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Pascal de Rauglaudre
Entretien | 20 juin
6 mn
Remisez vos collections de CD, elles appartiennent à l’histoire. À l’avenir, la musique sera diffusée directement entre des appareils connectés, via des plateformes, et moyennant un abonnement. C’est en substance ce que Pascal Nègre, Pdg d’Universal Music France, a expliqué à Pluris, qui l’a interviewé sur l’avenir du marché de la musique. Voilà qui va faire de la place dans nos salons.

Pluris – Le marché de la musique est-il en train de vivre une révolution ?

Pascal Nègre  – Mais il est en perpétuelle évolution ! Les années 30 ont vu apparaître les 78 tours, puis les 33 tours, les 45 tours, les cassettes et les CD. Maintenant, avec Spotify et Deezer, on est dans le modèle de l'accès, plus dans celui de la possession : pour 10 € par mois, on aura accès à toute la musique. La playlist est en quelque sorte l’équivalent de la cassette pour ma génération. C’est ça, la révolution, la vraie rupture du business model. Il faut suivre ce qui se passe en Suède actuellement, probablement le pays le plus en avance en ce moment : plus de 20 % de la population paie un abonnement, dont la moitié des 15-25 ans.

Comment Universal peut-il s’adapter à cette nouvelle forme de distribution de la musique ?

La question, c’est : peut-on se rémunérer ? Ma réponse est : oui. Sur 10 €, la plateforme prend 30 %, et s'il y a 100 streams, on est payés 5 centimes. Le téléchargement existera toujours, mais le format, le son et la vidéo, vont évoluer. Et puis l’objet physique sera réinventé, il sera beau, en édition limitée pour les fans et les collectionneurs, ceux qui veulent absolument avoir le disque. Seul le prix changera. C’est presque un retour au 78 tours, qui au début n’était qu’un outil de promotion des marques, un objet d'exposition. D'une certaine manière, on va « changer de monnaie » !
Portrait Pascal Nègre PDG d’Universal Music France avenir du marché de la musique © Ludovic Baron
Pascal Nègre PDG d’Universal Music France

L'ensemble de ces supports et technologies offrira-t-il une nouvelle expérience de la musique ?

Oui, la nouvelle génération écoute sa musique, mais aussi celles de ses parents, et de ses grands-parents. Elle redécouvre tous les genres de musique. C'est la première fois qu'une génération connaît aussi bien la musique de celles qui l’ont précédé. Et la production est aussi beaucoup plus large, comme la culture des jeunes.

Comment la mondialisation impacte-t-elle la production musicale ?

Avant, le business de la musique, c'était vingt pays. Dans dix ans, la production sera monétisée dans plein de pays, et les abonnements existeront partout dans le monde. La francophonie va devenir une réalité économique, alors qu'elle était jusqu’ici essentiellement culturelle. Maintenant, quand on crée une page Facebook, on touche le monde entier, y compris des habitants de l’Afrique. Cela aura un impact fort sur la production. L'année dernière, nos deux meilleures ventes étaient Stromae, né au Rwanda, et Maître Gims, un artiste congolais. Les deux plus grandes stars sont déjà des stars en Afrique.

Mais dans quelle mesure est-ce tellement nouveau ?

On a déjà eu des stars africaines, c’est vrai, des artistes de culture africaine produits ici. Avec la nouvelle génération, la France possède ce mélange détonant à base de chanson française, de musique méditerranéenne, de rap, d'Afrique, et maintenant d'électro. De nouveaux mélanges artistiques passionnants sont en train de se créer. C'est pour cela qu'ils commencent à connaître du succès à l'étranger.

Quel avenir pour les médias comme les radios ?

Elles continueront à faire de l’éditorialisation, de la recommandation, suivant la théorie du « restaurant vietnamien ». Le restaurant vietnamien propose 250 choix, mais vous allez prendre la même chose, parce que vous êtes perdu. C'est pareil pour la musique. Quand vous avez accès à 12 000 000 de titres, lesquels allez-vous écouter ? La moitié des titres n'est jamais écouté, un tiers écouté une fois par an. Aujourd'hui, le top 100 des ventes est très concentré, c’est mécanique. Cela va de pair avec la médiatisation, et c’est un problème pour nous, parce que faire carrière devient plus difficile pour les artistes.

À quoi ressemblera Universal dans 10 ans ?

Notre métier n’aura pas changé. Nous chercherons toujours à faire en sorte que les gens découvrent nos artistes et écoutent leurs chansons. Nous nous serons développés dans beaucoup de pays émergents. Le marché sera global. Un artiste fera une tournée en France, mais aussi à l'étranger, en Afrique, etc. Dans dix ans, de grands pays auront aussi basculé. L'Amérique du Sud aura trouvé une nouvelle place. La Chine, l'Inde, le Moyen-Orient, seront aussi très intéressants en termes de ventes.
Crédits photo : Ludovic Baron
Article paru dans le numéro #28 JAM
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