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Pascal de Rauglaudre
Reportage | 4 avril
10 mn

Une journée au paradis des montres
À Baselworld, l’horlogerie mondiale étale tous ses feux. Pluris en a rapporté les éclats.

Pour bien saisir l’essence de Baselworld, il faut commencer par le hall 2, dit Hall of Fascinations. Plus discret que son voisin le Hall of Dreams, il accueille les diamantaires et les sertisseurs, les fabricants de bracelets, d'écrins et de tous les composants nécessaires à la fabrication des montres. Nous y arrivons au petit matin, juste à temps pour surprendre les premières transactions. Des Sikhs négocient un lot de rubis au stand d’un gemmologue, un groupe de Chinois achète des boîtes d’aiguilles, deux Turcs repartent avec un stock de bracelets en cuir.
À la sortie, nous allons déjeuner au hall Palace, de l'autre côté du parvis. Un peu à l'écart de l'agitation du salon, il ne paie pas de mine. Et pourtant il est incontournable, car il héberge le « off » de Baselworld : c'est là que les virtuoses de la nouvelle haute horlogerie exposent leurs innovations les plus audacieuses.
Chez Peter Speake-Marin, horloger anglais installé en Suisse, par exemple, la Magister Tourbillon est un concentré de complications : boîtier Picadilly en titane, micro-rotor en platine pour équiper le mouvement finement décoré, aiguilles bleuies et tourbillon dont la rotation à la minute nous hypnotise. Et Maximilian Büsser, un créateur fétiche de Pluris, nous explique le fonctionnement de sa très futuriste Starfleet Machine, une horloge de bureau sur trois pieds qui semble droit sortie de Star Wars.

Navettes en Maserati

À l’heure de la sieste, nous filons vers Les Trois Rois, le grand palace de Bâle au bord du Rhin. Pas de chance : toutes les suites sont occupées. Certaines marques ultra sélect les ont transformées en boutiques éphémères, plutôt que de jouer des coudes pour obtenir une place dans les halls d’exposition. Et les visites se font seulement sur rendez-vous.
Les tractations derrière les portes closes attisent notre curiosité, mais impossible d’en savoir plus. Nous parvenons tout juste à apercevoir une princesse saoudienne s’engouffrer dans une de ces chambres secrètes. Nous nous rabattons le temps d’un café vers les salons de prestige où se sont attardés la Reine d’Angleterre, Voltaire et les Rolling Stones : on susurre que les plus gros deals de Baselworld se concluent sous leurs lambris. Sans doute les deux hommes à la table d’à côté sont-ils en train d’en négocier un, d’ailleurs. Nous n’attendrons pas pour le vérifier : la Maserati qui fait la navette entre les sites nous reconduit au cœur de Baselworld.

The ceiling is the limit

Et c’est l’apothéose. Le très prisé Hall of Dreams, chef-d’œuvre de l’agence d’architecture suisse Herzog & de Meuron, a été inauguré il y a tout juste un an. Sitôt le seuil franchi, nous sommes assaillis par des nuées de vestales perchées sur stilettos. Elles nous désignent les grands noms de l’horlogerie suisse, qui rivalisent de complications inédites dans des stands à plusieurs dizaines de millions d’euros.
Le rez-de-chaussée est l’étage des rois. La couronne de Rolex orne un cube immense, qui atteint presque le plafond. Juste en face, Patek Philippe n’est pas en reste et célèbre ses 175 ans avec un parallélépipède lumineux de mêmes proportions. Chopard, Breitling, Bulgari, Zénith, Harry Winston, tous participent à cette compétition flamboyante.
Au centre du hall, le Groupe Swatch déploie toute sa puissance, fort de ses treize marques. Chez Jaquet Droz, une de ses marques de prestige, nous tombons sous le charme de la Machine à signer. Cet objet extrêmement élégant, dont le design parfait nous rappelle une cassette vidéo, reproduit les signatures, dans l’esprit des automates de son fondateur Pierre Jaquet-Droz, à la fin du 18e siècle.
La machine à signer, de Jaquet Droz
Omega nous dévoile la Speedmaster Apollo 11 en hommage aux premiers hommes sur la Lune, et la Seamaster Aqua Terra, première montre antimagnétique capable de résister à des champs magnétiques de 15 000 Gauss. Chez Hublot nous avons un vrai coup de cœur pour le Chronographe Spirit of Big Bang Titane, son boîtier en forme de tonneau et ses complications apparentes sous sa vitre de saphir. Enfin nous retrouvons dans la présentation de la dernière collection de Hamilton, des montres viriles fidèles à sa tradition d’expéditions et de cinéma.

La femme est l'avenir de la montre

À l’étage, ce ne sont plus des stands, mais de véritables palais qui brillent de mille feux. Les grands groupes mondiaux du luxe ont investi chacun l’équivalent d’une boutique sur l’avenue Montaigne, laissant le champ libre à leurs architectes. Car à Baselworld plus qu’ailleurs, c’est à l’aune de la taille et du design de leurs stands que l’on jauge la bonne santé des marques.
Nous repérons tout de suite la gracieuse résille en hêtre du stand Hermès. Ses modèles les plus poétiques sont exposés dans les vitrines, comme la Dressage Heure masquée, une complication qui cache l'aiguille des heures derrière celle des minutes, et une remarquable pendule mystérieuse. Au stand Swarovski, les acheteurs sikhs, si sérieux quand nous les avions croisés le matin en pleine négociation, font des selfies hilares avec une ribambelle d’hôtesses, tandis que nous nous enfonçons dans le stand de Grisogono, grand joaillier genevois. Là, dans un petit salon à l’abri des regards, nous avons le rare privilège de manipuler quelques-unes des créations les plus fabuleuses de Baselworld : montres serties de pierres de la collection Allegra, parures précieuses de la collection Chiocciolina aux prix à sept chiffres.
À cet étage, l'ambiance est plutôt féminine. Car c’est l’une des grandes tendances de l’édition 2014 : les femmes sont devenues plus exigeantes, elles se laissent volontiers séduire par les montres à complication. Il ne suffit plus de sertir quelques brillants sur un cadran de montre d’homme pour celle-ci se transforme en modèle féminin. Les horlogers l’ont bien senti. Ils proposent une multitude de nouveautés alliant esthétique et sophistication mécanique : formes ovoïdes et trapézoïdales, bracelets taillés dans des matières inattendues, sertissage de micro-composants du mouvement, masses oscillantes adaptées, etc.
La toute nouvelle Oyster Datejust Pearlmaster de Rolex, une montre magnifiquement sertie, est ainsi équipée du premier calibre doté d’un spiral en silicium, le Syloxi. Dans la dernière collection Lucea de Bulgari, si caractéristique avec sa couronne de pierre rose dans laquelle un diamant est enchâssé, des mouvements automatiques battant comme un cœur remplacent les cristaux de quartz sans âme.
La palme du romantisme revient à l’horloger Claret, qui lance Margot, la première montre dotée d’une complication exclusivement dédiée aux femmes. En son cœur, une marguerite s’effeuille au rythme des heures. Lorsque tous les pétales sont tombés, le message qui se lit dans les deux fenêtres à 5 et 7 heures, change : « Il m’aime, Un peu, Beaucoup… »
Quand à 19 h s’affiche « Pas du tout », nous comprenons qu'il est l'heure de sortir. Peu pressés de quitter les lieux, les visiteurs encore éblouis se rassemblent sous le puits de lumière, vers lequel tous les halls aboutissent, pour partager une dernière bière. Tandis que nous courons vers notre avion.
Crédits photo :
Article paru dans le numéro #17 ÉPHÉMÈRE
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