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Emmanuel Brousse
À savoir | 28 mai
5 mn

La virginité menacée de l'Antarctique
Le continent blanc est protégé par un traité international, mais ses ressources excitent la convoitise des grandes puissances.

Blood Falls © DR
Le dernier écosystème marin resté pratiquement inviolé mesure environ 500 000 km2 et se trouve loin de tout, au large de la terre Marie Byrd, en Antarctique. La mer de Ross – c'est son nom – est au cœur d'une bataille diplomatique ancienne pour tenter de sauvegarder les baleines, orques et manchots qui s’y ébattent.
La gestion de l'Antarctique a longtemps constitué un exemple en matière de relations internationales, notamment pendant la Guerre froide, mais ce n'est clairement plus le cas aujourd'hui. Les richesses du sixième continent attisent l'appétit des grandes puissances, et plus particulièrement de la Chine et de la Russie. Ces deux pays ont depuis dix ans consacré de vastes moyens pour accroître leur présence sur les pôles.
En Arctique, l'enjeu principal est le contrôle des gisements d'hydrocarbures et l'exploitation des nouvelles voies navigables dégagées par le réchauffement climatique ; l'Antarctique, lui, recèle de vastes ressources halieutiques et offre également un vrai potentiel pour la recherche scientifique. Enfin, le continent abrite des réserves de pétrole dans son sous-sol mais leur exploitation est interdite par une convention internationale jusqu'en 2048.
La Chine, bien qu'elle ne possède pas de territoire propre en Antarctique, a porté son nombre de bases sur place à quatre, dont la dernière a été ouverte en 2014. L'Empire du Milieu entend renforcer largement cette présence et envisage même la construction d'un aéroport près de la base de Zhongshan. La Russie de son côté s'intéresse à la pêche au pôle sud mais s'attache surtout à maintenir une présence symbolique forte, comme le montrait encore récemment la visite du patriarche orthodoxe Kirill en Antarctique.
Antarctic Postal Services © DR

Espoir de sanctuarisation

La politique russe et chinoise vis-à-vis du sixième continent a d'ores et déjà des effets très concrets, notamment du point de vue écologique. Concernant la Mer de Ross, la Commission pour la conservation de la faune et la flore de l'Antarctique (CCAMLR en anglais) préconise depuis plusieurs années la création d'un sanctuaire afin de protéger l'endroit, considéré par les scientifiques comme le dernier océan non pollué, non surpêché ni envahi par des espèces invasives.
Des projets visant à créer une ou plusieurs aires marines protégées (AMP) ont été proposés au cours des cinq dernières réunions annuelles de la CCAMLR par les délégations américaines, européennes, australiennes et néo-zélandaises. Mais ils se sont heurtés au refus de la Chine et de la Russie qui y voient un obstacle à leurs activités halieutiques et à l'exploitation du krill, ce mélange d’organismes minuscules nageant dans les mers polaires et qui sert à nourrir des poissons d’élevage. Or, toute décision doit être adoptée à l'unanimité.
L'espoir de voir prochainement la mise en place d'une zone protégée en Mer de Ross n'est cependant pas tout à fait perdu : si pendant quatre années consécutives, la Chine et la Russie ont posé leur vetos, Pékin a accepté en 2014 de changer d'avis et a soutenu le projet de création d'une AMP d'1,5 million de km2, dont 1,1 interdits à la pêche, porté par les Etats-Unis et la Nouvelle-Zélande. Ce revirement laisse entrevoir l'espoir de faire bientôt plier la délégation russe pour tenter de protéger la mer de Ross avant qu'elle ne soit envahie par les chalutiers, comme les autres mers du globe.
Point Hut, Antarctique  © DR
Crédits photo : Peter Rejcek, DR
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Article paru dans le numéro #113 LA VIE EN 3D
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