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Anthony Ferrer
À savoir | 18 juin
7 mn

Dans les jeux vidéos, les placards s'ouvrent
C'est nouveau : les gros machos bodybuildés et les filles en combi moulantes des jeux vidéos côtoient désormais toutes sortes de sexualités.

En 1989, dans le jeu Final Fight, le personnage de Poison, malgré ses formes généreuses et ses cheveux roses est présenté dans le livret comme étant un transgenre, un « newhalf » comme on dit au Japon. © DR
En 1989, dans le jeu Final Fight, le personnage de Poison, malgré ses formes généreuses et ses cheveux roses est présenté dans le livret comme étant un transgenre, un « newhalf » comme on dit au Japon.
De Twitter à Facebook, toute la galaxie des réseaux sociaux est un espace largement « LGBT friendly ». La version anglaise de Facebook propose même cinquante options pour définir son identité sexuelle. Mais si les géants du web se revendiquent comme porte-étendards de la cause LGBT, qu’en est-il des autres acteurs de l'industrie digitale, en particulier des jeux vidéos ? Entre deux rounds de Street Fighter et une fournée de grenades sur Battlefield, gamers et développeurs sont-ils toujours dans un univers stéréotypé régi par le machisme et les poitrines opulentes ?
La présence de personnages LGBT dans les productions vidéoludiques est plus ancienne qu'on ne pourrait le croire. En 1989, dans le jeu Final Fight, le personnage de Poison, malgré ses formes généreuses et ses cheveux roses est présenté dans le livret comme étant un transgenre, un « newhalf » comme on dit au Japon. À une époque où la moindre trace de sang dans les jeux occidentaux était immédiatement censurée, les Japonais pouvaient fracasser des transgenres à coups de barre de fer en toute quiétude.
Bridget de Guilty Gear, malgré ses vêtements féminins et son visage juvénile est en réalité un garçon. © DR

Bridget de Guilty Gear, malgré ses vêtements féminins et son visage juvénile est en réalité un garçon.

Les jeux de bastons entretiennent volontiers une esthétique macho avec leurs grosses brutes bodybuildées qui affrontent des filles en combi moulantes. Mais de façon assez surprenante, c'est l'un des genres de jeux qui offre traditionnellement le plus de visibilité aux personnages LGBT.

Outre l'exemple de Poison, qui après son apparition dans Final Fight a été réutilisé dans Street Fighter et fait désormais figure de porte-étendard (à tel point que les développeurs de Capcom ont collaboré avec l'asso LGBT GLAAD pour l'apparition du personnage dans Street Fighter vs Tekken), on retrouve dans les jeux de combat des travestis, des transgenres et de nombreux personnages aux looks androgynes ou asexués (comme Bridget de Guilty Gear qui malgré ses vêtements féminins et son visage juvénile est en réalité un garçon).

Taric de League of Legends, surnommé affectueusement « Gayric » sur le net. © DR

Taric de League of Legends, surnommé affectueusement « Gayric » sur le net.

Placard virtuel

En dehors des jeux de combat, les personnages LGBT sont longtemps restés dans le placard. Jusqu'au milieu des années 2000 il était rare de voir un personnage homosexuel dans un jeu. C'est moins vrai aujourd’hui, même si les LGBT vont souvent servir de ressorts comiques, notamment dans les productions japonaises. Des personnages connus, comme Taric de League of Legends, surnommé affectueusement « Gayric » par le Net, donnent plutôt l’occasion de créer des mèmes douteux sur la Toile que de faire avancer une cause.

Plusieurs grosses licences ont opéré un virage LGBT friendly. La plupart des RPG (role play games) actuels proposent le choix du sexe des personnage et permettent diverses romances, homo ou hétéro. Le mariage gay est intégré dans le blockbuster Skyrim, de même que les Sims, souvent si frileux, c'est dire ! Avec une personne du même sexe ou pas, vous pourrez vivre une expérience de jeu totale, voire même adopter dans le cas d'un couple homo.
Il est dorénavant possible de personnaliser les Sims avec n’importe quel type de corps ou style vestimentaire. © Electronic Arts
Il est dorénavant possible de personnaliser les Sims avec n’importe quel type de corps ou style vestimentaire.
Mais dans ces jeux-là, votre identité sexuelle se définit par vos choix. Vous êtes bisexuel par défaut, les autres personnages également (les Sims sont en cela un parfait exemple), et libre à vous d'intégrer une dimension LGBT au jeu. Si le joueur n'en a pas l'initiative, le jeu sera hétérosexuel « classique » par défaut. Les développeurs du jeu vidéo ne prennent donc pas trop de risques sur la question du genre en offrant certes le choix, mais uniquement si le joueur le souhaite. Une manière de garder tout ça sous le tapis.

Des gays dans la trame

Certains éditeurs s'autorisent toutefois à prendre plus de « risques » pour faire bouger les choses en intégrant des personnages LGBT au scénario du jeu. Bioware est beaucoup cité et son jeu Dragon Age Inquisition est certainement l'exemple le plus parlant, ses personnages ayant un genre et une orientation sexuelle définies, peu importe le choix du joueur.

Iron Bull et Dorian sont par exemple des personnages homosexuels qui font partie de la trame narrative. Réellement. Il ne se passera rien entre vous et eux si vous incarnez un personnage féminin. Et si vous n'initiez aucune romance avec l'un d'entre eux, ils vont se rapprocher au fur et à mesure de l'aventure et vivront leur sexualité hors des choix du joueur. Le jeu présente aussi Krem, un personnage transgenre, lui aussi intégré à l'histoire que le joueur le veuille ou non.
Plusieurs grosses licences prennent cette direction. Outre Dragon Age et ses personnages aux sexualités diverses, on peut citer la série des Mass Effect où la sexualité n'est pas taboue, un homme pouvant parler de son mari sans problèmes et une femme assumer être pansexuelle. Ou encore The Witcher 3 où une quête fait rencontrer un homosexuel chassé de son village. Ces jeux qui intègrent une vraie dimension LGBT sont rares mais ont en commun d'avoir connu de très gros succès et d'avoir été salués pour leurs scénarios travaillés.
Certes, ce ne sont que des arbres qui cachent la forêt. Mais ils sont la preuve que le public est disposé à acheter des jeux où les questions d'identité sexuelle sont abordées frontalement. Le monde vidéoludique massivement LGBT friendly est encore loin mais la question est mise sur la table par quelques bestsellers qui prouvent que ce média se résume de moins en moins à des sauteries au coca chips entre amis.
Crédits photo : Electronic Arts, DR
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Article paru dans le numéro #116 GENRE
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