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Emmanuel Brousse
À savoir | 1er juillet
7 mn

Échangerait un peu de liberté contre plus de sécurité
Les Français se résignent-ils à vivre dans une société de surveillance ? Oui mais non, révèle une enquête aux conclusions contradictoires.

Liberté, égalité, sécurité : Les Français sont-ils prêts à troquer leur liberté contre davantage de sécurité ? Oui mais non, révèle une enquête aux conclusions contradictoires. © DR / Pluris
Être contrôlé, c'est à la fois inquiétant, anxiogène et désagréable. Être menacé aussi. Or, sans contrôle, la menace est plus importante. Confrontés à cette situation inextricable, les Français se résignent de plus en plus volontiers à la surveillance. Non sans quelques contradictions, comme le révèle « Les Français et le contrôle », une étude commandée par Coppernic, startup spécialisée dans la sécurité, à Opinionway.

Ils sont partout... mais ce n'est pas grave

C'est sans doute la conclusion la plus étonnante de l'étude. 56 % des Français estiment ne pas vivre dans une société de liberté mais bien de contrôle. Le chiffre devrait choquer dans un pays qui se vante d’être celui des Droits de l'Homme et de la Liberté. Mais il n’étonne plus : 84 % des 1058 sondés estiment qu'être contrôlé n'est pas un problème si l'on a rien à se reprocher, et 47 % sont même tout à fait d'accord avec cette affirmation.

Une acceptation aussi généralisée est surprenante, surtout au vu du contexte politique où nombreuses sont les voix qui dénoncent les dénis de démocratie, l'hégémonie des « technocrates de Bruxelles », etc. Certaines concessions sur la liberté sont visiblement plus difficiles à avaler que d'autres. D'ailleurs, moins de la moitié des Français (43 %) estiment qu'être contrôlé est une atteinte aux libertés individuelles.

Une vraie paranoïa aérienne

La deuxième conclusion est sans doute plus anecdotique mais les chiffres restent impressionnants. 59 % des sondés estiment que les contrôles d'identité déjà drastiques dans les aéroports sont insuffisants et 90 % ont une image positive des portiques de sécurité.
Difficile de leur donner tort au vu de l'actualité après les attentats à Bruxelles Zaventem et Istanbul Atatürk. Mais cela prouve à quel point l'avion et les aéroports sont associés à l'insécurité dans l'esprit des Français. Ceci dit, les portiques ne les dérangent pas non plus dans les magasins, où 88 % des gens ont une bonne opinion des dispositifs antivol.

La surveillance qu'on ne voit pas est celle qui effraie le plus

Un vigile ou un portique sont des réalités bien tangibles. Internet en revanche, avec ses mouchards et son flicage insidieux, est plus inquiétant. La surveillance constatée de visu est plus rassurante que celle plus abstraite qui imprègne les télécommunications.
Avec 68 % d'opinions défavorables, les entreprises de l'internet obtiennent le score le plus élevé parmi les entités qui contrôlent trop aux yeux des Français. Les opérateurs télécom et les réseaux sociaux ne sont pas loin derrière avec 58 et 57 %. Quant aux objets connectés, ils suscitent la méfiance de 57 % des sondés. Tout ce qui ne se voit pas est nécessairement plus louche...

Pas touche à mes sous !

Peut être la plus contradictoire des conclusions à tirer de cette étude. De toutes les professions présentées par l'enquête, les huissiers (46 %) et les contrôleurs des impôts (58 %) sont celles dont les Français ont la plus mauvaise opinion, quand les gendarmes obtiennent le meilleur score (86 %). Rien d’anormal jusque là, si ce n'est un soutien surprenant aux forces de l'ordre, pourtant dénoncées régulièrement comme « opposées au peuple » dans l'actualité sociale.

Mais ce qui est réellement étonnant, c'est que si les Français n'aiment guère les huissiers et les contrôleurs du fisc, ils sont 82 % à estimer que les contrôles sur les fraudes aux allocations sont trop faibles, et 76 % à penser de même pour les contrôles sur le travail au noir. Explication possible : le Français hait par dessus tout qu'on touche à son porte-monnaie. Le fraudeur et l'huissier ont en commun de piocher dans son argent durement gagné. Et lorsqu'il existe un risque concret de perdre quelque chose dans l'affaire, les Français se cabrent. D'ailleurs, 59 % d'entre eux estiment être trop contrôlés par le fisc… alors même qu'ils réclament plus de contrôle !
On retrouve le même phénomène vis-à-vis des radars routiers qui s'attirent les foudres de 54 % des sondés alors que 65 % d'entre eux estiment qu'il faut plus de contrôle sur la vitesse.

Les open spaces, cet enfer

Enfin, avec 55% d'avis négatifs, les open spaces sont le dispositif de contrôle le moins prisé des Français, loin devant les radars, les pointeuses et les caméras de surveillance. Une défiance surprenante qui peut s’expliquer par sa généralisation : on passe des centaines d’heures dans un open space, et les raisons de s'en plaindre sont donc multipliées, quand une pointeuse, si agaçante soit-elle, ne représente qu'un bref instant dans la journée.
Crédits photo : DR / Pluris
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Article paru dans le numéro #118 SÉCURITÉ
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