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Vincent Avanzi
Focus | 5 déc.
17 mn

Vivre de ses talents au 21ème siècle : la poésie, miracle ou possibilité ?
Et s’il était à nouveau possible de vivre de ses talents, comme autrefois, pour mieux contribuer à notre avenir collectif ?

Vincent Avanzi, Chief Poetic Officer © Vincent Avanzi, Chief Poetic Officer
Et s’il était - à nouveau - possible de vivre de ses talents aujourd’hui comme au Moyen-Age, dans ce début de 21ème siècle, de son art, de son artisanat, de son savoir-faire, de sa singularité afin de contribuer à notre avenir collectif tout en se réalisant individuellement par là même, un peu comme à la bonheur du Moi-iène âge ou du Sublime Age au cœur de notre intelligence collective ? Rêve ou réalité, miracle ou possibilité ? Nous vous présentons aujourd’hui le cas de Vincent Avanzi, un poète des temps modernes, poète d’entreprise, « Chief Poetic Officer » qui s’est donné comme mission de vie de « repoétiser la société ». Voici un exemple d’une personne qui arrive à vivre pleinement de la poésie. Entretien.

1) Vis-tu aujourd’hui de la poésie et est-ce une manière de réenchanter notre époque ?

Oui, j’arrive à vivre à plein temps de la poésie et il est vrai que cela relève un peu du miracle! Les poètes avaient traditionnellement le choix entre la vente de recueils de poésie et les ateliers de slam dans des bars. Nombre de poètes de l’Histoire avaient d’ailleurs un travail journalier alimentaire (Pablo Neruda était diplomate, Rimbaud marchant de café, TS Elliot conseiller bancaire, Emily Dickinson gardait des chats..). Même si l’exception est faite de nos jours des paroliers à succès et des chanteurs connus ou de quelques autres professions (plume, scribe, etc), il est difficile d’en vivre, tout au plus d’en « survivre » comme souvent dans l’art et quand on désire vivre de ses talents.
Si je vis de mes vers et de mes rimes et de mes rêves dans ma vie, c’est que j’ai réussi à créer une nouvelle profession à partir de la poésie : la « poésie d’entreprise ». Je suis un « Chief Poetic Officer » et j’interviens (notamment) en entreprise pour humaniser le capitalisme en utilisant les vertus enchanteresses de la poésie, via des ateliers d’écriture, des discours poétiques pour sublimer des conventions, des conférences sur le pouvoir des mots et les vertus de l’écriture, du conseil en communication et de la plume pour les dirigeants.
La poésie comporte trois grandes vertus : le champ lexical, pour trouver le mot juste dans notre communication, le champ des possibles pour contempler l’idéal et se projeter dans l’avenir et le champ émotionnel pour toucher le cœur des gens. Elle est cet élan d’optimisme vers l’avenir, vital aujourd’hui à un moment de projection dans des avenirs collectifs, souhaitables voire utopiques considérant les enjeux climatiques. Ce n’est plus un nice to have mais un must have en terme de profession dans notre société moderne ; la « repoétiser » disait Pierre Rabhi, la réenchanter, est devenue essentiel pour trouver un équilibre entre tradition et modernité, nature et culture, business et sagesse, technique et magie, science et conscience.

2) Quelle a été ta démarche pour trouver ou créer ta propre voie ?

La démarche a été double. La première consiste à connecter les dons de son profil et les points de son parcours de vie pour faire un bilan de soi et faire la synthèse de toutes ses expériences de vie et de sa connaissance du monde, de sa singularité et de ses rêves pour le monde, de ses talents (pour moi, c’était la poésie) et de ses compétences (pour moi, en business ayant été salarié de grands groupes), en vue de faire apparaitre une voie qui nous correspond à qui l’on est vraiment. C’est son « ikigai » en japonais ( sa « raison d’être »), son Point Génial, sa voie royale, son cadeau à offrir au monde, son étincelle déclinée en projet professionnel pour répondre aussi à nos défis civilisationnels.
La deuxième a été ici de moderniser (voire de désacraliser) une discipline ancestrale. La poésie a depuis longtemps été marginalisée et le but était de la faire apparaitre là où on ne la voit plus. Le poète dans l’Antiquité était celui qui était au cœur de la cité pour donner un horizon inspirant à voir. Il a fallu déstructurer la poésie pour la mettre en accord avec notre temps et les besoins de notre époque : quitter les alexandrins pour des vers libres, les sonnets pour des longs discours poétiques, délivrer des ateliers poétiques non pas sous forme d’exercices de styles mais de voyages à l’intérieur de soi et dans l’avenir, pas seulement auprès de particuliers mais également auprès de dirigeants et collaborateurs en entreprise, et pas uniquement vivre de la pure poésie mais devenir un « slasheur » avec une déclinaison variée d’offres à proposer à partir de ce point de départ. Il a fallu un peu quitter le statut quo du conservatisme du milieu pour innover et correspondre à l’époque.
Enfin, pour amener les gens à votre art, peut-être ne faut-il pas momentanément juste la poésie pour la poésie ou l’art pour l’art, mais proposer la poésie pour co-écrire l’avenir et rédiger un nouveau narratif inspirant pour notre avenir (ie les soirées Coécrivons demain : un jeu de société poétique de l’avenir). Et le dernier point de bascule a été de passer du Je au Nous, ne plus forcément parler de soi ni à la première personne du singulier pour faire passer un message à travers un parcours personnel, mais parler du nous et à toutes les personnes du collectif en vue d’arriver à atteindre un discours universel, d’une Humanité « unie vers elle ».

3) Les entreprises sont-elles un nouveau débouché possible ?

A la question de savoir pourquoi la poésie en « entreprise » et si cela peut être reproductible pour d’autres formes d’art ou de talents, oui, les entreprises sont aujourd’hui celles qui ont le pouvoir de changer le monde vu leur taille et leur budget, supérieurs à ceux des Etats, et donc aussi détenteurs de budgets pour bien rémunérer ce genre de prestations. Vous pouvez faire la révolution à l’extérieur de la matrice, ou l’évolution depuis l’intérieur en faisant évoluer pas à pas, page à page, vers à vers, rêve à rêve les consciences, de pairs en pairs avant que ça n’aille de pire en pire. C’est un nouveau marché pour l’artisanat, qui permet d’être rémunéré en free-lance parfois plus qu’avec d’autres types d’audiences.
Cela peut prendre la forme d’une exposition poétique, de mélanges des arts, d’un aménagement poétique de l’espace, de l’interface humaine pour l’intelligence artificielle, d’une mission de conseil en communication, d’ateliers d’écritures, de moments de réenchantement lors de séminaires, de coaching de leadership éclairé, de créativité, de cohésion d’équipe, etc. Les voies sont infinies quand vous êtes dans votre singularité et dans le génie de votre époque. Une chose est sûre c’est que les entreprises se métamorphosent à l’heure actuelle pour survivre et entrer dans un post capitalisme plus conscient et durable, un « cap humanisme » donc les initiatives sont grandes et les moyens déployés aussi, concernant la thématique de la quête de sens des salariés et le bonheur au travail, la durabilité (sustainability) et l’impact positif sur le monde etc. De fait, de plus en plus d’arts et talents s’y aventurent: comédiens, improvisateurs, scribes, conteurs, philosophes, yogis, méditateurs, etc. C’est un gagnant-gagnant long termiste entre chaque partie.
L’art en entreprise est un vecteur de créativité et de changement de paradigme vers une pensée disruptive pour se réinventer. Pour l’artiste ou le poète, il ne s’agit pas de capitaliser sur la poésie, mais bel et bien d’humaniser l’entreprise à travers l’art. Le monde de l’entreprise n’est qu’une piste, le domaine public est très vaste également, en politique, pour des engagements citoyens, de collectivités, d’organisations internationales, d’ONG, etc. Il s’agit de mettre l’art ou son talent « au service de », d’une cause qui nous tient à cœur. Enfin, être rémunéré par les entreprises permet de faire du bénévolat à côté pour d’autres audiences. Découvrez le Cercle des Poètes d’Entreprise.

4) L’Etat peut-il aussi devenir un levier et un allié de « R.E.V.E.* » comme tu l’écris dans ton livre ?

Il est donc possible de vivre de la poésie ou de son art aujourd’hui, peut-être demain encore plus qu’hier, car nous sortons du système de « CDI – emploi – carrière ». Il faudra par contre trouver un débouché pour être rémunéré par son art. Cela peut prendre du temps de peaufiner sa voie, comme une création de start-up qui peut prendre une année pour devenir rentable, aussi pourrions-nous avoir besoin, afin de décliner cela à l’échelle nationale, de l’aide de l’Etat et d’un changement systémique afin que tous puissent essayer de vivre de leurs talents en vue de contribuer chacun à son échelle à notre avenir. En France aujourd’hui, de nombreux anciens salariés utilisent la rupture conventionnelle ou les prestations de chômage pour monter leur projet professionnel. Il est aussi possible de réduire ses frais de vie pour s’acheter du temps de vie afin d’élaborer son projet. Enfin, des subventions étatiques existent.
A l’heure d’un profond besoin de renouveau au niveau de l’emploi et des débats sur le « revenu universel », pourrions-nous voir advenir un revenu dont l’objectif serait d’accompagner toutes ces créations d’activités dotées d’une « utilité publique » (faire son « Job UP ») pour notre avenir collectif, en vue d’une quête de sens pour notre existence et d’une part de colibris à notre destin commun. Je rêve de la mise en place d’un R.E.V.E.* : un « Revenu Essentiel de Vie Engagée », pour tous ces projets dotés d’une utilité publique, un revenu non pas d’existence mais d’essence, de mise en action de nos talents et de notre originalité au service de l’Humanité, un revenu pour rémunérer notre engagement sociétal, à savoir « entre-prendre » et « entre-donner ».
Si l’on regarde les 17 Objectifs de Développement Durable des Nations Unies, tous ces objectifs devraient rentrer dedans pour ceux qui contribuent au bien commun demain. Comme le climat, toutes les possibles solutions à apporter pour résoudre cette crise de civilisation devraient être inclues. Puisse l’Etat Providence devenir une aide à l’accompagnement en tant qu’Etat Essence et Etat Quête de Sens à notre existence dans la danse de notre interdépendance et d’abondance. Imaginons une société où chacun est à sa place dans sa zone de talents en train de contribuant à notre avenir commun, quel projet harmonieux, inclusif, durable et réjouissant pour l’Humanité !

5) Sommes-nous rentrés dans une nouvelle « Renaissance » pour réinventer demain ?

Demain –et c’est déjà le cas aujourd’hui-, de plus en plus de personnes vivront de leurs talents. Ils ne travailleront pas pour des intérêts privés dans une ancienne voie royale, mais pour le bien commun dans leur propre voie royale. Telle est l’aspiration de la jeunesse d’aujourd’hui. Ce sera l’avènement d’une nouvelle génération d’humains essentiels, épanouis, émancipés, une génération aussi plus consciente. Beaucoup seront des freelances, en reconversion, même les artistes deviendront engagés par essence. Souhaitons-nous la bienvenue dans une nouvelle Renaissance. Après le 16 ème siècle des Lumières, nous commençons à vivre de nouvelles années lumières, dotées d’une renaissance artistique, hybride, créative, littéraire, faite de nouveaux desseins, peintures, sculptures (Anilore banon avec son projet Vitae de sa sculpture sur la lune), dans une constellation d’étoiles magiques et des œuvres d’art uniques, tout azimut, toutes convergentes vers demain avec nos deux mains. Tel un chemin humain pour notre destin commun. Alors à la question, peut-on être un poète au 21 ème siècle ? Au contraire, nous avons besoin de nos artistes et des travaux manuels pour réenchanter le monde et nous reconnecter à notre nature... humaine, vitale. Accompagnons et faisons partie de cette transition.
Comme l’écrivait Picasso, prenons ce mantra à cœur de métier tel un équilibre essentiel: « le sens de la vie est de trouver ses dons, le but de la vie est d’en faire don aux autres ». Ouvrons de nouvelles voies, devenons des pionniers et des alliés, soyons des exemples pour autoriser les autres à faire de même et devenons uniques, sublimes de l’intime à la ta team et exigeons tous les possibles ! C’est notre mission « Un Possible ». Etes-vous, vous aussi, prêt à vivre de vos talents, tel un artiste de votre vie et un artisan de notre avenir ? Les prochains chapitres seront les vôtres…
Pour plus de détails sur comment vivre de ses talents, découvrez le livre « Trouver son Point Génial » (Editions Marabout), le livre de l’être, une ode à la vie de rêve en harmonie avec la planète.
Vincent Avanzi
Crédits photo : Vincent Avanzi, Chief Poetic Officer, Trouver son Point G-énial, Vincent Avanzi, Chief Poetic Officer
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