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Emmanuel Brousse
Focus | 8 juillet
7 mn

Trop d'applis tue l'appli
Le business des applis est en plein boom. Et pourtant Google et Apple préparent déjà leur mort. Pour mieux les ressusciter.

La profusion menace-t-elle les applis d'extinction ? © DR
Les géants de la Silicon Valley veulent-ils la mort des applications pour smartphone ? Si oui, cela ne vient pas d'un désamour du public ou d'un manque de rentabilité : Apple et Google ont chacun vendu pour 20 milliards de dollars d'applis en 2015 et les perspectives sont radieuses. Quant aux achats réalisés par les internautes par le biais des applis, ils s'élèvent à plus de 300 milliards de dollars.
Seulement voilà : si l'Apple Store héberge plus d'un million et demi d'applications, 80 % des utilisateurs n'en utilisent que trois au quotidien. Le marché est rentable et le public adhère, mais seuls quelques acteurs tirent leur épingle du jeu. Quand les smartphone sont arrivés, beaucoup décrivaient un futur où tout le monde aurait des centaines d'applis pour « customiser son expérience mobile » en profondeur. En réalité, une majorité des utilisateurs ne se sert que de quelques incontournables et pour un succès sur l'App Store, cent projets sont envoyés aux oubliettes car manquant de visibilité ou souffrant de la féroce concurrence.
C'est un problème pour Google et Apple. Car si le marché finit par se restreindre à quelques « must-have », le nombre d'entreprises et de développeurs travaillant à l'élaboration de nouvelles applis se réduira jusqu'à la stagnation. Et qui dit stagnation dit moins d'applis vendues sur Google Play et l'Apple Store...
La mission est donc claire : transformer le système en profondeur pour augmenter le nombre d'applis par utilisateur et favoriser la diversité. Deux éléments dissuadent l'utilisateur d'utiliser des dizaines d'applis différentes.
Le premier réside dans l'obligation d'ouvrir chaque appli, ce qui demande un peu de temps. Par exemple, si vous voulez utiliser celle du Monde.fr, il faudra quitter votre navigateur internet et charger l'appli pendant quelques secondes. Alors qu'une visite sur la version mobile du site web du journal permet de l'ouvrir dans un onglet et de consulter ses mails dans un autre sur la même application : le navigateur web.
Le deuxième problème réside dans la nécessité d'apprendre à se servir de beaucoup d'applis différentes qui ont toutes leur interface propre. Bien sûr, les développeurs tentent de simplifier au maximum, mais même ainsi, il faut un peu d'adaptation pour chaque appli.
Pour résoudre ce double casse-tête, les grands pontes de la high-tech ont des pistes. La première consiste à faire en sorte que les applis n'aient plus besoin d'être ouvertes mais puissent proposer leur contenu au sein d'une interface plus large. Le modèle est similaire à ce qui existe déjà sur Facebook : le réseau social intègre directement des contenus (vidéos Youtube etc.), pour ne pas avoir à basculer vers d'autres sites. Facebook devient une sorte d'« écosystème » qui permet d'avoir une bonne partie d'internet sur une même page. C'est ce que Google et Apple voudraient reproduire pour les applis.
Les nouvelles version d'iOS et Android devraient donner accès à de nombreuses fonctionnalités de base des applis sans avoir à les ouvrir. Le système des notifications sera étendu pour utiliser les fonctionnalités de base sans quitter l'interface des notifications. Plutôt que d'ouvrir Snapchat ou Gmail, on répondra aux messages ou consultera une photo directement depuis le menu des notifications.
Les applis existeraient toujours mais ne seraient alors ouvertes que pour des tâches bien précises et leurs fonctionnalités « courantes » seraient intégrées au fonctionnement global du smartphone de façon à n'avoir qu'une seule interface. De la même façon qu'il est plus facile de « liker » des sites webs sur Facebook pour tout suivre au même endroit plutôt que de se rendre sur chacun d'entre eux, Google et Apple espèrent qu'en centralisant les fonctionnalités au même endroit, les utilisateurs téléchargeront plus d'applis qu'ils n'ouvriront pas mais dont le contenu sera disponible sur une interface unique.
L'autre solution pour rendre les applis plus nombreuses et plus invisibles est l'arrivée des assistants robotisés qui utiliseront les applis à notre place, là encore depuis une interface centralisée qui évitera d'avoir à charger chaque programme indépendamment. Ces robots, les « chatbots » seront capables de comprendre des demandes adressées par la voix ou par un système de messagerie.

Concrètement, cela devrait se traduire comme ceci : vous aurez sur votre téléphone un assistant virtuel – appelons-le Michel – à qui vous parlerez comme à un humain, et qui se chargera d'utiliser les applis à votre place pour vous épargner les interfaces différentes et les temps de chargement. Plutôt que d'utiliser l'application Uber pour trouver un chauffeur capable de vous emmener à un concert à 19h, vous enverrez un message par Skype, SMS ou Messenger à Michel le robot qui se chargera à votre place de faire mouliner Uber pour vous proposer une solution. Télécharger de nombreuses applis deviendra plus intéressant puisque cela multipliera les possibilités pour l'assistant virtuel sans vous obliger à vous familiariser avec chaque programme.
La « mort des applis » est donc très prématurée, c'est plutôt le système actuel de navigation des smartphones qui est condamné. Plus nombreuses, les applis subsisteront, elles seront plus discrètes et complètement intégrées à une interface globale pour vous faciliter encore plus la vie.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #119 SOLDES D'ÉTÉ
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