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Béatrice d'Erceville
Évasion | 18 mai
4 mn
C’est un petit hôtel de bord de mer dans la ville de Wajima, au nord de la presqu’île de Kanazawa, sur la côte ouest du Japon. Une auberge dont le style est un condensé de culture nippone avec son confort minimaliste, ses chambres au format de poche et son onsen, le bain public traditionnel. La province, fière de ses temples et sources thermales, et berceau de l’art de la laque (260 couches, quand même), rêve d’attirer une part des touristes qui se précipitent à Tokyo et Kyoto.
Soucieux d’apporter son écot au programme, le Route Inn veut relever le défi de l’international : il cherche à accueillir les visiteurs occidentaux dans leurs langues respectives, en leur fournissant le vade mecum indispensable pour s’y retrouver dans ce monde japonais aux rituels si complexes. Bien que rares au Japon, les Français n’ont pas été oubliés. Sur la pochette qui contient la clé de ma chambre, un mot de bienvenue est imprimé. On note qu’il ne contient pas une faute d’orthographe, si l’on excepte quelques ponctuations intempestives.
Notre Mrs Béatrice d’Erceville
Aujourd’hui, c’est une chambre de très n°709.
Clé de la chambre d’orientation (type de carte), et des installations, dans l’enveloppe, et il y a un bon petit-déjeuner.
Le petit déjeuner est un moment très demain 07h00 à 09h00.
Heures de bains publics, notre 02:00, 05:00 15h00-10h00
Avec la clé de la chambre, sortir, quand vous vérifiez, s’il vous plaît laissez toujours vers l’avant.
S’il vous plaît passer lentement s’il vous plaît.
Bien sûr, on comprend l’essentiel : la clé de la chambre est dans l’enveloppe, son introduction dans la serrure exige quelque doigté, les petits déjeuners sont servis jusqu’à 9h. Et on suppose prudemment que les horaires des bains pourraient être ceux réservés aux femmes. Ou pas ?
Ce langage fleuri ne surprend guère, dans un pays qui adore submerger les touristes sous des avalanches de prospectus rédigés comme des formulaires administratifs, avec des tournures à l’emporte-pièce où l’essentiel se noie dans l’accessoire, au point qu’un merveilleux bouddha sculpté occupe la même place qu’un fast food de sushis.
« Les Japonais sont mal armés pour s’exprimer face aux Occidentaux, explique Alexandre Leroi Cortot, un Français qui fait occasionnellement office de traducteur dans la province. Leur langage est construit sur le sous-entendu, il fonctionne par raccourcis sans précision sur le sujet de la phrase ou le verbe, et il comporte plusieurs niveaux différents suivant la position hiérarchique des protagonistes. Sans oublier que l’excès de précision est banni parce qu’il laisserait penser qu’on manque de respect pour son interlocuteur. Ce qui est important n’est pas dit, il faut le deviner. »
Le résultat de ces traductions présente un charme évident dont on peut s’amuser… Mais pas trop. Qui sait si, à la lecture des traductions en japonais des menus de tous les restaurants du Mont-Saint-Michel, les touristes nippons ne se tordent pas de rire ?
Crédits photo : Droits Réservés
Article paru dans le numéro #23 GALBÉES
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