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Emmanuel Brousse
Focus | 14 juillet
8 mn

Le podcast fait de la résistance
Moribond le podcast ? Au contraire. Pourquoi ce support plus intello et moins « immédiat » plaît-il autant ?

Le podcast fait de la résistance © Pluris
Le podcast est-il un média du futur ? Cette question, on se la posait il y a une bonne quinzaine d'années, quand les chaînes de radio commencèrent à lancer leurs sites web pour rendre leurs émissions disponibles en replay. Aujourd'hui, à l'heure de Periscope et de Youtube, le podcast fait figure d’ancêtre dans l'écosystème des webmédias. Et son intérêt peut sembler limité face aux Youtubers qui proposent grosso modo la même chose, avec l'image en plus.
Et pourtant, le podcast fait de la résistance. L'année 2015 a été un bon cru, surtout outre-Atlantique. Le podcast Serial, dérivé d'une émission de radio, a été un succès énorme, chaque épisode étant suivi par plus de 850 000 personnes. Avec ses longs épisode (près d'une heure) retraçant une enquête policière réelle, « Serial » a proposé une expérience à mi-chemin entre le journalisme d'investigation et Netflix : le travail d'enquête est couplé à de la musique et une forme de scénarisation.
Le succès grand public de l'émission a remis les podcasts sous les feux des projecteurs et poussé d'autres acteurs du web à s'y ré-intéresser. Et surtout, à y investir. Les projets de financements de podcasts sont lancés à coups de millions de dollars par des gros poissons du web et des medias.
La consommation de podcasts a augmenté de 25 % l'an dernier pour atteindre les 46 millions d'utilisateurs réguliers (plus de 5 écoutes par semaine) aux Etats-Unis. Et avec plus d'argent, plus de grands noms et plus de visibilité, cette hausse a toutes les chances de se poursuivre en 2016.
En France, le site Slate a lancé sa propre série de podcasts, Pascale Clark s'apprête à lancer Boxsons, une plate-forme exclusivement dédiée à ce format et le site de France Culture a sa base d'habitués fidèles qui viennent piocher chaque jour dans la multitude de podcasts disponibles dans les archives.

Des formats pratiques

Au début, les succès des podcasts s'expliquaient par leur aspect pratique : on pouvait écouter les émissions n'importe quand et cela suffisait à donner une plus-value au média. Aujourd'hui, la disponibilité du contenu est devenue la norme. Toute la musique, les films et les chaînes de télévision du monde sont disponibles en quelques clics. L'intérêt premier du podcast semble donc s'être volatilisé. Et pourtant, la recette fonctionne toujours.
La persistance de ce succès est probablement due au fait que les consommateurs de podcasts n'y cherchent pas la même chose que sur Youtube ou à la télévision. Après avoir été un format dérivé de la radio, le podcast est devenu un média à part entière capable de fournir une expérience différente. Plus intello, plus calme et moins accroché à la frénésie de l'actualité, il ne chasse pas sur les terres de ses concurrents.
Quand les analystes s'efforçaient de comprendre l'internet des années 2000, beaucoup voyaient dans le podcast l'équivalent audio du blog et pariaient sur l'avènement d'un format « do it yourself » où quelques internautes stars tiendraient des podcasts à succès. Ce scénario ne s’est jamais réalisé. Les stars du web enregistrant depuis leurs chambres ont bien vu le jour, mais sur Youtube, et ce sont eux qui ont touché le jackpot avec des formats souvent assez courts, une mise en scène de l'artiste et un phrasé très rapide et haché inspiré des one man shows. Tout le contraire du podcast moyen qui propose souvent des émissions de plusieurs dizaines de minutes avec une diction « radio » et pas ou peu de mise en scène de celui ou celle qui parle à l'antenne.

Synonyme d’« Internet de la connaissance »

Le podcaster serait-il l'anti-Youtubeur ? Le raccourci est un peu gros tant l'offre est diverse. Mais il y a quand même un fond de vérité. La vidéo Youtube est le symbole de l'internet du « lol » avec ses centaines de millions de vues, sa rapidité et son immédiateté. Indépendamment de la qualité des vidéos, c'est un format dont le fond comme la forme sont taillés pour les jeunes et où l'humour est omniprésent. Le podcast est tout l'inverse : l'audience est plus confidentielle, l'humour est possible mais loin d'être obligatoire et même si le format ne cesse d'innover – la preuve avec « Serial » – les codes restent ceux de la radio traditionnelle. Avec les années, le podcast est devenu synonyme d’« Internet de la connaissance » et de la qualité.
Difficile de savoir si le podcast sortira de sa niche pour partir à la conquête des foules. Le format n'a pas forcément vocation à cibler les amateurs de philo. Le podcast de football du Guardian a cumulé plus de 15 millions d'écoutes en 2015. L'arrivée d'un âge d'or du podcast dépendra probablement du succès que connaîtront les grands projets lancés ces derniers mois et de l'apparition ou non d'une offre de contenus exclusifs. Car si en France le podcast connaît un succès durable, la plupart des émissions à succès viennent directement de la radio. Mais qui sait, le « Serial » gaulois est peut-être pour demain...

Quelques recommandations de podcasts

 Serial: Season Two
A podcast from the creators of This American Life. One story. Told week by week. Hosted by Sarah Koenig.
 Radiotopia
A collective of the best story-driven radio shows on the planet. Shows include 99% Invisible, Love+Radio, Strangers, Radio Diaries, Theory of Everything, The Truth, and Fugitive Waves. Listen, Love, and Share.
 2 Heures de perdues
Podcast dédié au cinéma
Crédits photo : Pluris
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Article paru dans le numéro #120 PROGRAMME
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