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Emmanuel Brousse
Focus | 16 sept.
6 mn

À Rome, c'est l'anarchie 5 étoiles
En juin, les populistes antisystème du Mouvement 5 étoiles ont remporté les élections municipales à Rome. Trois mois plus tard, le chaos est total.

En juin, les populistes antisystème du Mouvement 5 étoiles ont remporté les élections municipales à Rome. Trois mois plus tard, le chaos est total. © DR
Un vice-maire assesseur aux sports soupçonné de promotion canapé, un conseiller viré pour sa sympathie avec les milieux fascistes, et des postes de responsables des transports et du traitement des ordures toujours vacants après trois mois... Le début du mandat de Virginia Raggi à la mairie de Rome est en train de se transformer en un inquiétant mélange d'incompétence et de n'importe quoi.
La ville, réputée ingérable, a basculé dans l'escarcelle du Mouvement 5 étoiles le dimanche 13 juin lorsque Virginia Raggi est devenue la première femme maire de Rome avec 67 % des suffrages exprimés. Les électeurs avaient alors choisi de faire confiance à quelqu'un de jeune, 38 ans, promettant de rompre avec les politiques professionnels malgré un programme plutôt abstrait.
À peine en place, l'équipe municipale a malheureusement montré à quel point il était difficile de tourner la page de décennies d'arrangements et de bassesses politiques dont l'Italie s'est fait une spécialité. Alors qu'il promettait du sang neuf et un grand coup de balai sur les pratiques douteuses, le Mouvement 5 étoiles a eu le plus grand mal à composer une équipe pour gérer la capitale. Des anciens de l'administration « à l'ancienne » ont été rappelés après à peine quelques semaines et le chef de cabinet de Virginia Raggi a été épinglé pour avoir exigé un salaire de 193 000 € par an.
Pire encore, la nouvelle maire de Rome a été prise en flagrant délit de mensonge lorsqu'elle a reconnu en septembre avoir été mise au courant depuis juillet d'une enquête visant Paola Muraro, responsable du traitement des ordures. Celle-ci avait été récupérée dans l'équipe de Virginia Raggi alors qu'elle était consultante dans les administrations précédentes et qu'elle était visée par deux enquêtes pour violation des normes environnementales et conflit d'intérêt après avoir favorisé son ancien employeur, AMA, une entreprise spécialisée dans le traitement des déchets et condamnée à de multiples reprises...
Ces débuts de calamiteux ont même poussé le Vatican à adresser un « avertissement » à la nouvelle équipe municipale. Pour les observateurs italiens, le crash du Mouvement 5 étoiles à Rome illustre plus la profondeur des maux qui frappent la société qu'une réelle mauvaise volonté. Virginia Raggi n'est pas nécessairement perçue comme étant malhonnête mais plutôt comme une femme de bonne volonté mais aux épaules loin d'être assez larges pour son poste. Ce qui n'empêcheront ni les électeurs, ni son parti de lui demander des comptes.
L'ambitieuse charte du Mouvement 5 étoiles prévoit des exclusions immédiates pour tout membre inquiété par la justice et le discours du parti tourne essentiellement autour de la transparence et de l'honnêteté. Un objectif qui semble assez utopique au vu des premières expériences des élus. À Parme, le maire a été exclu du parti pour des faits qui semblent bien moins graves après avoir été désavoué par le directoire du M5S et son fondateur, Beppe Grillo. Un sort similaire pourrait attendre Virginia Raggi qui est désormais sous étroite surveillance des responsables nationaux, soucieux de ne pas laisser la vitrine romaine couler le mouvement aux élections nationales.
Les scandales qui touchent la ville éternelle et le M5S interviennent alors que le parti démocrate de Matteo Renzi est lui aussi dans la tourmente. Une vague de dissidence dans le parti reproche au Premier ministre son « arrogance » et les défaites électorales essuyées aux élections municipales à Rome et à Turin. Un revers au référendum constitutionnel prévu en octobre et portant sur la transformation du Sénat serait probablement suivi de la démission de Renzi, plongeant alors le pays dans l'incertitude. Car avec un parti démocrate divisé, un M5S dont la montée en puissance est freinée par les déboires de Virginia Raggi et une droite qui ne s'est toujours pas relevée de l'ère Berlusconi, personne ne semble armé pour remettre la Botte dans le bon sens.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #123 PARCOURS
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