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Emmanuel Brousse
Focus | 15 mai
8 mn

Qui a peur de la fin du pétrole ?
Les différentes stratégies des 5 supermajors du pétrole pour s'adapter à l'épuisement des ressources pétrolières.

Qui a peur de la fin du pétrole ?  © DR
Le 5 mai dernier, le professeur Paul Stevens du think tank anglais Chatham House prévenait une nouvelle fois les géants de l'industrie pétrolière dans un article Death of an Old Business Model : le 21e siècle ne leur laissera pas le choix, il faudra s'adapter ou mourir. La formule peut sembler exagérée, mais l'épuisement progressif des réserves mondiales de pétrole force les supermajors du Big Oil à repenser leurs modèles et à chercher des solutions pour conserver leur leadership. Et pour y parvenir, tous ne misent pas sur les mêmes chevaux.

BP : les plans perturbés du pétrolier qui voulait être vert

Le géant pétrolier britannique était en pole position pour se transformer en mastodonte « green » il y près de 15 ans. En 2001, BP communiquait sur ses initiales transformées en « Beyond Petroleum » et voulait devenir le premier pétrolier éco-responsable. Depuis, le groupe a connu la catastrophe Deepwater Horizon et a dû opérer un virage complet dans sa communication et dans ses prévisions pour l'avenir. La terrible baisse des prix du pétrole a forcé le groupe à miser fortement sur le gaz. Quant au « green », BP a investi plus de 500 millions de dollars dans les biocarburants et a longtemps misé sur les carburants verts « de 2e génération » à éthanol lignocellulosique. Après une période d'essais où le groupe a investi dans ce secteur, BP a abandonné cette piste et espère désormais développer son activité autour des biocarburants de première génération issus de cultures traditionnelles comme la canne à sucre. Elle dispose pour cela de parts dans des sociétés comme Vivergo, Kingston Research ou Butamax Advanced Biofuels.

Chevron : écologie de façade à l'américaine

Le géant américain issu de la fusion entre Chevron et Texaco subit de plein fouet les effets de la crise pétrolière, et vient même de supprimer 7000 emplois en 2015. Pour diversifier ses activités et ne pas se retrouver au fond du trou quand arrivera la fin du « Big Oil », Chevron ne mise pas vraiment sur l'écologie ou le développement durable. Il a plutôt orienté ses efforts vers le gaz et l'exploitation de gaz de schiste, et espère se maintenir à flots en misant sur le marché asiatique et les nouvelles façons d'exploiter les énergies fossiles. Côté énergie verte, Chevron a abandonné tout investissement dans le solaire et l'éolien et se contente d'investir dans les biocarburants. Malgré les efforts déployés par la marque pour diffuser de la publicité contre le réchauffement climatique et s'affirmer comme un partenaire du changement écologique, Chevron reste une des « supermajors » les moins concernées par le « green » et a mené une bataille intensive contre les lois sur le climat en Californie par lobby interposé.

Royal Dutch Shell : tout miser sur le gaz

La firme de La Haye a vu ses revenus divisés par sept en un an avec le crash du prix du brut. Comme les autres membres du Big Oil, Shell finance la recherche dans les biocarburants mais le gros pari du néerlandais est ailleurs. En rachetant BG pour plus de 50 milliards de dollars, l'entreprise au coquillage entend bien devenir un colosse mondial du gaz liquide. L'œil du groupe est rivé sur l'Arctique où Shell espère pouvoir investir durablement en exploitant du gaz offshore.

ExxonMobil : « surtout ne rien changer »

La plus grosse des supermajors est aussi la moins verte. Fervent zélateur du modèle pétrolier, Exxon Mobil a malgré tout vu fondre ses profits comme les autres avec un bénéfice divisé par deux au premier trimestre par rapport à 2015. Comme Chevron et BP, il soutenait des programmes de recherche sur les biocarburants à l'époque où le pétrole était cher et où le groupe gagnait énormément d'argent. Depuis, ExxonMobil se serre la ceinture et a plus ou moins abandonné cette piste. Le groupe mise plutôt sur la possibilité de se diversifier dans l'exploitation de gaz et sur les forages dans le grand Nord. Comme le dit un ancien de la maison, « le meilleur scénario pour Exxon, c'est que rien ne change ».

Total : « partir dans toutes les directions »

Le groupe français est celui qui fait le plus d'efforts pour diversifier sa production d'énergie. Une stratégie qui lui a permis de subir moins violemment la chute des prix du pétrole avec seulement 18 % de pertes par rapport à 2015. Comme les autres, Total a misé sur les biocarburants mais aussi sur l'éolien, et a surtout accéléré sur le solaire en rachetant de nombreuses entreprises spécialisées comme SunPower, deuxième plus gros acteur du secteur. Parallèlement, Total investit également dans le gaz naturel et ne concentrera ses nouvelles activités pétrolières que sur les projets à « bas coût ». Plus généralement, il aspire à cesser d'être un pétrolier pour devenir un géant global de l'énergie. C'est dans cette optique que le groupe présidé par Patrick Pouyanné envisage désormais de se lancer dans le stockage et la production d'électricité (comme le montre son rachat récent du fabriquant de batteries Saft) et dans le nucléaire.
Cette transition du pétrole à l'« énergie globale » n'est pas spécifique à Total. La compagnie nationale norvégienne Statoil emprunte la même voie, de même que le géant saoudien Aramco qui s'apprête à entrer en bourse pour créer un gigantesque fonds d'investissement capable de diversifier les intérêts de l’Arabie Saoudite.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #111 TENDANCES
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