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Pascal de Rauglaudre
Évasion | 27 janvier
8 mn
Après avoir salué la naissance de Jésus en Palestine, les trois rois mages, Gaspard, Melchior et Balthazar, sont rentrés en Perse, chargés d’une boîte offerte par la Sainte Famille, rapporte Marco Polo dans son livre Le Devisement du Monde. À l'intérieur, une pierre banale. De dépit, ils l'ont jeté par terre, et elle s’est enflammée immédiatement. Effrayés par ce feu surnaturel, ils l’ont placé dans un temple et les gens du pays ont commencé à le vénérer comme un dieu. Ainsi serait née la religion zoroastrienne, dite des « adorateurs du feu », qui fut celle de la Perse antique et que les ayatollahs comptent parmi les religions du Livre.
40 000 adeptes environ pratiqueraient encore le culte de Zoroastre, ou Zarathoustra. Ils se concentrent à Téhéran, et surtout à Yazd, au cœur de l'Iran. Dans cette oasis de fraîcheur et de verdure, un Temple du Feu abrite une vasque sacrée, protégée des contaminations extérieures par une vitre, et dans laquelle se consument des braises. Des prêtres zoroastriens vêtus de blanc, la couleur de la purification, veillent sur ce foyer qui, disent-ils, fut allumé au commencement de l’humanité – en réalité autour de 470 av. J.-C., d'après les historiens.

Aux origines du monothéisme

On sait peu de choses de Zoroastre. Son nom a donné lieu à mille interprétations romantiques, entre prophète chamelier, penseur de l’aurore et scrutateur des astres. L’image que l’humanité a conservé de lui a évolué tout au long de l’histoire : Platon en a fait un mage, Voltaire le voit en déiste, et Nietzsche célèbre en lui le poète de la surhumanité. Il fait en tout cas l’expérience de l’illumination mille ans avant notre ère, et prêche un dieu unique et le dualisme moral. Dans l’Avesta, le livre sacré du zoroastrisme qui influença les monothéismes, il annonce l’au-delà, le jugement dernier et la régénération du monde, ainsi que l’éternité qu’il ordonne en enfer, purgatoire et paradis. Une vision de la fin des temps qui n’a pas fini de hanter la civilisation indo-européenne, depuis les Cathares au Moyen-Âge, jusqu’aux lendemains qui chantent des promesses communistes et aux illuminés du 21 décembre 2012.
Les environs de Yazd comptent d’autres témoignages de cette religion mystérieuse, comme les tours du Silence, jadis utilisées comme cimetières. Jusque dans les années 1950, les zoroastriens y abandonnaient les corps de leurs défunts, qui étaient dévorés par les oiseaux de proie : de cette façon, la pureté de la terre et du ciel était préservée de la souillure mortelle des hommes. Ce rite est désormais interdit, et les zoroastriens coulent les cercueils dans le ciment avant de les inhumer.

Qanats et badgirs

Fondée il y a plus de 2500 ans, Yazd est bâtie en adobe, c’est-à-dire en briques de paille et de terres séchées au soleil. Et du soleil, il y en a en abondance : la ville est coincée entre deux terribles déserts, Dasht-e Kavir, le désert de sel, gris-noir, et Kavir-e Lut, le désert du vide, beige-ocre. Pour survivre dans cet enfer, les habitants ont développé dès les origines de la ville deux infrastructures uniques au monde, dont ils se servent encore aujourd’hui : un formidable réseau d’adduction d’eau, les qanats, et un proto-système de climatisation, les badgirs, ou tours du Vent.
Les qanats sont des canaux souterrains qui drainent l’eau de la Montagne du Lion, un sommet de plus de 4000 mètres, jusqu’à la vallée, pour irriguer les cultures de céréales, d’agrumes et de coton. Quant aux badgirs, ces tourelles rectangulaires très élevées captent le vent, et le font descendre vers une citerne d’eau où il se refroidit avant de se diffuser dans les logements.
Dans cette ville profondément religieuse, les zoroastriens côtoient des musulmans dévots, et les femmes se dissimulent au regard des étrangers. De hauts murs protègent les habitations, et les portes sont équipées d’un curieux système de heurtoir : un anneau léger pour les femmes, une tige pesante pour les hommes. Les sons produits par l’un et par l’autre sont différents, de sorte que les hôtes peuvent reconnaître immédiatement le sexe du visiteur et décider qui ira lui ouvrir la porte.
Vous connaissez un célèbre adorateur du feu ? Certainement : Farrokh Bulsara, alias Freddy Mercury, chanteur flamboyant du groupe Queen, est né à Zanzibar de parents zoroastriens. Il avait souhaité que ses obsèques se déroulent selon le rite de sa religion.
Pour en savoir plus sur le zoroastrisme :
Le Paradoxe persan : Un carnet iranien, Jean-François Colosimo, Fayard, 2009.
Histoire de l'Iran et des Iraniens : Des origines à nos jours, Jean-Paul Roux, Fayard, 2006.
In Search of Zarathustra: Across Iran and Central Asia to Find the World's First Prophet, Paul Kriwaczek, 2004.
Quelques coins secrets de Yazd révélés
Le voyage en Iran
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2001 Travel Agency
Crédits photo :
Article paru dans le numéro #9 ZOROASTRE
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À Yazd, chez les adorateurs du feu à un ami.
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