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Pascal de Rauglaudre
Entretien | 27 mars
9 mn

Jean-Michel Wilmotte, architecte d’intérieur des villes
Avec une élégance reconnue dans le monde entier, Jean-Michel Wilmotte aménage les grands restaurants, bâtit des cathédrales et accorde un entretien exclusif à Pluris.

Stade Allianz Riviera, Nice
Le Salon Oenothèque, Restaurant Le Chiberta, Paris 8ème
Le Bar, Restaurant Le Chiberta, Paris 8ème
Restaurant Guy Savoy, Caesar Palace, Las Vegas
Enfin ! L’ouverture du restaurant de Guy Savoy à l’Hôtel de la Monnaie, plusieurs fois repoussée, est annoncée cette année. Guy Savoy en a confié l’aménagement à son vieux complice Jean-Michel Wilmotte, l’un des architectes français les plus en vue dans le monde aujourd’hui. La liste de ses œuvres est incroyablement longue : l’aile Richelieu du Louvre, l’Hôtel Mandarin Riviera, le stade Allianz Riviera à Nice, le siège de LVMH à Paris. Et pourtant, Jean-Michel Wilmotte, qui a étudié l’architecture d’intérieur à l’école Camondo, est devenu architecte sur le tard, puisqu’il obtient son diplôme en 1993. Il a développé le concept d’« architecture intérieure des villes », et se voit en « sculpteur de volumes ». Son agence Wilmotte & Associés, implantée à Paris, près de la Bastille, a ouvert des filiales à Sophia-Antipolis, Londres et Séoul. Elle est classée 70e dans le Top 100 des plus grands cabinets d’architecture, réalisé par le magazine Building Design. Pluris l’a interviewé sur sa collaboration de longue haleine avec Guy Savoy, à Paris, à Las Vegas et à Doha, et sur ses autres grands projets en cours.

Pluris – En quoi consiste le projet de l’Hôtel de la Monnaie ?

Jean-Michel Wilmotte – Il accueillera le futur restaurant trois étoiles de Guy Savoy. Le lieu est exceptionnel : au premier étage d’un bâtiment du XVIIIe siècle, avec vue sur la Seine, au milieu des arbres. Nous réfléchissons à un aménagement très contemporain. Guy m’avait déjà demandé de revitaliser son restaurant Les bouquinistes, juste à côté, sur le quai des Grands-Augustins.

Vous avez déjà aménagé plusieurs restaurants pour Guy Savoy. Comment concevez-vous cette collaboration ?

Nous nous sommes rencontrés au cours de déplacements de rubgy, au Royaume-Uni, et nous sommes devenus amis. Un jour il m’a demandé de refaire son restaurant, avec l’idée de faire des salles à manger « comme à la maison ». Comme je suis un grand fan de sa cuisine, j’ai accepté. Avec plusieurs artistes qu’il connaissait, nous avons imaginé un restaurant qui porte son empreinte, un endroit qu’il puisse décorer avec les œuvres d’art qu’il aime, surtout l’art africain qu’il affectionne particulièrement. Nous avons travaillé en grande confiance.

Qu’est-ce qui caractérise l’aménagement des restaurants de Guy Savoy ?

La claustra de la rue Troyon est devenue une sorte de signature pour Guy Savoy, et on la retrouve d’ailleurs au Chiberta, sur les Champs-Elysées, un autre restaurant de Guy que nous avons rafraîchi avec une scénographie un peu sombre, qui convient très bien. Nous avons aussi travaillé pour le restaurant Maître Albert, une vieille rôtisserie, qui possédait une magnifique cheminée du XVIe siècle. En face d’elle, nous avons installé une rôtisserie contemporaine. Guy voulait une sorte d’auberge, avec des grosses pierres, des grosses dalles, mais dans un style Saint-Germain-des-Prés. À chaque fois, nous avons tenu compte du caractère des quartiers dans lesquels il s’implantait.

Vous avez aussi travaillé sur ses restaurants à Las Vegas et à Doha. En quoi sont-ils différents des autres ?

Nous n’avons pas fondamentalement changé de démarche, sauf qu’au Caesar Palace, tout est surdimensionné ! À Las Vegas, nous avons repris des éléments caractéristiques des restaurants parisiens, les bouteilles, les claustras de bois, l’art contemporain. Au Qatar, c’est autre chose : un restaurant pour VIP, avec peu de salles et peu de places assises, mais des salles à manger privées, et un bar discret. Fabrice Hyber, un artiste ami de Guy, a réalisé un plafond extraordinaire au-dessus de l’accueil : sur une trentaine de mètres carrés, une toile figure un damier aux couleurs des plats d’un repas, depuis les salades et la verdure jusqu’au dessert, en passant par les viandes et les poissons.

Parmi les autres projets sur lesquels vous êtes engagé aujourd’hui, il y a cette fameuse cathédrale orthodoxe au bord de la Seine, sur l’ancien site de Météo France. Comment intégrer une telle construction dans l’environnement du 7e arrondissement ?

Le projet initial ne tenait pas assez compte de l’architecture du quartier, qui comprend notamment un très beau bâtiment de 1930, avec une façade diamantée. On nous a donc demandé de revoir son intégration. Nous avons voulu rendre hommage à la culture russe, une immense culture à laquelle la France est historiquement très liée, que ce soit dans l’architecture, la danse, la musique, la littérature. C’est à mon sens un projet superbe, qui va bien au-delà de la simple construction d’une cathédrale, puisqu’il inclut une école franco-russe et un centre culturel : ce sera une sorte d’ambassade de la culture russe. Un peu plus loin en amont sur la Seine, on trouve l’Église américaine, d’autres églises protestantes, puis Notre-Dame, l’Institut du Monde arabe et la mosquée de Paris. Et en aval, les ambassades du Japon et de l’Australie. Tous ces monuments qui jalonnent la Seine témoignent de l’ouverture d’esprit de Paris et de sa tolérance, ils reflètent son caractère éternellement cosmopolite. Que des étrangers aient encore envie que leur civilisation soit représentée sur les bords de la Seine prouve que Paris a conservé intacte sa capacité d’attraction.

Xavier Niel vous a confié la restauration de la Halle Freyssinet, près de la Gare d’Austerlitz. Comment restaure-t-on un bâtiment de cette dimension ?

C’est effectivement le grand projet qui nous occupe en ce moment, un projet purement privé, qui doit être livré dans deux ans. La Halle Freyssinet est un chef-d’œuvre de finesse, d’élégance et de légèreté, qui a failli être détruit. Elle a heureusement été sauvegardée mais elle reste excessivement difficile à restaurer. Sa structure est en béton tendu porté par de l’acier à l’intérieur, une sorte de proto-système de béton précontraint. Et le métal à l’époque n’était pas protégé, il a donc rouillé, il gonfle et fait exploser le béton autour. Beaucoup d’éléments sont donc à reprendre entièrement pour pouvoir rendre ce bâtiment utilisable. Nous voulons offrir le maximum de qualité de lumière et de fonctionnalité aux jeunes qui créent leur startup, pour qu’ils puissent échanger, se croiser, se retrouver, bref vivre et travailler en synergie 24h sur 24 dans les meilleures conditions. Et qu’ils soient fiers de faire partie de cette génération.
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Article paru dans le numéro #16 RENOUVEAU
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