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Emmanuel Brousse
Focus | 5 juin
12 mn
Peut-on sauver le monde tout seul ? À moins d'être un héros de blockbuster américain, la réponse est plutôt « non », c'est du bon sens. Mais le bon sens n'est pas toujours la chose du monde la mieux partagée... Visionnaires, allumés ou businessmen, voici une galerie de portraits de gens qui veulent à tout prix enrayer le changement climatique.
 

Norman Crowley, le businessman qui veut faire la chasse au gâchis d'énergie

Quitte à sauver le monde, autant que ça rapporte de l'argent. Non content d'avoir un super plan pour réduire les émissions de CO2 des entreprises à grande échelle, Norman Crowley entend bien en profiter pour se constituer un joli pactole. Ce businessman irlandais a fait fortune avant 40 ans en créant des entreprises de e-commerce, de jeux en ligne et en fondant The Cloud, leader européen des hotspots wifi publics. Quand il est devenu bien riche, il a décidé de s'atteler aux problèmes du monde et a fondé Crowley Carbon.

Le principe, tout simple, fonctionne grâce à une stratégie commerciale aussi agressive qu'efficace. Crowley Carbon propose aux entreprises dont la facture électrique oscille entre 400 000 € et 1 000 000€ de réduire le montant d'au moins un tiers en finançant l'intégralité des travaux nécessaires et en se rémunérant grâce aux économies réalisées. Et si l'entreprise préfère payer elle-même, Crowley s'engage à la rembourser si les objectifs de réduction de la consommation énergétique ne sont pas atteints. En pratique, Crowley Carbon se félicite d'arriver à réduire la facture de plus de 60 % voire 90 % sur certains sites.

Après avoir débuté en Irlande, les équipes de Crowley ont mis le cap sur le Royaume-Uni et opèrent désormais au Moyen-Orient, au Bangladesh, aux États-Unis, au Costa Rica et compte des clients aussi prestigieux que Vodafone, Johnson&Johnson ou encore Pfizer. Un succès franc et massif qui ne suffit pas à Norman Crowley, loin de là. « Je ne supporte pas l'attentisme des gens par rapport au réchauffement climatique. On envisage toutes sortes de solutions pour demain alors qu'il faut agir dès aujourd'hui. »
 

Russ George : le hors-la-loi du Pacifique

Russ George est un sacré numéro. Après des années passées à courir derrière la chimère de la « fusion nucléaire froide », cet entrepreneur américain s'est trouvé un nouveau dada : sauver la planète en fertilisant les océans à coups de centaines de tonnes de limaille de fer. Le but étant de stimuler l'apparition de phytoplancton pour que celui-ci absorbe du CO2 et serve de nourriture aux poissons.

Russ George a d'abord créé Planktos, et affrété des navires pour aller déverser du fer au large des Canaries. Après avoir essuyé un refus des autorités espagnoles, il a monté un nouveau projet aux Galapagos en s'associant avec Alexander Schoppmann, un Allemand adepte de théories du complot qui espérait gagner des milliards de dollars en revendant des crédits carbone aux entreprises. Là encore, il s'est heurté au blocage des autorités.

Mais en 2012, sa pugnacité a fini par payer puisqu'il est parvenu à convaincre la tribu amérindienne des Haïdas de financer un déversement sauvage de fer dans les eaux de Colombie Britannique pour augmenter les stocks de saumon rouge. Plus de cent tonnes de fer furent ainsi envoyées par le fond, causant un scandale médiatique lorsque les autorités s'en aperçurent. Depuis, Russ George a été viré par les Haïdas, et affronte plusieurs procès pour violation des lois internationales en matière de pollution des océans.

Les prises de saumon pour l'année suivante furent néanmoins mémorables et certains témoignages affirment que la zone a été inhabituellement squattée par toutes sortes d'orques, de baleines, de poissons et d'oiseaux marins. D'autres en revanche font état d'échouages d'algues toxiques et l'office des pêches canadien a déclaré les coquillages locaux impropres à la consommation. Difficile de savoir dans quelle mesure tout cela est relié à l'activité de Russ George.

En attendant de pouvoir poursuivre son entreprise de « fertilisation », celui-ci a monté un spectacle musical intitulé 40 millions de saumons et passe sa vie entre deux tribunaux.
 

Elon Musk, le milliardaire qui veut coloniser Mars

Elon Musk, le patron multimilliardaire de Tesla, fait le bonheur des revues business depuis de nombreuses années. Après sa fulgurante ascension dans l'informatique, Musk n'a pas décidé de devenir un généreux philanthrope comme Bill Gates ou un pape du design comme Steve Jobs. À la place, il a décidé de sauver le monde.

Fervent adepte de l'énergie propre, le cofondateur de Paypal a décidé d'assurer un futur à l'humanité grâce à son immense fortune. Il a alloué 1 milliard de dollars à la recherche sur l'intelligence artificielle pour « s'assurer de ne pas voir l'humanité disparaître à cause de super IA » et a lancé SpaceX pour développer les vols spatiaux commerciaux, espérant à terme pouvoir coloniser Mars.

Si ces deux projets touchent du doigt la science-fiction, il n'en va pas de même de Tesla. La marque de voitures électriques lancée par Musk est à la fois un pari commercial et une façon d'obliger l'industrie automobile à abandonner le pétrole à vitesse grand V. Malgré son indéniable côté mégalomaniaque et sa personnalité difficile, Elon Musk est sans doute l'un des exemples les plus frappants de personnages capables d'accélérer les choses à lui tout seul.

Après SpaceX et Tesla, la société SolarCity, de ses cousins Lydon et Peter Rive, dont il est l'actionnaire principal, et le train solaire Hyperloop, capable de dépasser les 1000 km/h, font la Une des journaux. Agé de 44 ans, ce magnat américain d'origine sud-africaine a déclaré à de multiples reprises qu'il espérait « naître sur Terre et mourir sur Mars ». Si le vent continue de souffler en sa faveur, il pourrait bien y arriver.
 

Les « Fake Plastic Trees » de Klaus Lackner

« M. Lackner est un des types les plus intelligents de la planète. » Le compliment vient de Wallace Broecker, l'un des climatologues les plus respectés des États-Unis. Si Klaus Lackner est à ce point couvert d'éloges, c'est qu'une de ses inventions pourrait presque résoudre à elle toute seule le problème du changement climatique : l'arbre synthétique qui absorbe le carbone.

Avec une prudence très scientifique, M. Lackner, professeur à l'Université de Columbia et directeur du CNCE (Center for Negative Carbone Emissions), estime qu'il faudrait vingt à trente ans pour développer, fabriquer massivement et installer ses arbres artificiels, dont les « feuilles » semblables à des épines de sapin en résine blanche sont capables d'absorber d'énormes quantités de CO2.

Alors que son projet semble déjà sur les rails, M.Lackner voit plus loin et envisage la création d'un carburant écologique utilisant le CO2 liquéfié récupéré par ses arbres synthétiques. « Rien n'est plus stimulant pour moi que les grandes choses et les projets fous », concède celui qui en 1995 avait déjà imaginé les « auxons », des micro-robots capables de se dupliquer et de fournir de l'énergie en immense quantité à partir des sables du désert. Son concept avait alors été nommé parmi les « 7 idées qui peuvent changer le monde » de Discover magazine. Vingt-et-un ans plus tard, sa nouvelle idée sortira peut-être des pages de papier glacé pour vraiment changer le monde.
 

Shi Zhengrong, celui qui voulait reverdir la Chine

Né en Chine en 1963 dans une famille pauvre, Shi Zhengrong est parti étudier à l'université à l'âge de de 16 ans. Trente-cinq ans plus tard, il est devenu l'un des hommes les plus riches de Chine en inondant le monde de panneaux solaires.

Fondateur de Suntech, numéro un mondial du secteur photovoltaïque, Shi Zhengrong finance personnellement de nombreuses initiatives de lutte contre le réchauffement climatique et mène surtout une bataille de longue haleine pour rendre la Chine plus « green ». Ses efforts pour faire bifurquer vers le solaire la colossale machine industrielle du pays ne sont pas restés vains, à tel point qu'une immense centrale solaire de 200 mW nommée « Delingha » est actuellement en construction au cœur du désert de Gobi.

Après avoir été démis de ses fonctions suite à un passage à vide en 2013, Shi Zhengrong mène désormais une vie partagée entre la recherche dans les technologies vertes et le lobbying écologique en Chine. Confiant, il soutient avec aplomb que « l'intégration du solaire dans les objets de tous les jours est le prochain pas décisif qui permettra au monde de gagner le combat contre le réchauffement climatique ». On ne demande qu'à le croire.

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Crédits photo : Thomas de Cointet
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Article paru dans le numéro #114 CONSTRUCTIF
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