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Pascal de Rauglaudre
Évasion | 9 janvier
8 mn

Dubaï au milieu de la steppe
Pluris a déambulé dans Astana, une vraie ville de science-fiction.

Astana urbanisme et gigantisme  © Thinkstock
Astana urbanisme et gigantisme  © Thinkstock
Astana urbanisme et gigantisme  © Thinkstock
Astana urbanisme et gigantisme  © Thinkstock
Astana — Bayterek © Thinkstock
Astana — Khan Shatyr © Thinkstock
Astana, la capitale du Kazakhstan, est une sorte de Dubaï surgie des steppes. Entre l’aéroport et l’hôtel, le taxi la traverse à 150 km/h sur des autoroutes vides à 3, 4, ou 5 voies par sens. De part et d’autre, des murs de chantiers sur lesquels sont dessinés des paysages urbains idylliques.
En 1997, Noursoultan Nazarbaïev, le premier président du Kazakhstan indépendant, a décidé de transférer sa capitale à 1000 km plus au nord de l’indolente Almaty, sur ce site glacial battu par les vents sibériens l’hiver. À l'époque soviétique, il n'y avait là qu'une bourgade, baptisée Tselinograd, « la ville des terres vierges », à partir de laquelle Khrouchtchev avait lancé une fameuse campagne de mise en culture des terres vierges kazakhes, qui a tourné court.
Grâce à ses immenses gisements de gaz, de pétrole et de minerais, le pays a pu s’offrir le luxe de chantiers faramineux, et même si la ville n’est qu’à moitié achevée, l’effet est déjà saisissant. La ville est passée de 300 000 habitants en 1998 à plus de 800 000 quinze ans plus tard, et elle doit en accueillir 1,2 million en 2030.
Astana urbanisme et gigantisme  © Pascal de Rauglaudre
Architecture futuriste à Astana
Pour loger tout ce monde, la steppe s’est couverte de HLM de style soviétique, mais pas seulement. L’urbanisme ici ne s’embarrasse pas de débats : le président dit « Je veux un centre commercial ici, un aquarium là, un opéra par ici », et c’est comme si c’était fait. Les bâtiments surgissent donc aussi étranges les uns que les autres, mélangeant frontons classiques, colonnades grecques, balcons à l’italienne et façades de verre. Le style se veut « eurasiatique », assurent les plaquettes de promotion de la ville, « pour refléter la symbiose des cultures et des peuples de l’espace eurasiatique ».
Autre consigne présidentielle : faire divers, « pour que l’œil ne se fatigue pas, et que la ville génère de l’optimisme dans la variété ». Concrètement, cela se traduit par la juxtaposition architecturale de gratte-ciel et d'immenses bains turcs, d'une soucoupe volante (le cirque) qui aurait atterri à côté du Taj Mahal... Avec une prédilection pour les vitres fumées ou de couleur turquoise. Alors que l’immensité de la steppe permettait d’étaler une ville à l’américaine à l’infini, le choix a été fait de bâtir à la verticale, pour une raison simple : « les gratte-ciel font modernes ». D’où la vague ressemblance du boulevard Nurzhol, le « chemin radieux », avec Manhattan.
Astana Kazakhstan Auditorium © Pascal de Rauglaudre
Astana Kazakhstan Auditorium
Le président, lui, s’est déjà fait construire deux palais, l’un, trop petit, a été transformé en musée, mais l’autre, magistralement posé au milieu d’un immense no man’s land, s’inspire visiblement de la Maison Blanche, et il est surmonté d’une coupole turquoise pour lui conférer une touche d’Asie centrale.
Au pied du palais, siège la Cour suprême, une façon d’inscrire dans l’architecture la conception présidentielle de l’indépendance de la justice. Juste en face, le Parlement et le Sénat sont hébergés dans deux grands cônes verts dorés, encadrés par des barres d’immeubles où logent les fonctionnaires. Plus loin, un océnaorium avec des requins, un palais stalinien réplique des gratte-ciel de Moscou.
Sous les fenêtres du palais présidentiel, de l’autre côté de la rivière, le président Nazarbaev rêvait d’un « Palais de la paix et de la concorde » en forme de pyramide, rêve exaucé par l’architecte britannique Norman Foster. À côté, l’Italien Manfredi Nicoletti a conçu une gigantesque salle de concert en forme de pelures d’orange.
Bibliothèque d'Astana © Pascal de Rauglaudre
Bibliothèque d'Astana
À Astana, le soleil se couche sur Khan Shatyr, la « Tente du roi ». C’est une immense structure translucide dessinée elle aussi par Norman Foster, et censée évoquer une yourte kazakhe. Elle abrite un centre commercial, avec au dernier étage, une plage couverte, dont le sable a été importé des Maldives.
Au cœur de ce paysage de science-fiction, se tient le symbole d’Astana, un œuf doré pondu au sommet du Baiterek, « grand peuplier » en kazakh. Ce monument qui ne ressemble à rien de connu, haut de 97 m, est étayé par une sorte de squelette en acier peint en blanc. Dessiné par le président Noursoultan Nazarbaev en personne, il représente le mythe kazakh du Samruk, un oiseau sacré qui pond chaque année un œuf d’or, symbole du soleil, à la cime d’un arbre de vie géant. Dans la salle panoramique du sommet, un piédestal en malachite est surmonté d’une plaque en or massif dans laquelle est fondue une empreinte de la main présidentielle. D’avenantes hôtesses invitent à y placer la paume : « Ça porte bonheur ! »
Les habitants d'Astana ont déjà affublé leurs monuments de sobriquets, une façon comme une autre de s’approprier leur nouvelle ville. Ils se repèrent donc par rapport à « la grande sucette » (l'œuf doré de Baiterek, posé sur de longues tiges d'acier), « la banane » (une tour de bureaux jaune vif), « le briquet » (une tour au sommet en forme de flamme), « les sept barriques » (des immeubles rouge et crème qui ressemblent à des tonneaux), « le dollar » (un bâtiment courbé en forme de s, qui abrite le ministère des Finances) ou le « silo à grains » (un building puissant, qui rappelle les greniers à grain soviétiques).
Depuis le sommet de Baiterek, quelle que soit la direction vers laquelle on se tourne, c’est la steppe, infiniment plate, qui apparaît à l’horizon. Et c’est là que l’on prend toute la mesure de l’isolement d’Astana : autour de la ville, il n’y a rien, pas la plus petite excursion possible à moins de 300 km à la ronde.
Crédits photo : Thinkstock, Pascal de Rauglaudre
Article paru dans le numéro #48 RÉSOLUTIONS
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Dubaï au milieu de la steppe à un ami.
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