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Emmanuel Brousse
À savoir | 10 juin
8 mn

Vis ma vie d'e-sportif
Ils ont leurs compétitions et leurs sponsors : les e-sportifs se prennent pour des pros. Mais se lèvent-ils aussi tôt online qu'in real life ?

Zlatan Ibrahimović vs Tychus Findlay (Starcraft) © DR
30 000 spectateurs à Francfort, 22 000 à New York, 20 000 à Stockholm... On ne parle pas là de matchs de football ou de festivals de musique mais d'E-Sport. De curiosité pour geeks, le jeu vidéo professionnel s'est transformé en phénomène massif. Sur les jeux les plus suivis comme League of Legends, Starcraft 2 ou Dota 2, les audiences pour les finales se comptent désormais en millions de personnes et les récompenses pour les vainqueurs en millions de dollars.
La discipline a indéniablement évolué vers quelque chose de plus « sérieux ». Mais comment vivent les joueurs pros ? Les champions qui sont désormais habillés de maillots floqués de sponsors et encadrés par des équipes, sont-ils restés des gamers compulsifs jouant huit heures d'affilée pendant la nuit avec pour seuls amis un paquet de chips et une bouteille de Coca ? Ou se sont-ils métamorphosés en athlètes olympiques aux emplois du temps millimétrés ?
Sportifs de haut-niveaux : footballeurs et Gamers ne partagent pas le même emploi du temps.  © DR
Pour le savoir, nous avons comparé les emplois du temps d'Arthur, qui a joué au football au niveau national en moins de 19 ans, et d'Adrien « DnS », joueur professionnel de Starcraft 2 et membre de l'équipe de E-Sport aAa.

Analyse des joueurs pros et chocapics

Pour Adrien, la journée commence vers 9 h. Pas de « gaming houses » pour lui : il partage un appartement avec deux amis, eux aussi joueurs de très haut niveau. Le petit-déjeuner est l'occasion d’analyser les parties de joueurs professionnels coréens entre deux cuillérées de chocapics. Une fois la séquence vidéo achevée, l'entraînement commence avec une première session de 3 ou 4 heures de jeu.
Sportifs de haut-niveaux : footballeurs et Gamers ne partagent pas le même emploi du temps.  © DR
Chez Arthur, la journée commence plus tôt. « Dans les filières de formation pro, souvent le matin est consacré aux études. On commence les cours vers 8h comme dans un collège ou lycée classique, donc il faut être debout vers 7h. » Une fois passés sur le circuit professionnel, les sportifs sont vivement encouragés à conserver un rythme assez matinal, même si l'horaire le plus fréquent pour l'entraînement du matin dans les clubs de Ligue 1 est 10 h 30.
Sportifs de haut-niveaux : footballeurs et Gamers ne partagent pas le même emploi du temps.  © DR
Avec près de 15 000 sportifs professionnels en France, la mécanique de formation est bien huilée et peu de place est laissée à l'improvisation dans le parcours des futurs champions. Dans les centres de formation pour sportifs pro, la structure fermée et l’internat permettent d'avoir un certain contrôle sur les jeunes et d'éviter qu'un rythme erratique n'entrave leur progression. Au centre de formation du football club de Tours, la journée démarre à 6h30 et l'extinction des feux a lieu à 22h avec 1h30 d'étude en fin de journée. Des précautions qui ne suffisent pas toujours...
« Les centres de formation permettent d'imposer certaines règles, mais avec les consoles, les ordinateurs et les téléphones, ceux qui veulent passer leurs nuits à s'amuser peuvent le faire quand même. Au final, l'hygiène de vie d'un joueur dépend de lui-même, même si le fait d'avoir un match chaque semaine et 3 ou 4 entraînements par semaine oblige à une certaine rigueur », reconnaît Arthur.
Sportifs de haut-niveaux : footballeurs et Gamers ne partagent pas le même emploi du temps.  © DR

Au bon vouloir des joueurs

Du côté de l'E-sport, la nouveauté de la filière et le nombre encore faible de structures rendent les choses bien moins « carrées ». Le rythme et les horaires des entraînements dépendent principalement du bon vouloir des joueurs. « À une époque, j'avais un rythme de vie vraiment malsain. Mais avec le temps je me suis forcé à évoluer et désormais je bosse avec des horaires normaux. Après ma première session d'entraînement, je fais deux heures de course ou de muscu pour m'aérer un peu l'esprit et je reprends pour une session de 4 heures de jeu. En général je vais me coucher vers minuit pour avoir une nuit de sommeil complète », détaille Adrien.
Sportifs de haut-niveaux : footballeurs et Gamers ne partagent pas le même emploi du temps.  © DR
Tous les E-sportifs ne vivent pas forcément avec un planning aussi régulier. DnS reconnaît même faire figure d'exception dans le milieu. « Ce qui est important pour une team, c'est la capacité à obtenir des résultats. Qu'ils jouent 10 heures de suite pendant la nuit ou par tranches de 3h, peu importe, ils [qui est ce ils ? les managers de la team ?] ne sont pas là pour vérifier. En revanche ils [qui est ce ils ?] nous aident à gérer le stress avant les compétitions, restent en contact régulier avec nous et s'occupent pour nous de tout l'aspect administratif. »
Le milieu de l'E-sport ira-t-il jusqu’à adopter des règles plus strictes à mesure que la discipline se structure ? « J’aime bien gérer mon rythme moi-même. Avec la visibilité croissante de l'E-sport, des structures verront peut-être le jour pour former les joueurs, mais pour l'instant je n'y crois pas trop. En Corée, là où se trouvent les meilleurs joueurs, les équipes mettent en place des activités de groupe, du coaching... C'est quasi militaire ! J'essaie de m'en inspirer pour progresser. C'est sans doute aussi comme ça que se développera l'E-sport dans les années à venir. Avec mes amis, on a réussi à organiser nos journées et à nous entraîner ensemble. On peut même imaginer aller plus loin : huit ou dix joueurs qui s'associeraient pour prendre un coach et avoir un encadrement et un emploi du temps commun. C'est largement faisable. »
Sportifs de haut-niveaux : footballeur et Gamers ne partagent pas le même emploi du temps.  © DR
D'ici là, les gamers français peuvent encore dormir tranquilles (et à l'heure qu'ils veulent). Le jour où leur équipe les forcera à aller faire des tours de terrains entre deux parties de Starcraft semble encore bien loin.
Zlatan Ibrahimović vs Tychus Findlay (Starcraft) © DR
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #115 GAGNE
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