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Élodie Fondacci
Recommandation | 25 sept.
6 mn
The Girls, d’Emma Cline, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, Ed. Quai Voltaire, 2016

The Girls, d’Emma Cline, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, Ed. Quai Voltaire, 2016

The Girls

Premier roman certes mais déjà annoncé comme un phénomène littéraire ! L’éditeur américain Random House a déboursé 2 millions de dollars pour que la Californienne Emma Cline, 27 ans, lui confie son manuscrit !

La raison de cet engouement délirant ? Le talent inouï de la jeune femme ET le sujet. L’assassinat à la fin des années 60 de la femme de Roman Polanski par des disciples du gourou satanique Charles Manson est une plaie mal cicatrisée dans le cœur de l’Amérique qui suscite encore une fascination macabre…

À l’époque Manson régnait sur quelques dizaines d’adeptes qui vivaient ensemble dans un ranch désaffecté, surtout des filles, très jeunes et très paumées que le maître fascinait. Des filles qu’il a envoyées commettre en son nom des meurtres effrayants.

Comment ont-elles pu ? Quel a été leur désarroi, leur solitude d’écorchées vives pour qu’elles deviennent des « cibles impatientes de s’offrir » et se laissent ainsi embrigader ?
C’est par le biais de la fiction qu’Emma Cline répond à la question, en donnant la parole à Evie Boyd, ado mal dans sa peau, qui croise ce fameux été 69 une bande de filles débraillées, défoncées, mais d’une beauté sauvage, à qui elle a immédiatement envie de ressembler.
Un grand roman sur l’adolescence.

The Girls, d’Emma Cline, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, Ed. Quai Voltaire, 2016, 336 p., 21 €

Petit pays

Ce premier roman aussi a déjà fait parler de lui ! Petit pays a remporté le prix FNAC, et figure sur la 1ère liste du Goncourt (du Fémina, et du Médicis !).
Pas étonnant, car ce livre d’une poésie rare vous déchire le cœur.
Son auteur, le rappeur-slameur Gaël Faye (Pili Pili sur un croissant au beurre, Mercury Records) s’est inspiré de son histoire : de mère rwandaise et de père français, il a fui le génocide rwandais avec les siens et débarqué en France en 1995.

Le jeune héros du roman, Gabriel – son double a une lettre près, a 10 ans au moment des premières élections démocratiques du Burundi (annonciatrices d’un coup d'État et du basculement de la région dans le chaos). Ce n’est pas très clair pour lui cette histoire de Tutsis et de Hutu. De toute façon son père ne veut pas qu’il parle de politique et il a bien d’autres choses à faire : courir avec ses copains au milieu des bougainvilliers et cueillir en cachette les mangues de la voisine. Mais on n’échappe pas à l’histoire. L’enfance n’est pas un sanctuaire. Il sera chassé de la sienne comme d’un paradis perdu. Son innocence saccagée comme son pays transformé en charnier. Gaël Faye écrit pour que vive ce monde oublié, et son livre est aussi magnifique qu’essentiel.

Petit pays, de Gaël Faye, Éditions Grasset, 2016, 224 p., 18 €
Les cosmonautes ne font que passer, d‘Elitza Gueorguieva, Ed. Verticales, 2016 © DR

Les cosmonautes ne font que passer, d‘Elitza Gueorguieva, Ed. Verticales, 2016

Les cosmonautes ne font que passer

Elitza, 7 ans, veut devenir cosmonaute pour ressembler au Camarade Iouri Gagarine. Etrangement, ses parents voient d’un œil sceptique ses ambitions spatiales, mais elle met beaucoup d’application à sa mission secrète pouvant fort heureusement compter sur l’appui de son indestructible chien Joki et de son grand père vrai communiste (car comme pour les Nike et les Barbie, il y en a des faux). Mais voilà qu’un jour sous prétexte qu’un Mur est tombé, elle apprend, entre autres choses déconcertantes, que Gagarine n’a pas été le premier homme à s'approcher de la lune…

La ville se remplit de sex shops et de longues files d’attente devant des magasins vides mais c’est la transition démocratique et tout le monde a l’air content ( à part son grand père communiste). Décidément les adultes sont très bizarres…
Petit bijou de drôlerie et d’originalité, ce livre malicieux écrit à la 2e personne raconte à hauteur d’enfant l’éclatement du Bloc de l’Est. Un OVNI dans le ciel de la rentrée, à ne surtout pas laisser passer.

Les cosmonautes ne font que passer, d‘Elitza Gueorguieva, Ed. Verticales, 2016, 184 p., 19,50 €

La correction, d’Elodie Llorca, Ed. Rivages, 2016 © DR

La correction, d’Elodie Llorca, Ed. Rivages, 2016

La correction

Quadragénaire sans beaucoup d’envergure, François travaille en tant que correcteur professionnel dans un magazine, La Revue du Tellière, sur lequel règne (c’est le cas de le dire) Reine. Une femme dominatrice, impérieuse et sensuelle, toujours entourée par un nuage de fumée de cigarette, qui le fascine et le trouble.
Ce qui le trouble plus encore, ce sont les coquilles qui émaillent les papiers qu’il corrige ou a déjà corrigés… Impossible que lui, si tatillon et scrupuleux ait laissé passé des fautes aussi grossières que catin au lieu de satin… Alors ? Qu’est ce que cela peut bien signifier ? Serait-ce Reine qui glisse à dessein ces erreurs dans ses copies ? Et si oui, pourquoi ?
Plus qu’un thriller, voici un roman psychanalytique où les fautes de langue révèlent les troubles de l’inconscient. Même si Élodie Llorca rate un peu sa fin, son livre s’inscrit dans la lignée de Kafka ou des auteurs du Nouveau Roman dans sa manière adroite de glisser vers l’absurde. À découvrir.

La correction, d’Élodie Llorca, Ed. Rivages, 2016, 188 p., 18 €

Les jumelles, de Claire Douglas, Ed. Harper Collins, 2016 © DR

Les jumelles, de Claire Douglas, Ed. Harper Collins, 2016

Les jumelles

Traumatisée par la mort de sa sœur jumelle Lucy, tuée dans un accident de voiture alors qu’elle était au volant, Abi reprend doucement pied après une tentative de suicide lorsqu'elle rencontre la pétillante Béatrice. Réconfortée par cette fille solaire qui a l’air de si bien la comprendre (elle a elle-même un frère jumeau !), Abi accepte sans hésiter d’emménager dans la luxueuse colocation que Béatrice partage avec des amies et son frère Ben.

Pourtant, bientôt un malaise s’installe. Béatrice a une relation fusionnelle et malsaine avec son frère, et Abi qui est tombée amoureuse de lui, l’apprend à ses dépends. Entre les membres de ce trio se nouent des liens de fascination, de désir et de répulsion, entretenus par les secrets les plus noirs…
Encore un peu de maladresse dans ce premier polar de Claire Douglas qui explore les aspects les plus sombres de la gémellité, mais ce thriller psychologique dans la veine de La fille du train remplit tout à fait son office : vous faire tourner les pages jusque tard dans la nuit.

Les jumelles, de Claire Douglas, Ed. Harper Collins, 2016, 352 p., 17,90 €

Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #124 MURMURES
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