Fermer
Emmanuel Brousse
Focus | 18 nov.
9 mn
Il y a eu la guerre des ordinateurs, remportée par Microsoft, la guerre du social sacrant Facebook, la guerre des navigateurs avec une victoire de Google par KO et la guerre des smartphones qui a fait d'Apple un géant. Aujourd'hui, les bannières des grands barons de la high-tech sont levées à nouveau pour deux nouvelles batailles : celle de l'intelligence artificielle et celle de la réalité virtuelle.
Comme chacun des tournois précédents, la joute de la réalité virtuelle couronnera celui qui saura le mieux utiliser les deux armes reines dans le royaume de la high-tech : les dollars et les idées. Tels l'épée et le bouclier, ils fonctionnent ensemble et ce n'est qu'en maîtrisant l'un et l'autre qu'on sort vainqueur de la mêlée. Et l'enjeu est conséquent car les augures de la high-tech ont prédit que la bataille à venir pourrait bien être de celles qui font se lever ou s'écrouler des géants.
En ces temps troublés de mutation du marché, les prétendants se divisent en deux chapelles : les apôtres de la réalité virtuelle et les zélotes de la réalité augmentée. Les premiers croient dur comme fer dans des casques capables de plonger l'utilisateur dans un monde virtuel aux possibilités infinies et les secondes pensent que l'avenir appartient à celui qui sera capable d'incruster le virtuel dans la réalité.
La Silicon Valley prépare la guerre de la réalité virtuelle  © DR

Google fourbit ses armes

Chez Google, l'affaire est entendue : la réalité sera augmentée. Le colosse de Mountain View avait déjà tenté de forcer le destin en lançant ses Google Glass bien avant que la concurrence ne frémisse. Le flop fut si retentissant que les concepteurs en font encore des cauchemars. À en croire Google, le désastre n'est pas dû à l'idée de départ mais à un produit mal pensé et lancé au mauvais moment.

Résultat des courses : les « Glass » sont mortes et enterrées mais Google met les bouchées doubles sur leurs successeurs. Après le « cardboard » en 2014 – un casque en carton pour faire son propre appareil de réalité virtuelle grâce au smartphone – l'entreprise a mis un grand coup d'accélérateur en 2016. La sortie publique de Daydream, la plate forme de réalité virtuelle de Google et du Daydream View, casque adaptable pour les applis de réalité virtuelle pour smartphone ne sont que la partie émergée de l'iceberg.

La vraie force de frappe de Google se trouve du côté de la réalité augmentée avec la déjà fameuse société Magic Leap. Cette entreprise mystérieuse est scrutée par les technophiles du monde entier et promet depuis plusieurs années une technologie révolutionnaire permettant d'incruster dans le réel des images d'une qualité inégalée chez la concurrence. Magic Leap a levé plus de 2 milliards de dollars sans avoir présenté autre chose que des vidéos de teasing. Parmi ceux qui misent sur elle, Google est au premier rang. Et quand Magic Leap passera aux choses sérieuses et que ses produits correspondront aux promesses entrevues, son association avec le rouleau compresseur de Mountain View lui donnera des atouts pour se positionner comme le leader du marché.

Apple encore indécis

Autre géant à miser sur la réalité augmentée : Apple. Tim Cook a déjà reconnu préférer cette technologie à la réalité virtuelle, jugée « trop restrictive » et ayant un « potentiel commercial moins important ». Pour l'heure, le mystère reste complet sur les intentions de la firme à la pomme mais les investissements se sont accélérés et il est probable que la réalité augmentée façon Apple soit liée aux smartphones, l'entreprise bénéficiant d'un leadership conséquent dans le secteur. A priori, les premiers mouvements de la firme de Cupertino sont à attendre du côté d'iOS pour rendre celui-ci plus compatible avec les applications VR et AR.

Microsoft prend de l'avance

De tous ceux qui misent sur la réalité augmentée , Microsoft a quelques longueurs d'avance. Avec son casque HoloLens – encore très cher et confidentiel – les créateurs de Windows disposent de la seule technologie commercialisée capable de dévoiler pleinement le potentiel de la réalité augmentée. Les premières démonstrations de l'HoloLens ont fait forte impression : l'utilisateur voit apparaître des châteaux façon « Minecraft » sur une table ou des hologrammes qu'on croirait sortis de Star Wars. Seuls le prix et le manque d'application dédiées manquent encore au casque de Microsoft dont la précommande est possible en France depuis le 16 octobre (pour 3200 € quand même) mais son constructeur a déjà promis toute une flopée de partenariats avec Walt Disney, Netflix...

Facebook et l'industrie du jeu vidéo misent sur la VR

Du côté des partisans de la réalité virtuelle, on ne compte pas non plus perdre de temps. Sortie de (presque) nulle part, la startup Oculus et son casque de réalité virtuelle destiné aux gamers a été rachetée à grands frais par Facebook. L'alliance entre l'extravagant Palmer Luckey et le toujours très consensuel Zuckerberg est un pari aussi risqué qu'étonnant quand on connaît l'aversion de Facebook pour tout ce qui touche au Hardware. Mais pour la réalité virtuelle, le réseau social a su faire une exception et si pour l'instant les ventes peinent à décoller – la faute à un prix élevé et à la nécessité d'un ordinateur très puissant – le tandem redouble d'effort pour démocratiser la réalité virtuelle. Ce mois-ci, Oculus a présenté la technologie « Asynchronous Spacewarp » qui derrière un nom barbare propose d'optimiser la réalité virtuelle pour des machines moins puissantes. Quant à Facebook, chaque conférence est désormais l'occasion de promouvoir des expériences de réalité virtuelle « sociale » où des avatars conversent tranquillement avec Marc Zuckerberg.
La firme au F bleu peut compter sur ses concurrents et alliés du monde du jeu vidéo pour accélérer le développement de la réalité virtuelle. Que ce soit Sony ou Valve (via son partenaire HTC), les gros bonnets du monde des consoles se sont lancés dans une course à la performance dont le leader change de mois en mois, même si en ce moment, HTC semble grapiller quelques longueurs d'avance.

Quant à Nintendo, dernier géant du secteur à ne pas s'être placé sur la réalité virtuelle, il semblerait qu'il compte tout simplement... ne pas le faire !

Comme quoi, au milieu de l'océan de projets de réalité virtuelle ou augmentée des pontes de la high-tech, le plus original est peut être de ne pas en faire du tout.
Crédits photo : DR
Partager :
Article paru dans le numéro #129 MATIÈRE GRISE
Recevoir le magazine Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine l'essentiel de la culture, du business et de l'art de vivre.
Fermer
Dans la Silicon Valley, la bataille des réalités à un ami.
(*) Obligatoire
Fermer
Modifiez votre mot de passe
Fermer
Veuillez saisir votre identifiant
Fermer
Bienvenue sur Pluris
, complétez le formulaire pour terminer votre inscription.