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Clément Grenier
7 mn

Vent nouveau sur la Bourgogne
De beaux défis attendent Frédéric Drouhin, le tout frais président des vignobles de Bourgogne.

Vignoble de Bourgogne Pernand Vergelesses © Droits Réservés
Vignoble de Bourgogne Clos-Vougeot © Droits Réservés
Vignoble de Bourgogne Pernand Vergelesses © Droits Réservés
Passage de témoin dans le vignoble de Bourgogne. Frédéric Drouhin, président du Directoire de la Maison Drouhin, vient d’être élu à la présidence de l’Union des Maisons de vins de Bourgogne (UMVB), qui regroupe l’ensemble des vignobles de Bourgogne, avec un peu plus de 850 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ce Bourguignon, qui préside également l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), possède une longue expérience des terroirs en France et à l’étranger, notamment depuis que sa famille s’est installée dans l'Oregon en 1987. Son élection révèle l'image d'une Bourgogne en pleine transformation, aussi bien du point de vue de sa production que de ses acteurs. Il confesse à Pluris l'intérêt intellectuel que lui offrent ses nouvelles responsabilités.
Frédéric Drouhin © Droits Réservés

Pluris – À quels défis doit se préparer le vignoble de Bourgogne ?

Frédéric Drouhin – La Bourgogne se caractérise par la grande diversité de ses terroirs : pensez qu’elle s’étend sur plus de 30 000 ha, de Chablis jusqu’aux portes de Lyon. Plus de 4000 domaines et 400 négociants travaillent ensemble. Mais avec le temps, les maisons ont développé une activité de négociant, et il n'est pas rare qu’un négociant devienne éleveur lui-même en rachetant une récolte pour la vinifier. L’avenir du vignoble passe donc par une unification de ces deux activités.

Dans quel état d'esprit sont les vignerons et les négociants bourguignons aujourd'hui ?

À très court terme, notre crainte est de perdre des clients. La Bourgogne va bien sur les marchés en aval, mais quand ceux-ci exigent plus de vin, nous sommes incapables d’en fournir : nous devons faire face à un excès de demande, surtout après quatre années de récoltes faibles. Notre plus grand danger, c'est de sortir du marché, ou de nous maintenir exclusivement dans le haut de gamme, avec le risque d’être marginalisés. Nous avons donc défini trois pistes d’action : rendre cette région visible en France et à l'étranger ; continuer à faire du bon vin ; gérer les problèmes de productivité et d'efficacité, avec des exigences sur les rendements, les pratiques viticoles, les vendanges. Chaque Maison aura son cahier des charges.

Face à la pénurie des vins, va-t-on accélérer la plantation de nouveaux hectares?

C’est très encadré. L’Europe a lancé une demande à chaque région et il en ressort que l’on peut faire croître de 300 ha par an notre production. C’est 1 % du vignoble, autrement dit presque rien ! On aurait besoin de plus. Question suivante : à qui profite ces nouveaux hectares ? Cela se fera sur la base de deux critères : éligibilité et priorité.

Qu’en est-il des demandes de promotions à « Grand Cru » ?

Promouvoir un premier cru à grand cru, pourquoi pas, si le vin est bon, cher et reconnu. Mais pourquoi tel cru et pas tel autre ? Il faudrait faire un audit complet, et pas simplement sur ceux qui le demande. Attention cependant à ne pas déséquilibrer la pyramide. On pourrait se retrouver avec de nombreux grands crus et moins de premiers crus. Or en Bourgogne nous sommes mono-appellation et mono-cépage et nous avons la possibilité de déclasser un vin s’il n’est pas à la hauteur, en le rétrogradant en premier cru s’il n’est pas du niveau d’un grand cru. Si on raréfie les premiers crus, on risque de remettre en cause cette flexibilité dont nous avons besoin.

Quels moyens d'action souhaitez-vous mettre en place pour parvenir à ces objectifs ?

L'intérêt général de la région se construit sur le travail et la coopération, pas sur les comportements individualistes. Nous voulons améliorer les échanges entre les opérateurs, en développant un bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, sur le modèle champenois. Nous devons aussi rajeunir dès maintenant les consommateurs des vins de Bourgogne et les fidéliser. Enfin nous voulons aussi faire de Beaune une véritable « Cité des vins ».
Vignoble de Bourgogne Chablis-les-Clos © Droits Réservés

La Bourgogne est-elle en phase avec la demande ?

En général, les vins produits ont la finesse et l’élégance de ce qui est recherché aujourd’hui. Cela dit, certains décalages peuvent poser question. La Bourgogne a beaucoup « blanchi » ses dernières années. Par exemple, Chassagne était planté en majorité en pinot noir, mais est passé aux ¾ en chardonnay, parce que les vins blancs se vendent plus chers que les rouges. Or la consommation dans le monde va plus vers les vins rouges. Il faut rester vigilant aux choix de court terme.

Que pensez-vous de la différence de gammes ? Est-elle une richesse ou une faiblesse ?

C'est une question de découverte et de diversité. Le vin fonctionne un peu comme la musique : la partition est la même, mais elle peut être interprétée de façon très différente, de Jimi Hendrix à Pavarotti. Un Musigny ou un Fixin peuvent conduire plus tard à goûter un Chambolle Premier Cru.
Crédits photo : Droits Réservés
Bonnes adresses
7 place Carnot
21200 Beaune - France
Maison Joseph Drouhin
7 rue d'Enfer
21200 Beaune - France
Article paru dans le numéro #25 SÈVES
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