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Emmanuel Brousse
Focus | 14 juillet
6 mn

Pavillon noir sur le golfe de Guinée
Au large des côtes d'Afrique équatoriale, la piraterie prospère, dopée par les exportations de pétrole et l'impuissance des États riverains.

Pavillon noir sur le golfe de Guinée : Au large des côtes d'Afrique équatoriale, les exportations de pétrole suscitent de menaçantes vocations de pirates. © Pluris
Le monde se croyait débarrassé de la piraterie en Afrique : dans le golfe d’Aden, seules deux attaques ont été recensées en 2014 et aucune en 2015. Mais le phénomène prend de l’ampleur dans une autre région : le golfe de Guinée. La proximité de pays exportateurs de pétrole comme le Nigéria est la principale cause du développement de la piraterie en Afrique de l'Ouest. Les pirates ne suivent pas le « modèle » somalien, basé sur les enlèvements et demandes de rançon : en Afrique de l'Ouest, le moteur de la piraterie est le pétrole. La violence et les prises d'otage existent mais la plupart des exactions commises sont des braquages de cargaisons et des siphonnages de carburant.
Ce mode opératoire différent s'explique par le contexte local. Les pirates somaliens pouvaient profiter d'une vaste zone de non-droit au large des côtes du pays et savaient qu'ils ne risquaient pas d’intervention de l'armée en cas de prise d'otage au long cours. Dans le golfe de Guinée, les pays riverains ne sont pas aussi démunis que la Somalie. Les pirates ont donc une certaine liberté d'action mais pas une impunité totale permettant des prises d'otage au long cours.
De façon paradoxale, c'est cette situation politique plus stable qu'en Somalie qui a favorisé le développement de la piraterie dans la région. Dans le golfe d'Aden, la faillite totale des autorités avait poussé la communauté internationale à prendre les choses en main et à déployer une force conséquente qui a permis d'éradiquer la menace en quelques années. Au large des côtes du Nigéria, du Bénin ou du Cameroun, les choses ne sont pas aussi simples. Pas de guerre civile comme en Somalie : ces États sont supposés se débrouiller seuls sans force de substitution.

Des pirates dans les eaux territoriales

En théorie, tout ce qui se passe à moins de 12 miles des côtes relève de la compétence du pays concerné. Or, la plupart des activités de « piraterie » (terme supposé définir les attaques en haute mer) dans la région se trouvent dans les eaux territoriales (170 attaques entre 2004 et 2014 contre 108 en haute mer), voire même dans les ports (270 attaques). Une situation qui rend moins utile la mise en place d'une force internationale en haute mer et qui déporte la responsabilité sur les pays d'Afrique de l'Ouest.
De fait, la lutte contre la piraterie existe dans le golfe de Guinée mais les dissensions entre voisins, les conflits frontaliers et le manque de moyens sont tels que la situation empire. La baisse des prix du pétrole avait amélioré la situation, le siphonnage étant devenu trop peu rentable, mais la remontée des cours s'accompagne d'un retour des pirates autour du Nigéria, plaque tournante de la criminalité maritime dans la région. La situation est d'autant plus difficile à gérer que les pirates se jouent des frontières. Quand le Nigéria et le Bénin ont mis en place des patrouilles communes, les attaques se sont déportées vers le Togo et la Côte d'Ivoire.
Pour les compagnies pétrolières, principales victimes de la piraterie, le problème n’est que l’extension au domaine maritime d'un fléau qu'elles connaissent depuis longtemps dans la région : le vol de pétrole. Ce type de criminalité bien organisée existe en Afrique de l'Ouest depuis des décennies et se sophistique avec le temps. Outre le siphonnage de navires, les détournements d'hydrocarbures directement depuis les oléoducs frappent désormais la filière.
Il existe malgré tout des raisons d'espérer une amélioration dans les années à venir. La coopération africaine se met doucement en place et les autorités nigérianes ont multiplié cette année les déclarations ambitieuses. De son côté, l'Europe a lancé un programme de financement et de formation pour aider les autorités locales à enrayer la piraterie. Une initiative rendue nécessaire par l'urgence : en plus du trafic de drogue et de la pêche illégale, le golfe de Guinée est désormais la zone de la planète la plus exposée à la piraterie.
Crédits photo : Pluris
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Article paru dans le numéro #120 PROGRAMME
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