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Emmanuel Brousse
Dossier | 4 juin
12 mn

Comment la géo-ingénierie veut remodeler la Terre
Montagnes artificielles, arbres modifiés, miroirs géants : les projets les plus fous pour stopper le changement climatique.

Comment la géo-ingénierie veut remodeler la planète © Gunter Von Kloster Kampen
Faire tomber la pluie, aspirer le CO2, stopper les rayons du soleil... Après avoir réussi sans le vouloir à dérégler le climat, l'humanité envisage maintenant de réparer ses bêtises grâce à la science et à la technologie. Passage en revue de quelques projets délirants de géo-ingénierie qui pourraient sauver le monde - sur le papier.
Idée 1 - Fabriquer des montagnes artificielles © Gunter Von Kloster Kampen

Idée 1 - Fabriquer des montagnes artificielles

Fabriquer des montagnes artificielles

C’est très utile, les montagnes. On peut y faire du ski, du VTT, y faire pousser des sapins et y élever des marmottes. Qui n'en voudrait pas une près de chez lui ? Malheureusement, certains pays sont fort mal pourvus en pics et en cols. La solution : fabriquer des montagnes. De la science-fiction ? Voire… Aux Émirats Arabes Unis, les dirigeants ont commandé des enquêtes de faisabilité pour faire sortir du désert une immense montagne capable d'influencer le climat et d’accroître les précipitations dans ce petit pays riche mais désertique.

Aux Pays-Bas aussi, on réfléchit à l'éventualité d'une montagne artificielle. Non pas pour faire pleuvoir mais plutôt pour les opportunités touristiques et l'aspect symbolique. Proposé sous la forme d'un canular par le cycliste Thijs Zonneveld, l'idée a connu un tel succès que des architectes ont commencé à proposer leurs projets et les autorités à effectuer des études de faisabilité.

À quand la Beauce ? Rien de moins sûr : que ce soit dans les Émirats ou en Hollande, les estimations de coûts de ces projets pharaoniques, des dizaines de milliards de dollars, risquent de doucher les enthousiasmes, à défaut de faire pleuvoir.

Le plus : dope fortement l'industrie locale de la carte postale.
Le moins : un peu inutile quand même.

Idée 2 - Du soufre dans l'atmosphère © Gunter Von Kloster Kampen

Idée 2 - Du soufre dans l'atmosphère

Du soufre dans l'atmosphère

En 1991, l'éruption du Pinatubo a balancé un nuage de 10 millions de tonnes de sulfates à 35 kilomètres de haut. L'année suivante, la température moyenne sur Terre baissait de 0,6°C. Si un seul volcan est capable de faire baisser à ce point la température, pourquoi ne pas s'en inspirer pour enrayer le réchauffement climatique ? Après tout, on parle régulièrement des 2°C de réchauffement d'ici 2100 comme d'un seuil critique. Avec des baisses de 0,6°C par an, éviter d'atteindre ce seuil serait de la gnognotte non ? Il suffirait alors de fabriquer de grosses montgolfières remplies de soufre et de les tirer dans la haute atmosphère comme des pipes à la fête foraine.

Cette solution a été proposée par Paul Crutzen, prix Nobel de chimie 1995, et célèbre pour ses travaux sur la couche d'ozone. De façon assez ironique, c'est justement au niveau de la couche d'ozone que la solution du soufre dans l'atmosphère pourrait poser problème. Car s’il est possible que les ballons de Paul Crutzen soient efficaces pour faire baisser la température, le dégagement de sulfates nuirait gravement à la couche d'ozone...

Une pétition a donc été lancée pour abandonner cette solution qui reste néanmoins dans les cartons comme plan B au cas où les efforts de la communauté internationale ne suffiraient pas à endiguer le réchauffement climatique.

Le plus : un des rapports « chance de marcher/prix » les plus intéressants.
Le moins : faire des trous dans la couche d'ozone, sur le papier, ce n’est pas terrible.

Idée 3 - Revigorer le plancton © Gunter Von Kloster Kampen

Idée 3 - Revigorer le plancton

Revigorer le plancton

Le phytoplancton, c'est sympa : ça consomme du CO2, ça nourrit les poissons et quand ça meurt, ca retombe au fond de l'océan sans gêner personne et en emportant le CO2 avec lui. Or, dans certaines zones les phytoplanctons ont du mal à prospérer car il leur manque du fer, lequel est naturellement apporté dans la mer par le vent ou les rivières.

L'idée développée par plusieurs entreprises serait d'aller bazarder dans ces zones appauvries des centaines de tonnes de limaille de fer pour favoriser le développement du phytoplancton. Les poissons auraient alors de quoi manger, le plancton absorberait des milliards de tonnes de CO2, enrayant ainsi le changement climatique et ce pour un prix dérisoire ! 66 centimes à peine pour une tonne de CO2 capturée.

Problème : la communauté scientifique reste sceptique. Si l'expérience a prouvé que le déversement de limaille de fer favorisait effectivement le développement massif du plancton, il existerait de nombreux autres effets indésirables : création d'une couche opaque de plancton qui empêche les poissons d'avoir accès à l'oxygène, dégagement de gaz à effet de serre comme dioxyde d'azote ou le méthane, ou encore apparition d'acide domoïque, une substance toxique causant amnésie et épilepsie chez les animaux marins.

Bref, balancer des trombones dans la mer n’est pas non plus la panacée. D'autres possibilités existent comme l'ensemencement de la mer par de l'urée, de l'azote ou des phosphates.

Le plus : ce n'est pas cher ! N'importe quel milliardaire peut s'amuser à balancer des milliers de tonnes de fer dans la mer pour sauver le monde.
Le moins : ce n'est pas cher ! N'importe quel milliardaire peut causer une catastrophe écologique et rendre les poissons épileptiques. D'ailleurs il y en a un qui l'a déjà tenté.

Idée 4 - Des miroirs dans l'espace © Gunter Von Kloster Kampen

Idée 4 - Des miroirs dans l'espace

Des miroirs dans l'espace

Comment éviter que les rayons du soleil ne cuisent la planète comme une grosse dinde le soir de Thanksgiving ? En les renvoyant à l'envoyeur, tout simplement. Un des projets les plus fous pour limiter le réchauffement climatique consiste à déployer d'immenses miroirs dans l'espace pour annuler une partie du rayonnement solaire.

Aussi improbable que cela puisse paraître, certains y réfléchissent sérieusement. Envoyer des miroirs géants à la frontière de l'espace permet de réguler le changement climatique directement depuis la Terre. En théorie, pourquoi pas ? Sauf que fabriquer une petite station spatiale de la taille d'une maison coûte déjà des milliards de dollars. Alors envoyer dans l’espace des milliards de miroirs (ou d'un miroir géant de la taille du Groenland)…

Et si tout cela coûte vraiment trop cher, on peut créer des anneaux de poussière artificielle comme ceux autour de Saturne afin de stopper un peu le rayonnement solaire.

Le plus : de loin la solution la plus cool. Des anneaux de Saturne autour de la Terre pour un look sympa et un miroir géant pour se raser le matin.
Le moins : sept ans de malheur si une météorite tombe dessus. Et puis le coût de mise en place semble dépasser l’imaginable.

Idée 5 - Fabriquer un peu partout des arbres artificiels © Gunter Von Kloster Kampen

Idée 5 - Fabriquer un peu partout des arbres artificiels

Fabriquer un peu partout des arbres artificiels

Les arbres sont bien pratiques pour lutter contre le réchauffement climatique puisqu'ils absorbent du CO2 en permanence. Oui mais voilà, les arbres, il y en a de moins en moins, ils mettent longtemps à pousser, et en plus ces fainéants ne sont pas si efficaces que ça. Alors plutôt que des vrais arbres, le mieux serait de planter un peu partout dans les villes et le long des routes toute une collection d'arbres artificiels.

Ces machines ont été présentées par une équipe américaine sous la direction du professeur Klaus Lackner. Bien plus efficaces que de véritables végétaux, ces sortes de grosses tapettes à mouche absorberaient le CO2 grâce à des filaments et le liquéfieraient pour le stocker et l'envoyer ensuite quelque part où il ne cassera les pieds à personne, de préférence au fond des océans.
Le prix d'un de ces arbres artificiels serait d'environ 20 000 dollars une fois la production de masse lancée (200 000 aujourd'hui) et 1 000 000 d'entre eux permettraient d'absorber près de 10 % des émissions mondiales de CO2.

Le problème est qu'à moins qu'un marché du carbone à grande échelle ne se développe, ces machines ne rapportent rien du tout et ne seraient déployées que dans un seul but écologique.

Le plus : cette solution semble plus faisable que d'envoyer dans l'espace un miroir de centaines de milliers de kilomètres carrés. Et normalement, elle ne devrait pas causer de catastrophe écologique inattendue.
Le moins : il faut trouver de généreux mécènes prêts à planter des tapettes à mouche très moches le long de nos routes sans autre espoir de retour sur investissement que le bonheur de l’humanité.

Mentions honorables

Il existe quantité d’autres projets pour sauver la planète :
 Repeindre les toits en blanc pour limiter le rayonnement solaire (l'occasion ou jamais de voir la capitalisation boursière de Leroy Merlin dépasser celle d'Apple).
 Modifier les courants des océans pour qu'ils envoient beaucoup de CO2 au fond de la mer (il y a même une thèse là-dessus).
 Propulser de l'eau de mer dans les nuages pour les rendre plus blanc que blanc et accroître leur réflectivité. Même principe que repeindre les toits en blanc, mais moins cher et avec le risque de recevoir des homards sur la tête à tout moment.

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Crédits photo : Gunter Von Kloster Kampen, DR
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