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Sophie Colin
Entretien | 21 mai
5 mn

Le matin calme de l'art contemporain
En mars dernier, Art Paris vibrait aux couleurs de la Corée. Guillaume Piens, son commissaire, nous dévoilait son tropisme pour l'Extrême-Orient.

Après avoir travaillé pour la Fiac et Paris Photo, Guillaume Piens est depuis quatre ans le commissaire d’exposition d’Art Paris. Il nous en dévoile les coulisses autour de son invité d’honneur, cette année la Corée du Sud.

Pluris – Comment faites-vous le choix de l’invité d’honneur d’Art Paris ?

Guillaume Piens – J’ai un profil de défricheur et le tropisme de l’Est me suit depuis longtemps. Quand j’ai pris la direction d’Art Paris il y a quatre ans, il lui manquait une histoire. Anti-Fiac au début, elle était devenue une double Fiac sans avoir son propre ADN. Aujourd’hui elle l’a : celle d’une foire européenne qui explore les territoires de l’Est. On a commencé par la Russie en 2013, la Chine en 2014 ; l’an dernier, Singapour et l’Asie du Sud-Est. Cette année, la Corée du Sud est le dernier volet de l’exploration de l’Asie, avec une année France-Corée très riche en événements. En même temps, on suit d’une manière stratégique la montée en puissance spectaculaire de Séoul. Notamment dans l’art, avec des galeries très importantes, des fondations privées. Il y a aussi un véritable intérêt pour la création coréenne en ce moment. En 2017, notre focus sera l’Afrique. Il y a une explosion incroyable des scènes africaines : dans le monde lusophone, à Luanda en Angola, au Mozambique… Marie-Ann Yemsi sera notre commissaire.

Quels sont les enjeux de ce choix, particulièrement pour la Corée du Sud hantée par la Corée du Nord ?

Ce pays a une histoire incroyable. Il a connu une accélération prodigieuse après une longue occupation japonaise et une guerre qui a abouti à la partition actuelle en deux Corée. Dans les années 60, le PIB de la Corée équivalait à celui du Cameroun. Aujourd’hui, c’est la 13e puissance mondiale. La transition vers la démocratie s’est faite dans les années 80. Avant, les Coréens ne pouvaient pas voyager. Avec les JO en 1988, la Corée est entrée de plain pied dans la mondialisation. Les gens ont pu aller se former à l’étranger. Les artistes voyagent beaucoup, sont plus ouverts et en prise avec ce qui se passe sur le plan international.
« Art Paris a trouvé son ADN : c’est une foire européenne qui explore les territoires de l’Est. » Guillaume Piens
Kim-Joon Somebody 009 / Kang So Lee Emptiness / Oh Su Fan Work / ENCOR / Youn-Myeung-Ro Windy Day © DR
Kim-Joon Somebody 009 / Kang So Lee Emptiness / Oh Su Fan Work / ENCOR / Youn-Myeung-Ro Windy Day

Quand vous avez contacté la Corée du Sud pour être l’invitée d’honneur cette année, le problème politique avec la Corée du Nord s’est-il posé à un moment donné ?

Non, les Coréens n’étaient pas dans ces discussions. Ils étaient très heureux et fiers de cette invitation et d’exposer dans un lieu aussi iconique. Ce qui est en train de se passer et cette affirmation de l’art coréen sont le résultat de toute cette histoire. Même s’ils ne le formulent pas, c’est très présent dans le travail des artistes. On a fait le choix, par exemple, de mettre à l’entrée du Grand Palais une œuvre assez emblématique : une structure de Kiwon Park « Flash Wall ». C’est un mur en fil de fer qui peut faire penser à cette frontière séparant les deux Corées, avec des inclusions de boules aux couleurs traditionnelles coréennes. Il y a donc cette évocation de la division et en même temps ce désir de réunification.
Kang So Lee Emptiness © Gallery Shilla
Kang So Lee Emptiness

Comment avez-vous sélectionné les galeries et les artistes coréens ? Et quels espaces leur sont réservés ?

J’ai travaillé avec la commissaire d’exposition Sang-A Chun. Elle organise toutes les expositions au Centre Culturel Coréen et montre les nouveaux artistes de Corée en France. Nous avons préparé ce projet d’Art Paris pendant deux ans. Je suis allé trois fois à Séoul mais aussi à Paju et à Daegu car c’est un pays qui est très décentralisé même si Séoul attire la majorité des multinationales. On a vu beaucoup de monde et fait une sélection. Au final, on a une plate-forme de huit galeries coréennes : de très grosses enseignes comme Gana Art ou Park Ryu Sook et des plus jeunes. Chacune a été sélectionnée sur un programme particulier. On a mixé pour montrer à la fois des choses très connues et d’autres à découvrir. On a systématiquement sollicité les 26 galeries occidentales présentant des artistes coréens et on les a reliées à ces galeries coréennes. Au final, on a 80 artistes coréens présentés, couvrant un spectre allant des années 60 à aujourd’hui. On a aussi des programmes spécifiques : des performances, des vidéos au Silencio, une conférence au Centre Culturel Coréen, des expositions dans différents musées (Cernuschi…), des sculptures de Chung Hyun dans les jardins du Palais Royal et des projections d’œuvres numériques sur la façade du Grand Palais.

Comment l’invité d’honneur est-il une arme stratégique pour le salon, spécifiquement la Corée cette année ?

Tous les espaces impliqués dans la Corée représentent 20 % de la foire. Cette ligne de force très importante est une arme stratégique. Je sais déjà que des gens vont venir de très loin pour voir ce focus coréen. Un grand collectionneur de Thaïlande va venir spécialement. Aujourd’hui, il y a une offre pléthorique de foires qui se ressemblent et nous sommes très soucieux de cultiver notre différence. En mettant un pays à l’honneur, nous privilégions une approche en profondeur avec une thématique de fond et un contenu différent. Nous voulons être complémentaires de la Fiac. Elle va plutôt à l’Ouest, donc nous allons à l’Est. Beaucoup trop de salons présentent les mêmes artistes et les mêmes galeries, ce qui provoque une uniformisation du goût, un affadissement et une lassitude. Et cette année, on agrège des galeries coréennes qui ne viennent pas à Paris d’habitude.

Quelles seront les suites données à ce partenariat ?

On est vraiment sur un travail de défrichage et de découverte et non de consécration. Je suis très touché de voir par exemple qu’à Hong Kong, un article sur la présence record de galeries singapouriennes cite Art Paris comme l’un des focus ayant mis cette scène en avant sur le plan international. On est très content de contribuer à la reconnaissance de ces scènes émergentes. Nous faisons connaître de nouvelles galeries et de nouveaux artistes de cette scène coréenne. Dans le cadre d’une foire, certains artistes sont repérés par d’autres galeries, ce qui leur permet de rentrer dans des écuries occidentales et d’être repérés par des collectionneurs européens.
Youn-Myeung-Ro Windy Day MXV 315 - Acrylic on linen © Gana Art Gallery
Youn-Myeung-Ro Windy Day MXV 315 - Acrylic on linen
Crédits photo : Park Ryu Sook Gallery, Gana Art Gallery, Gallery Shilla, DR
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Article paru dans le numéro #112 SPÉCIAL CORÉE
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