Fermer
Tiphaine Illouz
News | 2 février
6 mn

Charles Jouffre, sculpteur d'étoffes
Des décors historiques classés aux mobiliers contemporains pour yachts, les Ateliers Charles Jouffre s'appliquent à rendre toute sa magnificence à l'art de la tapisserie.

Hôtel Le Meurice, Paris © Guillaume de Laubier
Opéra comique, Paris © Jean-Pierre Delagarde
« Ce qui est émouvant dans un tissu, c’est son tombé, sa 'main', quand on peut ressentir la matière rien qu'en la regardant », explique Charles Jouffre. Fasciné par le corps-à-corps entre l'artisan et la matière, à laquelle il doit donner forme, ce tapissier-décorateur a fondé les Ateliers qui portent son nom, classés aujourd'hui Entreprise du Patrimoine Vivant.
Sous l'Ancien Régime, le tapissier, sorte d'architecte d'intérieur de l'époque, était reçu à la Cour, portait l’épée, et coordonnait les travaux entrepris dans des demeures royales. Mais la Révolution lui porte un rude coup, et si le métier connaît une sorte de feu d'artifice sous Napoléon III, au style fastueux et chargé, il sombre au XXe siècle. « Mon combat a pour but de redonner toute son envergure à ce métier passionnant », déclare Charles Jouffre, pour clore ce court rappel historique.
Restauration ou fabrication de siège, encadrements de fenêtres, gainage de mobilier : tout le métier du tapissier-décorateur est lié à la soie et aux autres étoffes tissées, ainsi qu'au cuir. Découper, ajuster, piquer, poser, marteler, les gestes sont nombreux et précis, qu'ils s'effectuent au sein de l'atelier ou chez le client - l'artisan devenant alors tapissier-villier.
Au sein des Ateliers présents à Lyon, Paris, et New York, il a créé un bureau d'études, qui permet les échanges avec les designers et les architectes. Aujourd'hui, 70 % de son chiffre d'affaires est constitué de commandes privées résidentielles (appartements, maisons privées, chalets, yachts), avec une égale répartition entre les trois pôles du métier : siège, rideaux, et travaux sur site. « Les chantiers résidentiels sont ceux qui me marquent le plus. À chaque fois, il s'agit de réalisations exceptionnelles qui nécessitent des mises au point très spécifiques, et font avancer nos métiers. Mais la discrétion m’interdit d'en dire plus ! »

COMPLICITÉ AVEC LE DESIGNER

Si le métier de tapissier décorateur a réussi tant bien que mal à traverser les siècles, c'est qu'il a su jeter des ponts entre savoir-faire ancestraux et innovations. « Nous collaborons souvent avec des designers contemporains. Avec Philippe Starck, sur le projet de l'hôtel Sanderson à Londres, nous avons mis au point un rideau à vague de très grande dimension, et sans aucune couture. Pour Pierre Yovanovitch, nous avons réalisé des canapés d’exception, aux formes anachroniques. À chaque fois, ce sont des remises en cause et des challenges qui nous obligent à sortir des sentiers battus, et font évoluer nos savoir-faire. »
A la manière d'une première d'atelier en haute couture, le designer envoie un croquis de principe, une simple esquisse, aux ateliers chargés d'en saisir l'intention, et de le transformer en dessin technique. « Il s'agit de créer une relation de complicité avec le designer. Nous lui amenons notre savoir-faire pour créer un canapé dont les finitions seront parfaites, et qui sera surtout très confortable pour l'usager. C'est ce qui nous distingue farouchement de l'industriel. »
Il suffit à Charles Jouffre de caresser un tissu pour savoir s'il est de qualité ou non. « Nous travaillons avec des éditeurs, ou des fabricants de tissus à l'international d'une extrême qualité, en majorité français. Par exemple les Manufactures Prelle, et Tassinari pour la soierie lyonnaise ; la Maison Le Manach à Tours. » Justement, Charles Jouffre observe un retour des matières d'exception : lins, raffia, cotons fins, soie. « Aujourd’hui, les matières nobles sont très recherchées : ces tissus à l'aspect artisanal, irrégulier, atypique, portent la trace de la main de l'artisan qui les a fabriqués. On recherche le charme de la matière, fait de volume et de texture. »
Son dernier coup de coeur ? Les étoffes de la maison Tara Chapas, tissées à la main à Brooklyn, d'une qualité exceptionnelle : elles sont devenues une référence pour les plus grands designers du monde.
A voir : 3 réalisations coup de coeur de Charles Jouffre
 Les décors du Grand-foyer de l’Opéra comique à Paris
« Un travail d’archives passionnant, pour restituer au plus près les décors du XIXe siècle »
Hôtel Sanderson, Philippe Starck, Londres
« Pour la mise au point des tringles électriques très pointues »
Hôtel Le Meurice, Paris :
« Une interprétation contemporaine du palace typiquement parisien, un bel exemple de travail sur l'identité d'un lieu »
Crédits photo : Philippe Starck, Jean-Pierre Delagarde, Guillaume de Laubier
Bonnes adresses
13 rue Daru
75008 Paris - France
Showroom et service commercial
+33 1 47 63 97 67

18 Bridge Street Suite 3F
Brooklyn Ny 11201 - États-Unis
Article paru dans le numéro #10 SOIE
Recevoir le magazine Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine l'essentiel de la culture, du business et de l'art de vivre.
Fermer
Charles Jouffre, sculpteur d'étoffes à un ami.
(*) Obligatoire
Fermer
Modifiez votre mot de passe
Fermer
Veuillez saisir votre identifiant
Fermer
Fermer
Bienvenue sur Pluris
Inscrivez-vous pour rejoindre
la communauté Pluris et recevoir chaque semaine le magazine.
Créer un compte avec un email
Bienvenue sur Pluris
, complétez le formulaire pour terminer votre inscription.