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Emmanuel Brousse
Focus | 3 sept.
5 mn

Quand les séries explorent l'Histoire
De Rome à Narcos : chronologie pratique des séries historiques à destination des couch potatoes de l'automne.

Quand les séries explorent l'Histoire : De Rome à Narcos : chronologie pratique des séries historiques à destination des couch potatoes de l'automne. © Josselin Rocher
Toutankhamon : le Pharaon Maudit / Spike TV © DR

Toutankhamon : le Pharaon Maudit / Spike TV

L'Antiquité

Réaliser des séries dignes de ce nom sur l'Antiquité nécessite des budgets conséquents et une vaste documentation. Sans surprise, ce n'est donc pas la période la plus visitée par les réalisateurs TV, mais certains s’y sont pourtant risqués.

Toutankhamon : le Pharaon Maudit (Canada, 2015) retrace le destin du jeune roi d'Egypte au destin mystérieux en prenant de grandes libertés avec la vraisemblance historique. La Bible (USA, 2013) tente de retracer Ancien et Nouveau Testament en à peine dix épisodes et se casse un peu les dents en mettant en scène des personnages très très méchants ou très très gentils mais surtout très très mal joués. Malgré le succès d'audience outre-Atlantique et la préparation d'une seconde saison, le tout reste très dispensable. Of Kings and Prophets (USA, 2016) aurait peut-être pu faire mieux, mais cette série narrant les aventures de Saul et David a été annulée par ABC après seulement deux épisodes boudés par le public.

Rome reste un bon vivier de séries à la qualité toutefois variable. The Dovekeepers (USA, 2015) raconte en deux petits épisodes d'1h30 le siège des juifs assiégés par les légionnaires dans la ville de Massada. Un sujet original qui aurait sans doute mérité un traitement plus poussé. Spartacus (USA, 2010) et sa prequel « Gods of arena » relatent les aventures du célèbre gladiateur se rebellant contre Rome. Ne lésinant ni sur le sexe ni sur la violence, la série est un bon divertissement pour les amateurs du genre. La véracité historique est assez fluctuante. La série fait parfois de gros efforts mais peut sombrer quelques épisodes plus tard dans le grand n'importe quoi.
Rome / HBO

Rome / HBO

Enfin, la meilleure série historique sur l'Antiquité est Rome (USA, 2005). La série produite par HBO a marqué les esprits par sa reconstitution fidèle de la Rome de César (puis d'Auguste). Les décors sont somptueux, les acteurs excellents et l'intrigue passionnante. Mais la plus grande force de la série est sans doute d'avoir su écrire des personnages dont la mentalité colle à l'époque et qui ne semblent pas être des héros du 21e siècle propulsés dans le passé. Malgré un succès critique quasi unanime, la fresque historique d'HBO a été annulée à cause de ses coûts de production. Ce qui n'a rien de très étonnant quand on sait qu'elle était alors la série la plus chère jamais tournée.
La mini série Empire (USA, 2005) traite de la même période mais malgré de bonnes intentions, se heurte à l'excellente concurrence de Rome.

Vikings / History Canada © DR

Vikings / History Canada

Le Moyen-Âge et la Renaissance

Difficile d'être exhaustif sur les séries traitant du Moyen-Âge tant il y en a. Parmi les plus intéressantes, on peut citer Vikings (Canada-Irlande, 2013). Cette saga s'étend déjà sur trois saisons et conte les aventures du légendaire chef nordique Ragnar Lodbrok et de ses voyages en Scandinavie, dans les premiers royaumes britanniques et dans la France des Carolingiens. La série possède d'indéniables qualités et prend le risque d'emmener le spectateur vers les royaumes de Wessex ou de Mercie à la fin du 8e siècle. Faire une série historiquement fidèle sur une période aussi méconnue n'est pas chose aisée et malgré des efforts, les libertés prises restent très nombreuses.

The White Queen / BBC One © DR

The White Queen / BBC One

The Pillars of Earth (USA, 2010) propose une adaptation de bonne facture du célèbre roman de Ken Follett racontant la construction de la cathédrale de Kingsbridge au 12 siècle. La série a reçu d'élogieuses critiques et la suite du roman a également été adaptée (World without end).

La fin du Moyen-Age a aussi droit à ses séries avec The White Queen (USA-UK, 2013) qui revisite l'affrontement des Lancastre et des York au 15e siècle. La critique est plutôt partagée sur cette adaptation de la guerre des Deux Roses. Si la série n'est pas mauvaise en soi, elle ne brille pas non plus par son originalité dans le créneau surchargé des séries en costumes où sexe, violence et trahison sont omniprésents. La série aura une suite en cours d'année intitulée The White Princess.

Enfin, Marco Polo (USA, 2016) achève la transition vers la Renaissance tout en achevant les amateurs d'histoire. Le célèbre marchand vénitien version Netflix devient un disciple de Kubilai Khan et affronte des princes orientaux grâce à sa maîtrise des arts martiaux. Tout est dit.

Da Vinci's Demons (USA, 2013) s'enfonce aussi joyeusement dans le n'importe quoi en racontant la jeunesse d'un Léonard de Vinci transformé pour l'occasion en beau gosse génial, coureur de jupons, escrimeur et enquêteur. Assez énervant.
Wolf Hall / BBC Two © DR

Wolf Hall / BBC Two

De façon générale, les séries historiques sur la Renaissance semblent à l'affut du moindre prétexte pour exploiter ad nauseam le triptyque sexe/violence/trahison au détriment d'à peu près tout le reste. On retrouve ces travers dans les fresques dynastiques The Tudors, Borgia et The Borgias qui mettent toutes en scène les travers des têtes couronnées du 16e siècle (avec une version nord-américaine et une franco-italienne pour les Borgias). Les trois séries sont plutôt moyennes et comportent leur lot d'incohérences qui auraient pu être évitées. Si le choix d'un Jonathan Rhys-Meyers pour incarner le gargantuesque Henri VIII d'Angleterre peut se justifier par la nécessité de toucher un public jeune, on cherche encore des excuses valables pour expliquer la présence de télescopes ou de distances exprimées en kilomètres dans Borgia… Versailles (France, 2015) est tout à fait dans la même veine.

La série la plus intéressante sur cette période est sans doute Wolf Hall (Grande-Bretagne, 2015) dans laquelle on suit la montée en puissance de Thomas Cromwell à la mort d'Henri VIII. Plus sobre et plus subtile que ses concurrents, cette production de la BBC a reçu un accueil presque unanimement favorable.

Roots / ABC © DR

Roots / ABC

18e et 19e siècles

La mini-série Roots (USA, 2016) commence au 18e siècle et retrace le destin d'une famille afro-américaine sur plus de trois siècles à travers quatre longs épisodes. Acclamée par la critique et par les spectateurs, cette adaptation du roman d'Alex Haley est particulièrement fidèle à la réalité et dispose d'un casting de grande qualité. Moins ambitieuse mais malgré tout réussie, The Book of Negroes (USA, 2015) raconte le périple romancé d'une esclave en fuite durant la guerre d'indépendance.

Outlander dépeint la guerre civile écossaise à travers les yeux d'une infirmière de la seconde guerre mondiale renvoyée dans le passé. Un synopsis un peu étrange mêlant surnaturel et eau de rose mais qui a su convaincre la critique américaine. Poldark (Grande-Bretagne, 2015) nous fait suivre les déboires d'un Anglais revenant en Cornouailles après la guerre d'indépendance américaine et présente une reconstitution historique de toute beauté.
Sons of Liberty / Historia © DR

Sons of Liberty / Historia

Banished (Grande Bretagne, 2015) aborde avec finesse un sujet intéressant et méconnu : les débuts de la colonisation de l'Australie par les Européens. Marché US oblige, nombre de séries ont pour thème les premières heures des Etats-Unis. Si Sons of Liberty (USA, 2015) est assez tape-à-l'œil tout en restant divertissante, la série-biopic John Adams (USA, 2008) mérite en revanche le détour et revisite la vie d'un des pères fondateurs de l'Amérique.

Guerre et Paix, le roman fleuve de Tolstoï a connu trois adaptations en 1972, 2007 et 2016, dont la plus récente a fait jaser en Russie car jugée trop osée et éloignée de l'intouchable monument littéraire national.

Les quinze épisodes de North and South (USA, 1985) constituent un des projets les plus ambitieux de la télévision américaine des années 80 et racontent la guerre de Sécession à grands renforts de figurants et de costumes. Les lendemain de la guerre et la construction du chemin de fer serviront de décors aux cinq saisons de Hell on Wheels (USA, 2011).

Enfin, l'agréable Klondike (USA, 2015) dépeint l'éprouvante ruée vers l'or dans le Yukon dans les dernières années du 19e siècle. On y retrouve Richard Madden (Game of Thrones) ou encore le très tarantinesque Tim Roth.

Et enfin, le 20e siècle

Les séries historiques se déroulant au 20e siècle sont si nombreuses que l'on se contentera de citer les plus intéressantes. Boardwalk Empire met son casting cinq étoiles au service d'un tableau passionnant de l'Amérique de la Prohibition et de l'âge d'or d'Atlantic City. La pègre européenne de l'entre-deux-guerres a aussi droit à sa série avec Peaky Blinders (Grande-Bretagne, 2013), également de très bonne facture.
Downtown Abbey / Carnival Films + Masterpiece © DR

Downtown Abbey / Carnival Films + Masterpiece

Même époque, même pays, mais ambiance bien différente pour la déjà culte Downton Abbey produite par la BBC. On y suit une brochette de personnages hauts en couleurs gravitant autour d'une riche famille de la noblesse anglaise qui voit sa richesse et ses privilèges multi-centenaires disparaître sous les roues de la modernité.

Band of Brothers (USA, 2001) se paie le luxe d'être produite par Tom Hanks et Steven Spielberg. Et accessoirement d'être probablement ce qui se fait de mieux au petit écran sur la seconde guerre mondiale. Le réalisme historique est poussé à son maximum et le scénario, qui retrace les batailles menées en Europe par les parachutistes de la « Easy Company », a été salué par la critique. La série jumelle « The Pacific » comporte également dix épisodes mais raconte comme son nom l'indique la guerre contre le Japon.
Narcos / Netflix © DR

Narcos / Netflix

Narcos (USA, 2015) offre une plongée déconcertante dans la Colombie des années 1980. On y suit la montée en puissance de Pablo Escobar et la descente aux enfers d'un pays malmené par le trafic de drogue et les ingérences étrangères.

The Wire / HBO © DR

The Wire / HBO

Dernière série de cette frise chronologique, The Wire (USA, 2002) est une excellente conclusion. Sacrée « meilleure série de tous les temps » par un nombre incalculable de sériphiles, de sites webs et de journaux. Sortie en 2002, The Wire brosse un panorama de la ville de Baltimore au début du nouveau millénaire. Est-ce réellement une série historique ? Pas tout à fait si l'on considère que la série se déroulait au présent au moment de sa sortie. Mais le tableau sociétal dressé par les cinq saisons est le témoignage d'une époque. Une série à voir.

Crédits photo : Josselin Rocher, DR
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Article paru dans le numéro #121 RENTRÉE
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