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Emmanuel Brousse
Focus | 10 juin
5 mn

Quand la géopolitique s'immisce dans les stades
C'est bien connu, les footballeurs ne font pas de politique. Mais la politique, elle, ne s'est pas privée de perturber l'Euro.

Euro 2016 : Quand la géopolitique s'immisce dans les stades  © DR
L'histoire du championnat d'Europe de foot est émaillée de petits drames diplomatiques. Rétrospective de trois Euros où les bons vieux principes de neutralité du sport à la Pierre de Coubertin ont été victimes des relations internationales.

1960 : pas de Soviets chez Franco

Imaginé dès 1927 par Henri Delaunay, le championnat d'Europe des Nations ne devient une réalité qu'avec la création de l'UEFA en 1956. Quatre ans plus tard, la première édition voyait le jour avec un format bien différent de l'Euro d'aujourd'hui. Jusqu'aux demi-finales les matchs sont alors joués en matchs aller-retour et c'est ce qui va causer le premier psychodrame de la compétition. En pleine guerre froide, l'Espagne franquiste ne porte pas dans son cœur l'Union Soviétique, soutien historique des républicains vaincus par le « Caudillo » pendant la guerre civile.
À tel point que lorsque le tirage désigne l'URSS comme adversaire de la « Roja », Franco refuse net de laisser entrer les Soviétiques sur le territoire espagnol ou de voir le fleuron du sport espagnol aller se salir à Moscou. Son équipe est alors éliminée sur tapis vert, ce qui propulse les communistes honnis en demi-finales. Ces derniers remporteront la compétition après une finale contre la Yougoslavie jouée à Paris dans une ambiance tendue.

1964 : les Grecs boudent

Quatre ans après, les organisateurs ont passé un deal avec Franco : celui-ci accepte de ne pas faire sa mauvaise tête en échange de l'organisation de la compétition. Mais l'Euro aura quand même droit à son incident diplomatique. Les hasards du tirage placent l'Albanie et la Grèce dans la même poule de qualification. Manque de chance, les relations entre les deux voisins sont déplorables et même s’ils ne se sont pas affrontés depuis des années, ils restent officiellement en guerre. Engluée dans des tensions internes la Grèce refuse d'affronter l'équipe de l'Albanie stalinienne d'Enver Hoxha.

La sélection albanaise ne dépassera pas le cap des huitièmes de finale et n'apparaîtra pas en phase finale de l'Euro jusqu'en... 2016 ! Quant à Franco, il réussit son coup puisque l'Espagne remporte la compétition à domicile face à l'URSS qu'il avait refusé d'affronter quatre ans plus tôt.

1992 : fin de la guerre froide dans les stades aussi

L'édition 1992 est sans doute celle où la géopolitique a le plus bouleversé le déroulement de la compétition. Et pour cause : le Danemark, futur vainqueur de l'Euro, ne doit sa participation qu’à la défection in extremis de la Yougoslavie de Milosevic, qui s’embrase dans la guerre. Exclue de la compétition par l'UEFA, celle-ci est remplacée par les Danois dont l'entraîneur avait prévu de retaper sa cuisine.

Mais ce n’est pas tout. 1992 fut aussi l’année où une équipe d’Allemagne réunifiée participait à une compétition de football pour la première fois, alors que c’était la dernière pour l’équipe de l’Union soviétique. Ce n’est d'ailleurs qu'à moitié vrai car l'équipe ne portait pas le maillot soviétique mais celui de la CEI, qui sera également porté aux JO de Barcelone un mois plus tard.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #115 GAGNE
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