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Emmanuel Brousse
Focus | 26 juin
5 mn

Brexit : confusion à l'Ouest, jubilation à l'Est
Vladimir Poutine « n’est pas inquiet des conséquences du Brexit pour la Russie ». Et il a d'excellentes raisons pour ça.

Brexit : confusion à l'Ouest, jubilation à l'Est © TC + LC
Ouch ! Difficile réveil pour les bourses, le matin du Brexit : -8 % à Tokyo, -10 % pour le CAC 40 et le DAX allemand avant de se stabiliser autour de -7,5 %, plus de 10 % de baisse pour les indices italiens et grecs. Dans ce tourbillon, une place boursière résiste tant bien que mal : celle de Moscou, avec à peine 3 % de chute.
Bien sûr, les fluctuations boursières obéissent à leurs propres lois, mais l'image est malgré tout symbolique. Car s’il y a un pays pour lequel le Brexit est plutôt une bonne nouvelle, c'est bien la Russie. Vladimir Poutine a répété officiellement que son pays était neutre sur ce sujet et que tout ce ramdam ne concernait pas Moscou, mais on peut légitimement penser que la sortie du Royaume-Uni de l'UE le réjouit plus qu'autre chose.
La presse anglaise pro-Remain avait présenté le président russe comme tirant les ficelles de la campagne pro-Leave. C’est un raccourci, mais on peut supposer que vendredi matin, Vladimir Poutine devait avoir un petit sourire en coin. Engagé dans un bras de fer officieux avec l'Europe depuis l'annexion de la Crimée, l'homme fort du Kremlin saisit toutes les occasions d'affaiblir une UE vue depuis Moscou comme une concurrente, voire comme une ennemie.

Des révélations et des sanctions

Alors quand un vent de panique souffle sur les marchés européens et que les gouvernements des 27 se trouvent dans l’impasse, la Russie ne peut que se réjouir. Englués malgré eux dans un débat sur l'avenir de l'Union, les dirigeants français et allemands auront autre chose à faire que de réclamer des sanctions contre la Russie. Et quand bien même ils le feraient, ces protestations n'auraient plus le même poids. Depuis les révélations sur l'empoisonnement d'Alexander Litvinenko, un ancien agent des services secrets russes assassiné en décembre 2006, les relations entre Londres et Moscou sont au plus bas et le Royaume-Uni a toujours fait partie des pays les plus favorables aux sanctions.
Voir l'Europe déstabilisée de l'intérieur est donc une bonne nouvelle pour Vladimir Poutine. En plus d'occuper les dirigeants européens et de limiter leur capacité à répondre d'une même voix, le Brexit permet à la Russie de se présenter comme l'antithèse d'une UE défaillante, avec un chef fort et incontesté. Quel contraste avec la cacophonie de dirigeants européens incapables de s’entendre et décriés sur leurs propres terres.

Propagande à plein régime

Le message que le Kremlin veut donner est aussi simple qu'efficace : la Russie de Poutine, c'est l'Ordre avec un grand O, un État fort et incarné qui parle d'une seule voix que personne ne conteste. Tout le contraire d'une UE compliquée, contrastée et embourbée.
La presse d'État russe et ses succursales à l'étranger comme Sputnik ou Russia Today n'hésitent jamais à en faire des tonnes pour dépeindre l'UE comme un laboratoire de tous les échecs. Ces derniers mois, Russia Today n'a manqué aucune occasion d'offrir une tribune à tous les eurosceptiques, partisans du Brexit comme sympathisants du FN, pourfendeurs des « technocrates de Bruxelles » qui décident des sanctions économiques contre de la Russie.
Alors quand Vladimir Poutine déclare au lendemain du Brexit qu'il « n’est pas inquiet des conséquences du Brexit pour la Russie », on veut bien le croire. Une chute de 3 % à la bourse de Moscou est un prix acceptable pour observer avec délectation l'Europe se tirer une énorme balle dans le pied.
Crédits photo : TC + LC
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Article paru dans le numéro #117 INFLUENCE
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