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Pascal de Rauglaudre
Entretien | 18 juin
8 mn
Comment améliorer la prise de décision grâce à l’Intelligence artificielle (IA) : c’est le défi qu’a relevé Antoine Blondeau, installé dans la Silicon Valley depuis plus de vingt ans, en fondant Sentient Technologies en 2008. En une décennie, il en a fait un des leaders mondiaux de l’IA, qui a levé plus de 170 millions de dollars. Il revient sur les enjeux de l’IA, qu’il va continuer de développer avec son propre fonds d’investissement, Alpha Intelligence Capital.

Pluris – Quelle est exactement l’activité de Sentient technologies ?

Antoine Blondeau – À l’origine, il y a la capacité d’une plateforme algorithmique de prendre des décisions, de les appliquer et d’auto-apprendre des résultats pour prendre de meilleures décisions. Ce n’est pas de l’analyse prédictive, non plus de l’organisation de connaissances, mais un vrai moteur décisionnel, qui apprend de ses succès et de ses échecs. Cette plateforme, la plus grande du monde en termes de capacité de traitement (elle est montée jusqu’à 2,3 millions de processeurs et 6000 cartes graphiques), est ensuite appliquée à différentes industries : ecommerce, marketing numérique, finance…
Par exemple, dans le marketing numérique, Sentient développe des sites web auto-évolutifs, à partir de règles opératoires et d’un cadre marketing fixés par le client. Le moteur produit un site de manière autonome et dynamique, en fonction de l’audience. Il prend tout en compte : messaging, forme, images, vidéos, couleurs, polices, work flow…

Qui sont les clients ?

Ils sont surtout aux Etats-Unis, en Asie et en Europe. L’éventail est large, depuis un opérateur de site à 30-50 000 visiteurs uniques par mois jusqu’à des compagnies qui en ont plusieurs dizaines de millions. Nous visons en particulier les grandes entreprises qui ont besoin de sites dynamiques pour convertir les utilisateurs en clients : opérateurs de télécom (Virgin Mobile, Optus, un opérateur australien), compagnies aériennes (United), marketeurs (Rakuten)…

Quelles sont les perspectives de développement ?

Une plateforme qui auto-apprend peut s’appliquer à tous les secteurs. La question est de choisir les meilleurs vecteurs de développement. Aujourd’hui la présence de Sentient est très forte dans le marketing numérique. La logique consisterait à aller en amont avec la publicité, et en aval avec le web marketing, pour avoir une vision complète de la relation client. Nous développons donc une technologie pour couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur du marketing.

Dans un autre support tu as dit que d’ici une dizaine d’années, l’IA ferait partie du quotidien. J’imagine que c’est la raison pour laquelle tu lances un fonds d’investissement. Comment les consommateurs utiliseront-ils l’IA concrètement ?

Ils l’utilisent déjà ! À chaque requête sur Google, ou pour une réservation d’avion ou d’hôtel, les moteurs optimisent l’offre et aident la décision des consommateurs. Aujourd’hui l’expérience du monde virtuel n’est pas encore très valorisante, mais elle le sera bien plus d’ici dix ans, grâce à l’IA. L’intention du consommateur sera suivie en temps réel, elle s’alignera avec l’inventaire du moment ou un inventaire à venir, l’offre sera hyper personnalisée : tout le shopping online va devenir extrêmement intelligent. Sans oublier la voiture autonome ou la santé : les patients seront auto-diagnostiqués, et les médecins n’auront plus pour seul rôle que de prescrire.

D’après un article récent de Wired, Deepmind, l’IA de Google qui joue aux échecs, peut se montrer agressif quand il perd. Y a-t-il un risque que l’humanité perde le contrôle de l’IA ?

C’est une question philosophique qui ne se pose pas aujourd’hui, mais plutôt d’ici 30 à 50 ans. L’IA peut être un outil extrêmement puissant. Ceci dit, le danger n’est pas qu’elle s’autonomise contre l’humanité, mais plutôt qu’elle soit utilisée par des humains à des fins de destruction. Pour l’éviter, elle doit être utilisée par le plus grand nombre. C’est un peu comme la presse à imprimer : si elle était restée entre les mains d’un seul gouvernement ou d’une seule corporation, où en serait-on aujourd’hui ? C’est une des raisons pour lesquelles j’investis dans ce domaine : l’innovation fondamentale ne doit pas profiter aux GAFAM, BAT, ou aux gouvernements chinois ou américains, mais à tout le monde.

Quel regard portes-tu sur la France « startup nation » depuis la Silicon Valley ?

Il y a de bons et de mauvais côtés. L’effort de rattrapage est très significatif, la dynamique de l’écosystème, entrepreneurs, investisseurs, clients, grosses entreprises, va dans la bonne direction. Les compétences françaises en physique et en mathématiques appliquées à l’IA sont uniques en Europe. Ceci dit, les startups françaises ont des ambitions modestes, elles regardent le marché français d’abord, alors qu’elles devraient tout de suite viser le monde, comme au Royaume-Uni. Cela n’aide pas les investisseurs à mettre de gros tickets.
Enfin, les entrepreneurs doivent avoir le droit d’échouer et de recommencer. Tout le monde parle de la Silicon Valley comme une école de la réussite, mais ce n’est pas vrai, c’est d’abord une école de l’échec. On échoue une, deux, trois fois avant de réussir. C’est très important pour générer cette « destruction créatrice » qui transforme le monde : on réussit rarement la première fois !
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #139 ARTIFICES
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