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Pascal de Rauglaudre
Reportage | 13 février , mis à jour le 15 sept.
8 mn

I am a burner
Passé les bornes, il n'y a plus de limites. C'est encore plus vrai à Burning Man, festival de tous les excès. Des membres de la communauté Pluris racontent l'ambiance de folie qu'ils y ont trouvée.

Black Rock City, c’est une ville extraordinaire au cœur du désert du Nevada, qui n’existe qu’une seule semaine par an. À la fin du mois d’août, sa population passe de zéro à 60 000 habitants, jusqu’à devenir la troisième ville de l’État. Elle se dote d’un bureau de poste, d’un journal quotidien, de stations de radio, de l‘éclairage public, d’un aéroport, bref, de tout les équipements nécessaires à l’organisation de Burning Man. Burning Man, qu’est-ce que c’est ? Même ses protagonistes ne veulent pas le définir, et ils ont inventé un générateur d’expressions pour laisser chacun choisir sa définition préférée.
Costumes extravagants, installations artistiques psychédéliques, voitures mutantes à la Mad Max, le tout dans un décor post-apocalyptique : Burning Man, c'est à la fois un parc d’attractions pour adultes et une galerie d’art ultra-contemporain dans une ambiance d'orgie païenne à la sauce californienne. Il attire les représentants les plus farfelus de la contre-culture américaine : artistes, musiciens, danseurs, hippies, « primitifs urbains », nudistes, spiritualistes New Age, transgenres, « survivalistes » de tout poil, « rocketeers », « Deadheads », harangueurs, punks…
L'un des mots d'ordre de cette « métropole temporaire » est « No spectator » : personne ne doit être un spectateur. Tous les participants doivent exprimer leur créativité sous une forme ou sous une autre : lire des poèmes, partager de la nourriture, produire des concerts, organiser des jeux, monter des installations artistiques, se travestir, jouer à un match de cricket ou à une partie de bowling en plein air, assister à des conférences sur le futur, l’environnement, la sexualité…
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Les dix principes de Burning Man

Mais Burning Man n’est pas l’anarchie : on n’y fait pas n’importe quoi. Après les joyeux désordres des premières éditions, les fondateurs réunis dans une organisation à but non lucratif ont imposé aux participants une sorte de contrat social résumé en dix principes, dont la libre expression, l’autonomie individuelle, la solidarité, le don, l’esprit de communauté… Ils s’arrogent aussi le droit de juger de la qualité des œuvres d’art, avant de donner leur autorisation d’installation sur le site.
L’entrée du festival n’est pas gratuite, il faut bien financer la sécurité et les équipements sanitaires, et subventionner des projets artistiques. Mais à l’intérieur de la ville, il n’y a pas d’argent : impossible de faire des transactions marchandes. Les burners sont incités à pratiquer l’économie du don et du troc, et le Do It Yourself.
Autre exigence du festival : Leave no trace. Les burners, qui sont obligés d’être auto-suffisants en eau et en nourriture pendant toute la durée de leur séjour, s’engagent à ne laisser aucune trace de leur passage : le désert doit redevenir immaculé à la fin de la semaine. Tous ces principes sont listés dans un guide de 150 pages, Time to burn, distribué à tous les participants, avec quelques conseils élémentaires pour survivre dans des conditions climatiques extrêmes, avec fortes chaleurs et tempêtes de sable.

La ville qui ne dort jamais

La ville éphémère de Burning Man s'organise comme un cadran solaire de 2 km de diamètre, ouvert sur le désert. Les heures comprises entre 2 et 10 sont remplies par des « camps » de tentes et de « recreational vehicles » (RV), ces camping cars américains surdimensionnés. La limite extérieure est matérialisée par une corde, que personne n’enjambe. Au-delà, des rangers de la police fédérale exercent en permanence une surveillance discrète.
Le cœur du cadran, la Playa, est vide, destiné à recevoir les installations artistiques les plus délirantes. Son axe, lui, est occupé par le « Man », une effigie en bois haute de plus de vingt mètres debout sur une soucoupe volante, qui sera brûlé le dernier soir dans une explosion pyrotechnique. Chaque année, un nouveau Man est commandé à un architecte par appel d’offre, en connexion avec le thème général choisi pour le festival – par exemple la littérature fantastique.
Autre construction « officielle » prévue par les organisateurs : le « Temple », sorte de Mur des Lamentations, où les festivaliers viennent se libérer des deuils de l’année en gribouillant leurs vœux ou en déposant des ex-voto. En 2013, c’était une pyramide aux arêtes de bois, et à l’intérieur, des festivaliers se recueillaient, méditaient et faisaient du yoga. À la fin de la semaine, le temple se transforme lui-aussi un immense bûcher.
Les seuls moyens de transport autorisés à l’intérieur de la ville sont les vélos et les « véhicules mutants » : yacht à roulettes, requin, pieuvre cracheuse de feu, scorpion articulé, maison californienne à trois étages, tapis volant, tout est permis à condition de ne pas ressembler à une voiture. Tous sont équipés de systèmes d’éclairage fantasmagoriques, car à la nuit tombée, la fête continue à travers toute la ville, dans des éblouissement de lumières. The Serpent Mother, un dragon enroulé autour de son œuf, souffle des flammes vers le ciel. Les lumières du Thunderdome, un cirque dans lequel des burners s’affrontent, illuminent les alentours. Le Groovik’s Cube, un Rubik’s Cube lumineux géant, fonctionne comme un phare.
Et bien sûr, dans cette ville discothèque, la musique et la danse ne s’arrêtent jamais, surtout la nuit, quand la température retombe : on peut ne pas dormir pendant toute la semaine, au risque de finir le festival sur les rotules, mais le cerveau rempli de souvenirs délirants.
Crédits photo : Trey Ratcliff
Article paru dans le numéro #11 DÉMESURE
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