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Pascal de Rauglaudre
Reportage | 11 sept.
16 mn
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience.
À la recherche d’un Volontariat International en Entreprise (VIE), j’ai répondu à une annonce déposée par un cabinet d’ingénierie spécialisé dans les mesures environnementales et dans l’installation d’énergie renouvelable. Il cherchait quelqu’un pour une mission sur l’île de Tristan da Cunha et j’ai été recruté. Après un mois de formation, j’ai rejoint l’île au mois d’août 2013.
C’était une mission pour le compte de l’agence des Nations Unies chargée de détecter les explosions atomiques sur la planète, le Comprehensive Nuclear-Test-Ban Treaty Organization (CTBTO, ou OTICE en français, très peu utilisé). Cette agence a mis en place un réseau de surveillance de 330 stations réparties sur toute la planète, chacune dotée d’instruments de mesure (sismographes, stations de détection d’infrasons, analyses de particules radioactives dans l’air). L’une d’elles est implantée sur l’île de Tristan da Cunha, au cœur de l’Atlantique sud.
Mon job était donc station manager : je devais surveiller que les quatre stations de mesure marchent en permanence. Elles sont automatiques en théorie, mais elles comportent beaucoup d’électronique, beaucoup de matériel, dans des conditions climatiques compliquées. Il y a toujours un truc qui ne marche pas, donc il faut quelqu’un capable de réparer les machines. La charge de travail était très irrégulière, et je devais parfois travailler le week-end.
Normalement, c’est un contrat d’un an. Mais j’avais aussi une autre mission. Mon chef poussait à l’utilisation des énergies renouvelables (ENR) à Tristan da Cunha. En 2009, mon prédécesseur avait rédigé un premier rapport sur la faisabilité des ENR à Tristan, en étudiant le solaire, l’éolien, la géothermie, les marées, etc. En 2012, on a eu de la chance car des fonds ont été débloqués pour développer le solaire sur l’île, et c’est le cabinet qui a eu le projet. Pendant la première année, j’ai donc été occupé à le dimensionner, ce qu’on pouvait installer, combien ça coûtait, lancer un projet pilote de 6,5 kW, etc. Aujourd’hui, l’énergie de l’île est produite par des générateurs au diesel, stocké dans de gros réservoirs.
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience. © Marc Escudier
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience. © Marc Escudier
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience. © Marc Escudier
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience. © Marc Escudier
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience. © Marc Escudier
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience. © Marc Escudier
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience. © Marc Escudier
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience. © Marc Escudier
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience. © Marc Escudier
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience. © Marc Escudier
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience. © Marc Escudier
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience. © Marc Escudier

Un volcan perdu au milieu de l’océan

Tristan da Cunha est une île volcanique perdue au milieu de la mer, de 10 km de diamètre environ. Elle est entourée de falaises hautes de 6 à 700 mètres d’altitude, entrecoupées de quelques côtes au niveau de la mer. La station d’observation est située en altitude, il faut grimper sur un chemin pour la rejoindre.

La végétation est basse, des buissons hauts de 1 ou 2 mètres. Il n’y a pas d’arbres, à cause du vent qui les empêche de pousser, mais aussi parce que les premiers habitants ont tout coupé pour faire du charbon de chauffage.

Un vent d’ouest souffle sur l’île en permanence, c’est très agaçant, un peu comme le mistral. Et il y a aussi des tempêtes. Le climat est tempéré, avec des étés pas très chauds et des hivers doux. Mais le temps est très changeant, à cause du volcan qui culmine à plus de 2000 mètres d’altitude au milieu de l’île et qui crée un microclimat, avec des alternances imprévisibles de pluie et de soleil.

Une île habitée depuis 200 ans

L’île avait été aperçue pour la première fois en 1506 par le navigateur portugais Tristaõ da Cunha, qui n’a pas pu y débarquer à cause de la mer agitée. Mais les premiers habitants sont arrivés vers 1815, peu après la bataille de Waterloo. Les Anglais qui avaient exilé Napoléon à Sainte-Hélène, voulaient empêcher les Français d’aller le kidnapper. Ils ont donc installé des garnisons dans les îles autour de Sainte-Hélène, dont Tristan da Cunha, à 2400 km au sud, pour s’assurer que les Français ne les utiliseraient pas comme bases arrière. Un soldat écossais, le caporal William Glass, a débarqué sur l'île le 14 Août 1816 et décidé de rester avec sa femme et ses enfants. Cette année, les habitants ont donc fêté le 200e anniversaire de son installation. Puis l’île s’est peuplée au hasard des naufrages dans les îlots des environs.
En 1961, l’île a été secouée de tremblements de terre et la terre s’est ouverte non loin du village. Le gouvernement anglais a décidé d’évacuer les habitants, d’abord en Afrique du Sud, dans le régime d’apartheid qui ne les a pas bien accueillis, et ensuite en Angleterre, sur une base militaire. Ils y ont passé deux années. Le gouvernement espérait qu’ils resteraient en Angleterre, mais ils ont insisté pour retourner sur l’île. Le retour a fait l’objet d’un débat au Parlement, les Anglais ne comprenaient pas pourquoi « ces sauvages » tenaient tant à rentrer sur leur île alors qu’ils pouvaient bénéficier de tous les avantages de la société de consommation.
Finalement, en 1962, une première expédition est partie vérifier l’étendue des dégats : le village avait été épargné, à l’exception d’une maison. Les chiens et les vaches étaient redevenus sauvages, il y a eu quelques pillages, mais le village était resté debout, tout à fait habitable moyennant quelques travaux. Les Tristanais ont voté à quasiment 100% pour rentrer chez eux ! C’est une belle morale, je trouve : on propose la société de consommation à des gens, qui s’offrent le luxe de la refuser, et préfèrent leur vie tranquille sur leur île perdue !
Marc Escudier, 30 ans, est ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale Nantes. Il a vécu deux ans sur l’île de Tristan da Cunha, dans l’océan Atlantique sud, l’un des points les plus isolés du globe. Il raconte son expérience. © Marc Escudier

7 jours de traversée

L’île ne compte qu’un seul village, Edinburgh of the Seven Seas, peuplé de 267 habitants. Les maisons sont de plain pied, sans étage, fabriquées avec des matériaux de construction, tôles, plaques de placoplatre, vitres, importés d’Afrique du Sud. On y trouve une poste, une église, un pub, et quelques autres services de base.

Il n’y a pas d’aéroport sur l’île. La seule façon d’y accéder, c’est par la mer, grâce à un bateau qui fait la navette depuis le Cap, en Afrique du Sud. La traversée prend à peu près sept jours, en fonction de l’état de la mer. Mais le port de Tristan ne peut accueillir que des petits bateaux. Les gros restent au mouillage, et pour le déchargement, un hors-bord fait la navette avec le port. Si la mer n’est pas bonne, le hors-bord ne peut pas prendre la mer, et les passagers doivent attendre trois quatre jours pour débarquer !

Internet de l’an 2000

Internet passe par le satellite, subventionné par le gouvernement anglais, mais la connexion de 1 Mo est partagée entre tous les habitans de l’île ! C’est très lent, du coup, on regarde peu de vidéos, comme l’Internet de l’an 2000 ! Il n’y a pas de téléphones portables, car il n’y a pas de réseau. Tous les habitants ont un téléphone fixe quasiment gratuit, pour s’appeler entre Tristanais et aussi à l’étranger.
Longtemps les Tristanais ont vécu du commerce avec les bateaux de passage, échangeant de l’eau contre des denrées diverses. Ils produisent quelques légumes, essentiellement des patates, mais aussi des tomates, des choux, des salades, des oignons, des carottes. Ils élèvent aussi des vaches, des moutons, des poules et des canards, et vont pêcher. Mais aujourd’hui bien plus qu’avant, ils importent de la nourriture, surtout de la junk food bourrée de sucre, du coca, des gâteaux, etc. Il y a un vrai problème de suralimentation là-bas, aussi parce que la nourriture est un moyen de remercier et de payer pour des services rendus.

Ils possèdent des vaches et des moutons, mais s’ils en ont trop, il n’y a plus d’herbe ! Il existe donc des règles : chaque famille a droit à deux vaches et chaque personne, chef du village ou bébé qui vient de naître, à deux moutons.
Ils mangent très gras, avec de l’huile importée, du beurre, et du gras des oiseaux. Une fois par an, pendant un mois les habitants partent chasser des oiseaux sur les îlots des alentours, des pétrels, surtout, et avec la graisse, ils font de l’huile de pétrel qui leur sert d’huile de friture. La viande du pétrel a un fort goût de poisson, c'est la nourriture des oiseaux de mer, et ce n'est pas très ragoutant !

Préserver la paix de la communauté

Dans mes amis sur l’île, je comptais l’administrateur, le représentant de la couronne britannique sur île, l’équivalent du préfet. Il prend les décisions, gère le budget et il est redevable auprès du gouverneur de Sainte-Hélène, à 2500 km au nord, dont Tristan da Cunha dépend administrativement. Il gouverne avec le conseil de l’île, élu pour trois ans. Évidemment les campagnes électorales ne sont pas les mêmes qu’en Europe : on vote par affinité, par famille. Le conseil de l’île a un objectif : préserver la paix dans la communauté. Donc le chef du conseil ne prendra pas de décisions polémiques.

Il y a un policier sur l’île, qui ne sert pas à grand chose, il faut le dire. Mais il n’y a pas de tribunal : les litiges se règlent à l’intérieur de la communauté, ou via l’administrateur.

Mon voisin était le directeur du département travaux publics d’une entreprise sud-africaine, je ne l’appréciais pas, ce n’était pas de chance : sur Tristan, on vit beaucoup ensemble, on s’invite entre voisin, on doit être sympa avec les voisins. Comme je ne restais pas longtemps, il suffisait d’attendre la fin de la mission pour ne plus le voir. Mais pour les Tristanais, c’est autre chose : ils habitent sur place, ils passent leur vie avec les ragots et les histoires, et s’ils n’aiment pas leur voisin, impossible de s’échapper !

Une île sans chômage

La seule activité de l’île, c’est une usine de langouste qui emploie quasiment tous les adultes les jours de pêche. Tout le monde a un job sur l’île, il n’y a pas de chômage.

Le soir, les gens passent du temps dans les maisons. La vie en société est très importante, il y a toujours une bonne raison pour faire la fête, par exemple les anniversaires. Tous les dimanches on se retrouve autour d’un barbecue, à échanger des ragots, à parler du temps, du bateau qui va arriver, du risque de pénurie de lait au magasin. Surtout on boit aussi beaucoup, et l’alcoolisme est avec l’obésité un des plus gros problèmes de l’île.

Pourtant c’est un peuple joyeux, heureux, plus que chez nous, à mon sens. Les anciennes générations, comme partout, ont la nostalgie d’autrefois, mais les jeunes sont très contents d’être à Tristan et n’ont aucune envie de partir. Beaucoup d’adultes sont très angoissés à l’idée de quitter l’île : normal, ils se construisent une vision du monde extérieur par les médias, et c’est une vision violente, des attentats, des crimes, des guerres. De plus, la ville la plus proche pour eux, c’est Le Cap, une ville dangereuse. Ils ont donc plutôt une appréhension du monde extérieur.

C’est étonnant quand on sait qu’ils sont les descendants de marins et d’aventuriers qui n’ont pas hésité à affronter les océans pour venir s’installer sur l’île.

L’aventure interdite

En tant qu’habitant temporaire de Tristan, beaucoup de choses m’étaient interdites, et j’étais très dépendant des Tristanais. Pas le droit d’aller au pic tout seul sans guide, pas le droit d’aller dans d’autres endroits de l’île, ni dans d’autres îles. Pas possible de partir à l’aventure tout seul. Or les Tristanais n’ont aucun désir d’explorer leur île pour le plaisir, ils ne se déplacent que par nécessité, pour leurs cultures ou pour leurs bêtes. Heureusement, j’avais emporté de quoi m’occuper : j’ai appris le portugais et amélioré mon espagnol.

Tristan da Cunha est un excellent spot d’observation des oiseaux de mer, des albatros, des pétrels, même si les Tristanais en ont tué énormément, et continuent de le faire pour se nourrir ou manger leurs œufs. Quand les immenses albatros majestueux planent au-dessus de nos têtes, c’est un spectacle magnifique.

Et puis les nuits sans nuages, j’ai pu voir le ciel dans toute sa splendeur, sans aucune pollution lumineuse : 3000 km d’obscurité totale ! Je n’avais pas de lunettes, mais j’avais une application pour reconnaître le ciel, celui de l’hémisphère sud, très différent de celui de la France.
Crédits photo : Marc Escudier, Google, DRMarc Escudier
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Article paru dans le numéro #122 SOLO
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J'ai vécu 2 ans à Tristan da Cunha à un ami.
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