation en 2012 par le Japon de l'intégration des Senkaku au territoire national suite à un imbroglio lié au gouverneur de la préfecture de Tokyo, Shintaro Isihara qui souhaitait intégrer les îles à cette dernière. L'indignation chinoise a ravivé les tensions et conduit à l'établissement d'une force japonaise permanente sur les Senkaku et à l'établissement de plateformes de forage chinoises dans les eaux environnantes. Malgré les discours de façade où Tokyo et Pékin annoncent souhaiter de tout cœur une entente durable et fructueuse, nul ne se hasarde à faire un pas en arrière, et en 2015, l'aviation japonaise a dû intercepter 571 fois des avions chinois qui violaient son espace aérien.

Un retour qui fait des heureux

Avec un climat aussi pesant et des relations qui se tendent avec la Chine et la Russie, la remilitarisation du Japon apparaît comme une nécessité aux yeux de Shinzo Abe et de son gouvernement. Et si une bonne partie de la population ne goûte guère ces « relectures » de la constitution, nombre de pays d'Asie ne sont pas mécontents de voir monter en puissance une force capable de peser face à la Chine. Au Viêtnam, aux Philippines et même en Australie, on se réjouit plus ou moins officiellement du retour au premier plan de l'armée nippone. Ce n'est d'ailleurs pas une surprise si Hanoï et Manille sont parmi les premiers intéressés pour acheter du matériel militaire japonais...
Quant aux Etats-Unis, alliés inoxydables du pays depuis la fin de la fin de la Seconde guerre mondiale, ils se gardent bien de critiquer la remilitarisation du pays. La très grande majorité du matériel utilisé par le Japon est dérivée de matériel américain et même si le Congrès s'est opposé à la vente de F22 Raptor à des pays étrangers, Tokyo a déjà commandé en 2011 une première série de F35 Lightning II, un contrat très bienvenu alors que l'appareil développé conjointement avec une dizaine de pays de l'OTAN accumule les retards et les dépassements de budgets.
Enfin, l’augmentation année après année de la puissance et de l'équipement de la JSDF ne peut que servir les intérêts américains dans la lutte d'influence que se livrent Pékin et Washington en Asie, surtout si le Japon se déleste de son carcan législatif l'empêchant d'opérer hors de ses frontières.
Même s’il est peu probable de voir un jour les conflits territoriaux en Asie déboucher sur une véritable guerre entre puissances nucléaires, mieux vaut pour les rivaux de la Chine et de la Russie pouvoir compter sur une armée japonaise à la pointe de la technologie.
Crédits photo : The Patricia & Phillip Frost Art Museum
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Article paru dans le numéro #110 CINÉASTE
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