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Tiphaine Illouz
Entretien | 3 avril
6 mn

Les cases de l'oncle Nick
De cabane en cabane, Nicolas Henry a fait le tour du monde. Il en a tiré une série de photographies émouvantes.

Quarante pays visités, 400 portraits réalisés, deux chiffres qui résument l’ampleur du projet du photographe plasticien Nicolas Henry, « Les cabanes de nos grands-parents ». Des cabanes, il en construisait près de la forêt de Rambouillet, quand il était petit garçon. Son grand-père lui enseignait à manier le bois, et sa grand-mère l’art de coudre. Cette fois, c’est en Inde, en Nouvelle-Zélande, au Chili, et jusqu’à l’Île de Pâques, qu’il est allé à la rencontre de grands-parents témoins des bouleversements du monde : il les a tous convaincus de mettre en scène leur intimité. Pour un résultat très émouvant.

Pluris – Quelle a été l’idée motrice de votre projet « Les cabanes de nos grands-parents » ?

Nicolas Henry - J’ai voulu renouer avec la force de l’imagination enfantine, celle qui transforme les balais en arbres, les draps de coton en océan, et quelques livres en îles habitées de Papous et de robinsons. Quand nos grands-parents sont nés, il n’y avait ni eau, ni électricité. Mettre en scène leurs paroles, c’est raconter comment le monde a changé. J’avais voyagé avec Yann Arthus-Bertrand pour le projet « 6 milliards d’autres », et à ce moment-là ce projet est devenu global, car la cabane est universelle. En mêlant les cultures, en contrastant les identités depuis des tribus ancestrales jusqu’au cœur des mégalopoles, les cabanes témoignent d’un monde en profonde transformation.

Qu’est ce que la cabane dit de l’homme ?

La cabane est constituée des objets qui ont accompagné la vie de l’aïeul et qui fondent son existence : ustensiles, bibelots, et outils sont architecturés, et reliés selon les indications et les récits que les grands-parents confient au fur et à mesure. La cabane prend alors sa dimension d’espace dévolu à la parole, à la lumière, à la mémoire et au partage. Ce qui est commun, c’est la capacité de l’humain à s’entourer d’énormément d’objets, et je n’ai jamais manqué de rien.

Comment parvenez-vous à la mise en scène photographique finale ?

Avant de partir, j’avais plusieurs thèmes de travail : l’amour, la transmission, l’écologie, la transformation par la spiritualité et les croyances, les initiatives communautaires… Puis, j’ai choisi des pays, et ensuite, tout est le fruit de rencontres. Je montrais les pages de mon carnet de photographies avec les premiers portraits, et je racontais parfois des dizaines de fois par jour les histoires de mes grands-parents pour créer un rapport de confiance, et commencer les entretiens, toujours spontanés. En général, l’entretien et l’installation avaient lieu dans la même journée. Je revendique un regard subjectif, et une très grande liberté dans la mise en scène plastique. D’une rencontre à l’autre, il n’y a jamais de routine ou d’automatisme. Parfois le déclic vient d’une phrase, parfois d’un lieu.

Quel message souhaitez-vous faire passer à travers votre travail ?

Je suis un passeur. Allier la photographie, la mise en scène d’objets, et le témoignage écrit, c’est se rapprocher au plus près de chaque être humain, de son intimité, et réaliser à quel point chaque individu est passionnant et a quelque chose à transmettre. Assemblées, ces cabanes du monde entier révèlent une humanité joyeuse, contrastée, diverse et accueillante, et un monde en devenir, où l’union fait toujours la force.

Quel est votre prochain projet ?

Je rentre d’un voyage de 14 mois pour un projet autour des communautés. Si les cabanes étaient une sorte de théâtre autour du monde, cette fois j’ai travaillé sur la dimension du conte, d’une mise en récit plus précise, et non pas à partir de stricts témoignages comme pour les cabanes. Les mises en scène font émerger un imaginaire collectif autour de la colonisation, d’une transformation de vie, d’une culture. Par exemple, un western où les Indiens tuent les cow-boys qui en rient, un bateau pirate dont les capitaines sont noirs et non blancs, ou encore la transformation d’une femme. J’ai la conviction que la joie et la création sont les meilleures armes pour lutter contre la tragédie de la condition humaine.
Crédits photo :
Article paru dans le numéro #17 ÉPHÉMÈRE
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