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Emmanuel Brousse
Recommandation | 7 oct.
4 mn
Cette semaine, Sony a annoncé la sortie de la première chanson pop entièrement composée par une intelligence artificielle (AI), celle de son logiciel maison Flow Machines. Daddy’s Car, c’est son nom, se veut une chanson « dans le style des Beatles ». Bon, elle n’est pas tout à fait « entièrement composée » par l’AI : les paroles ont été écrites par un humain et le morceau final a été enregistré par des musiciens. Et le résultat est... mouais.
Le style des Fab four est bien imité mais Daddy's Car reprend surtout les éléments les plus clichés et les plus redondants, ce qui donne à l'ensemble un côté très fade et gentillet. Bref, cela ressemble aux Beatles, mais surtout aux morceaux les plus oubliables, du genre Maxwell's Silver Hammer ou Ask me why mais en encore un peu moins bien (tout en restant quand même écoutable). L'autre morceau composé par l'AI de Sony, Mr Shadow, sur le modèle des songwriters américains est plus original.
Ce qui rend la performance de Flow Machines intéressante n'est pas la qualité musicale du titre ni le fait que la partition sorte du processeur d'un ordinateur. Depuis les années 50, de nombreux morceaux ont été composés par des machines. Iannis Xenakis avait déjà utilisé un IBM 7090 en 1962 pour composer et depuis cette date, d'innombrables artistes ont utilisé la puissance de calcul des ordinateurs pour appliquer des algorithmes et produire des partitions voire directement de la musique. La « compositrice » Emily Howell est même un programme capable de faire évoluer son algorithme en fonction de l'appréciation de son créateur, le musicologue David Cope.
Ce qui différencie Daddy's Car des productions d'Emily Howell ou de l'IBM de Xenakis, c'est qu'elle n'est pas issue d'un algorithme de création mélodique mais du Deep Learning. Pour résumer, le programme de Sony ne se contente pas d'appliquer et de modifier une formule prédéfinie. Il va plutôt « scanner » tout le catalogue des Beatles (ou de n'importe quel artiste ou genre musical) et va créer son propre algorithme basé sur la récurrence de certaines « signatures » musicales.
Rien d'étonnant donc à ce que Daddy's Car ressemble à un pastiche pas vraiment mauvais mais terriblement peu original : son ADN réside dans une sorte de « moyenne » de toutes les chansons des Beatles. C'est d'ailleurs ce qui rend les créations du programme de Sony à la fois inattendues et sans surprise : personne n'a écrit leur algorithme mais en reposant sur un éternel compromis, celui-ci a encore peu de chances de faire preuve d'audace et de « créativité ».
Crédits photo : Josselin Rocher, DR
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Article paru dans le numéro #126 PRESCIENCE
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