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Emmanuel Brousse
À savoir | 9 oct.
6 mn

Une homepage pour quoi faire ?
Minutebuzz, AJ+, Nowthis : ils n'ont plus de site web et n'existent que sur les réseaux sociaux, pour s'adapter aux pratiques des internautes.

Minutebuzz, AJ+, Nowthis : ils n'ont plus de site web et n'existent que sur les réseaux sociaux, pour s'adapter aux pratiques des internautes. © DR / AdobeStock
Un média en ligne peut-il exister sans site internet ? Il faut croire : c'est le virage que prennent plusieurs diffuseurs de contenus qui misent désormais sur le 100 % social. Adieu homepages, serveurs et Google Analytics : désormais tout se chiffre en vues Youtube et nombre d'abonnés Instagram.

Mais comment cela fonctionne t-il? Depuis une bonne décennie, les sites d'information et d'« entertainment » en général constatent qu'une part sans cesse croissante de leurs visiteurs provient des réseaux sociaux plutôt que des recherches Google.

Autre observation : les utilisateurs plébiscitent de plus en plus les formats courts et la vidéo. Alors autant entrer de plain pied dans le futur en proposant uniquement du contenu vidéo et en le rendant directement accessible sur les réseaux sociaux. Et si tout est déjà disponible sur les réseaux sociaux, pourquoi garder un site ?

Un futur 100 % social

C'est le cheminement suivi par les Français de Minutebuzz, qui ont supprimé leur homepage ce mois-ci : ils l’ont remplacée par une vidéo pour expliquer leur démarche et inviter leurs abonnés à les suivre dans « un futur 100 % social ». Spécialiste des vidéos de burgers, de chatons et d'anecdotes fun, Minutebuzz se prête particulièrement au tout-vidéo.

En passant au tout-social, le site tire un trait sur les revenus des publicités en ligne, déjà mis à mal par l'omniprésence de la concurrence et des adblockers, mais économise les frais d'hébergement, de maintenance et de développement de leur site.

Pour financer l’équipe de quarante personnes qui réalisent et mettent en ligne leurs vidéos, Minutebuzz compte sur le contenu sponsorisé, et réalise des spots de pub sur le modèle de leurs vidéos virales en faisant monter les enchères et en garantissant une forte visibilité grâce à leurs 8 millions d'abonnés sur les différents réseaux sociaux et leurs 220 millions de vues par mois sur Youtube.

Le pari du tout vidéo

Le modèle est-il applicable à autre chose que les vidéos « lol » ou « miam miam » ? Oui et non. Certains médias de news anglo-saxons se sont aussi lancés dans le pari du tout vidéo et du (presque) 100% social. Le site AJ+, qui appartient à la chaîne Al Jazeera mais basé à San Francisco vise explicitement les gens « qui n'ont pas de télévision et s'informent par les réseaux sociaux ». Les formats sont courts (entre 2 et 10 minutes) et font la part belle aux images d'archives, infographies et animations.
Pour fournir autant de contenu audiovisuel, le site peut s'appuyer sur une équipe de journalistes assez large et sur les fonds d'Al Jazeera. Car si le modèle économique de la presse en ligne est notoirement bancal, celui de ces nouveaux médias 100 % sociaux ne paraît guère plus solide à première vue. Minutebuzz est tributaire du publireportage et AJ+ d'un financement extérieur. Quant à NowThis (« Homepage. Even the word sounds old », lit-on sur son site), qui ne bénéficie d'aucune de ces deux sources de revenus, il ne publie que des formats très courts avec un montage plutôt sommaire et le minimum d'explications.
Si la génération Youtube plébiscite la vidéo pour le contenu léger comme pour les sujets plus sérieux – preuve en est le succès des Youtubeurs « engagés » et de l'infotainment en général – la disparition des médias web traditionnels et des articles écrits n'est pas pour demain. L’écrit permet en effet de condenser beaucoup plus d'informations et publier un article demande bien moins de travail de mise en forme que la réalisation d'une vidéo.
Outre l'importance croissante de la vidéo, l'autre message à retenir de la transformation de Minutebuzz et du succès d'AJ+, c'est que Facebook est en train de remplacer Google dans le rôle du Grand Sachem de l'audience. Alors que figurer « sur la première page Google » était le credo des années 2000, le nombre de retweets et de likes Facebook est celui des années 2010. En passant au tout social, Minutebuzz et Nowthis ne font finalement qu'accélérer la tendance, quand on sait que 80 % du trafic des médias français vient du réseau social.
Crédits photo : DR / AdobeStock
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Article paru dans le numéro #126 PRESCIENCE
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