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Pascal de Rauglaudre
Entretien | 8 avril
8 mn

Shooté à l'adrénaline
Âmes sensibles attention : avec Sébastien Montaz-Rosset, sueurs froides garanties.

Il filme les meilleurs athlètes dans les disciplines outdoor les plus vertigineuses : highline, ski vertical, escalade, snowboarding… Ses vidéos comptent parmi les plus spectaculaires du moment, et leur succès ne se dément pas sur les réseaux sociaux ni dans les festivals spécialisés. En quelques années, Sébastien Montaz-Rosset s'est fait un nom dans le petit milieu des réalisateurs outdoor, au point que Paul Smith lui-même a fait appel à lui pour réaliser une publicité. Son plus grand atout ? Il n’a jamais eu peur du vide, depuis son plus jeune âge. Il aurait même plutôt une attirance pour lui : plus il s’expose, plus il est heureux. Cet artiste qui vit en overdose permanente, a partagé pendant quelques instants sa passion avec Pluris.

A few turns together

Pluris – Comment produisez-vous vos films ?

Sébastien Montaz-Rosset – Mes sujets, je les trouve dans le monde de l’outdoor. Après je les filme, je les réalise, je les monte et je les distribue à 100 % en auto-financement, sans l’aide d’aucun sponsor, ni producteur, ni CNC. J’ai un public fidèle qui me suit sur les réseaux sociaux. Il aime ce que je fais, il achète mes productions, et ça finance mes projets. Une partie de l’argent va aux athlètes filmés, et aux gens qui travaillent avec moi, sound designers, etc. via un collectif d’artistes. L’autre moitié de mon activité, c’est la publicité, pour l’hôtellerie, l’événementiel sportif, l’art de vivre, toujours autour de la montagne.

Quels sont les ingrédients pour faire un bon film ?

Il ne faut surtout pas se plaire à soi-même. Avant de commencer à tourner il faut se poser la question de ce qu’on veut montrer, et comment cela sera compréhensible pour un spectateur de New Dehli ou de New York qui ne connaît rien au sujet. Les valeurs véhiculées dans les sports outdoor sont fortes et universelles, et elles sont compréhensibles par tous. Filmer des athlètes de haut niveau, c’est bien, mais si personne ne comprend ce qu’ils font, ça ne sert à rien. Je ne fais pas des vidéos de grimpeurs pour des grimpeurs, ou de skieurs pour des skieurs, mais des films de grimpe ou de ski pour des gens qui ne sont ni grimpeurs ni skieurs. Dans les festivals de films d’aventures, tous les gagnants ont su trouver l’alchimie entre l’histoire et les images. La clé du succès, c’est vraiment l’histoire. Mais c’est compliqué, et ça demande de la réflexion et du recul. Beaucoup de boîtes de prod sont capables de faire de belles images, mais très peu racontent des histoires qui font rire, pleurer, et qui nous transportent comme au cinéma.

Comment travaillez-vous ?

Ma philosophie de tournage suit les règles que j’applique en tant que guide de haute montagne : légèreté, rapidité, économie de moyens. J’ai besoin d’être dans l’anticipation et de me déplacer aussi vite que mes sujets, comme le coureur Killian Jornet dans Déjame Vivir, mon dernier film. Avec ces principes, je sors des plans que d’autres ne savent pas faire. Le plus important c’est l’instant magique qu’on ne pourra pas reproduire. Les boîtes de prod font des pub magnifiques, certes, mais avec des moyens si lourds qu’elles mettent trois jours à faire un plan de dix secondes. D’où des coûts de production qui explosent. Mais à force d’être trop dans l’esthétique, on tue l’émotion. Je suis à l’opposé de ça. Je préfère une image moins belle mais vraie.

Votre travail doit susciter énormément de stress. Comment le gérez-vous ?

Quand je filme, je ne suis plus dans la réalité, j’oublie l’action. Je ne prends pas spécialement de risques. Je calcule la profondeur de champ, le cadrage, la vitesse d’obturation. Ce qui me stresse, c’est la gestion du rapport des athlètes à l’image. En font-ils plus parce que je suis là ? Prennent-ils plus de risques parce qu’ils savent qu’ils seront vus dans le monde entier ? Je sélectionne donc des athlètes que je connais bien pour éviter les têtes brûlées et être sûr qu’ils sont conscients de ce qu’ils font. Il n’y a jamais eu d’incident. Marcher sur une highline, sauter d’une montgolfière, ça a l’air fou, mais les athlètes sont dans la maîtrise parfaite de ce qu’ils font. La plupart ont une formation scientifique d’ailleurs.

Vous avez tourné un clip publicitaire pour Paul Smith. Pourquoi a-t-il fait appel à vous et quel message voulait-il faire passer ?

Paul Smith avait dû remarquer mes vidéos, qui sont vues des millions de fois. Il a voulu tenter le coup et mettre en scène des athlètes portant sa nouvelle collection de men’s underwear. J’ai suggéré des highliners traversant une corde en boxer. C’est complètement décalé par rapport à la marque, mais elle a suffisamment de second degré pour pouvoir intégrer le film dans sa culture. Résultat : c’est la vidéo produite par Paul Smith la plus vue, un grand succès. On brise des tabous et on fait des choses sympas. Je crois que les grandes marques qui jouaient jusqu’à présent la carte de la sécurité se risquent à tenter le coup avec des réalisateurs indépendants, des petits comme moi, qui savent comment filmer pour que ça parte en viral et soit beaucoup vu. C’était inconcevable il y a deux ans !

Quel grand projet aimeriez-vous réaliser ?

En 2015, je voudrais filmer Killian Jornet faisant l’Everest sans oxygène et en partant de très bas dans la vallée. Si on réussit à le faire ensemble, et à en tirer de belles images, ça serait un beau succès ! Et j’aimerais aussi raconter dans un film une histoire suffisamment forte et universelle pour qu’elle soit projetée ailleurs que dans les festivals de films outdoor au Canada. À Sundance et à Cannes par exemple.
Crédits photo :
Article paru dans le numéro #18 OVERDOSE
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