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Aurore de Lignières
Évasion | 20 juin
5 mn

Hobby pour traffic jam
Un style à côté de la plaque ? Ce que les nouvelles immatriculations disent... et ne disent pas.

plaques d'immatriculation 2A et 2B tête de Maure Corse © Droits réservés
plaques d'immatriculation 2A et 2B tête de Maure Corse © Droits réservés
Ah, les embouteillages… Ces instants si décriés où l’on se retrouve pourtant face à soi-même… et aux autres automobilistes ! Combien d’enfants surexcités, de conducteurs désabusés, de passagers résignés se sont alors livrés, soudain désœuvrés, à la réflexion statistique sur les plaques minéralogiques ?
Ils auront sans doute constaté, comme Le Figaro dans un article du mois d’avril, la proportion anormalement importante des plaques 2A et 2B, à tête de Maure, plébiscitées par les Français car « la tête de Maure incarne la puissance et la force ». Qui irait doubler un Corse par la droite ? Lui casser les pieds à un feu rouge ? Rayer sa portière à la clé ?
Depuis que les départements affichés sur les plaques d’immatriculation relèvent d’un libre choix, ces simples numéros, cerise sur le gâteau de véhicules choisis avec soin, customisés, parfois « tunés » (oui…), méticuleusement entretenus (ou non), sont devenus un élément identitaire déterminant.
Désormais plus rares sur les routes, les 75 se sont défilés, pour éviter les noms d’oiseaux et les « Parisien, tête de chien » marqués au doigt sur le pare-brise. Ils se sont déguisés en Corse, en gentleman farmer du Perche, en Breton voileux. Chacun peut afficher librement son petit snobisme : ses vraies racines, la patrie de sa mère ou de sa résidence secondaire, le département idéal, loin d’un lieu de résidence évoquant une ennuyeuse routine.
Ainsi, les pistes sont brouillées. Il faut désormais décrypter, analyser les plaques minéralogiques et le look des passagers. Les statistiques d’antan ont laissé la place à d’intenses réflexions sociologiques. Derrière les plaques corses de façade, on devine les adeptes occasionnels des plages de Santa Giulia : une Mini Cooper avec une plaque 2A toute neuve ? À d’autres ! Dans un Voyager Chrysler immatriculé 56, vous trouverez normalement une petite famille très comme il faut en route pour la Trinité. On se doute qu’une Audi A6 immatriculée 17 abrite en fait de fringants bobos affichant ainsi leur attachement à leur maison de vacances des Portes-en-Ré. Une plaque 14 sur une Twingo ? C’est une « vraie ». En revanche, sur un gros 4x4 un peu trop rutilant, on sent la belle maison à colombages avec terrain planté de pommiers, bref un Parisien.
C’est affreux, ces plaques édulcorées, on se croirait dans un dîner mondain !
Fort heureusement, tout le monde n’a pas joué le jeu. Certaines plaques restent sans surprise, et ça fait plaisir. Une gentille femme à serre-tête dans une berline immatriculée 78, un rappeur bon ton, tigre sur l’épaule saillant du débardeur dans une épave 9-3, un jeune homme en survêtement luisant dans une Citroën AX estampillée 59. Les attitudes-clichés sont aussi bonnes à prendre : un 75 réalisant une queue de poisson en bonne et due forme, un juron chantant échappé d’une Porsche 83, une vieille Mercedes 13 sur la bande d’arrêt d’urgence. Au moins, on sait où on en est.
Sur les routes comme dans la vie, on a soif d’authenticité.
Crédits photo : Droits réservés
Article paru dans le numéro #28 JAM
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