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Pascal de Rauglaudre
Entretien | 3 juillet
7 mn

Carton plein pour Eurostar
Euro, Brexit, attentats, nouvelles lignes à grande vitesse, Hyperloop : comment Eurostar compose avec l'actualité, par Nicolas Petrovic, son Pdg.

Nicolas Petrovic, directeur général d'Eurostar © DR
Nicolas Petrovic, directeur général d'Eurostar
L’Euro s'est achevé, le Brexit est passé, les attentats menacent toujours, de nouvelles lignes à grande vitesse vont ouvrir, et Hyperloop intéresse la SNCF : cinq sujets d’actualité qui concernent de près ou de loin Eurostar. C’est donc l’occasion de faire le point avec Nicolas Petrovic, son Pdg.

Pluris – Comment fait-on pour communiquer sur l’Euro 2016 sans être partenaire officiel ?

Nicolas Petrovic – Dès que les premiers matchs ont été connus, en décembre dernier, nous avons lancé une campagne online et ouvert les réservations. Bien sûr, comme Eurostar n’est pas partenaire officiel, nous n’avons pas eu le droit d’utiliser le logo, mais nous avons communiqué sur Dennis Bergkamp, « the non-flying Dutchman », le joueur d’Arsenal d’origine hollandaise très connu pour avoir peur de l’avion ! Nous avons cumulé plus de 500 000 réservations liées au foot, c’est énorme. Les trains étaient remplis !

Aviez-vous pris des mesures de sécurité spécifiques ?

Nous avons travaillé avec la police britannique pour identifier les matchs sensibles, notamment Angleterre Pays de Galles à Lens, juste à côté de Lille que nous desservons. Un accord a été signé avec les autorités françaises pour que les policiers britanniques restent à bord des trains jusqu’à leur destination : leur simple présence rassurait les voyageurs. Nous avons aussi banni l’alcool à bord, avec contrôles à l’entrée, pour éviter qu’une minorité ne gâche la fête de ceux qui ont juste envie de s’amuser. Tout s'est très bien passé, l’ambiance était très bon enfant.

Comment les attentats de Paris en 2015 ont-ils affecté le business d’Eurostar ?

Cela s’est traduit par une baisse significative des enregistrements. Beaucoup de gens ont annulé leurs voyages, segment par segment : d’abord la clientèle d’affaires, puis celle des loisirs, etc. Et puis le gouvernement américain a pris une décision rarissime : il a prévenu ses ressortissants que la France était devenue un pays dangereux. Du coup les clients nord-américains, mais aussi japonais et chinois, ont déserté nos lignes, et ils ne devraient pas revenir avant l’année prochaine.

Les Anglais ont voté pour le Brexit. Quelles retombées sur le trafic d'Eurostar ?

Il est certain que les politiques de l’Union Européenne ont facilité le succès d’Eurostar, et nous aurions eu tout intérêt à ce que la Grande-Bretagne reste membre de l’Union. La Banque d’Angleterre a pointé un risque de récession important, qui va affecter notre développement. Le principal reproche de la campagne pour le Brexit, c’est qu’elle n’a jamais dit clairement par quoi l’adhésion à l’UE sera remplacée. Les relations se feront-elles sur le modèle norvégien, idéal pour nous ? ou albanais, comme certains Brexiters l’ont dit ? Ce qui ne manquerait pas de bouleverser notre modèle opérationnel ! Blague à part, à moyen et long terme, le plus gros risque pour nous, c’est une croissance moins forte.

Vous avez ouvert l’année dernière une relation entre Londres et Lyon, Avignon et Marseille. Quel bilan en tirez-vous ?

C’est un succès total ! Les trains sont pleins, et les hôtels de Lyon et Marseille ont vu leur taux de remplissage bondir. Eurostar a réussi à vendre ces destinations peu connues des Anglais, et ça marche vraiment bien.

Mais 6h30 de voyage entre Londres et Marseille, ce n’est pas dissuasif ?

Ça a beaucoup changé. Avant, on disait qu’au-delà de 3-4h de trajet, l’avion prenait l’avantage sur le train. Mais nous avons littéralement créé un nouveau marché, avec une clientèle qui apprécie de voyager confortablement. Le voyage en train fait partie des vacances, il suffit de monter à bord, et après, on fait ce qu’on veut, surtout grâce au wifi. Alors que l’avion et sa juxtaposition de temps morts et d’attentes, sont plus vécus comme une corvée : porte à porte, la durée du voyage en train équivaut à celle de l’avion. La relation au temps a donc complètement changé et les retours de nos clients sont très positifs.

Quelles autres destinations continentales pourriez-vous desservir ?

Notre prochain gros lancement aura lieu fin 2017 vers Amsterdam, via Bruxelles et Rotterdam. La liaison aérienne entre Londres et Amsterdam est l’une des plus fréquentées d’Europe : pour Eurostar, c’est donc une excellente opportunité de bousculer le marché en créant de nouvelles manières de voyager. Par ailleurs, avec l’ouverture de la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique [prévue pour l’été 2017, NDLR], nous étudions le potentiel d’une ligne vers Bordeaux, ville très prisée des Anglais, mais aucune décision n’a été prise.

La SNCF vient d’investir dans Hyperloop, le train du futur d’Elon Musk. Qu’en pensez-vous ?

C’est une très bonne chose que la SNCF s’intéresse à ce type de nouvelles technologies. Plus globalement, c’est tout le marché du transport terrestre qui est en train de vivre des révolutions incroyables en ce moment, avec Uber, LeCab, les bus longues distances en France, les compagnies low cost. C’est très positif, cette offre plus riche et plus différenciée fait grossir le marché de la mobilité : jamais il n’a été aussi simple de se déplacer qu’aujourd’hui.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #116 GENRE
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