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Sobriété rime avec modernité
Enlever plutôt qu’ajouter, c’est tout l’enjeu des rééditions, explique Davide Cerrato, directeur artistique de Tudor.

Tudor, Heritage Chrono © Tudor

Tudor, Heritage Chrono

Olivier de Cointet
Entretien | 26 avril
7 mn
Il s’exprime dans un français précis qui ne trahit ses origines italiennes que par quelques formules et intonations qui siéent parfaitement à sa fonction. Car Davide Cerrato, directeur artistique de la marque Tudor, qui appartient au groupe Rolex, invente son propre vocabulaire à base de concepts, de mots, d’alliages. Pour lui, créer signifie davantage enlever plutôt qu’ajouter, pour atteindre le beau et le fonctionnel.

Pluris – Comment crée-t-on une pièce héritage ?

Davide Cerrato – Dans un processus de réinterprétation, ce qui est clé, c’est ce qu’on veut abandonner, sans tomber dans le piège d’en rajouter trop pour montrer que la pièce est très technique. Par exemple pour l’Héritage Chrono lancée en 2010, nous sommes partis d’un prototype jamais commercialisé des années 1970. Nous avons privilégié un montage très mécanique, très sportif, que l’on retrouve sur les cabochons de l’essence de la porche 910 ou des voitures de course de cette époque. Le modèle original avait une loupe sur la date, dans la tradition des modèles Oyster de Rolex, que l’on a abandonnée pour nous différencier et marquer notre singularité.

Comment a évolué le jeu des couleurs ?

La « Montecarlo » de 1973 est une pièce iconique de notre collection avec ses couleurs bleu, gris et sa touche d’orange. Elle parle d’été, du sud de la France, glamour et chic. Ce produit utilisait un bleu royal qu’on a gardé, mais aussi un gris foncé qui est fané aujourd’hui. Ainsi on a décidé de garder les codes couleurs originaux, mais de proposer dans le modèle Héritage Chrono Blue de 2013 un gris plus clair, plus aquatique, pour que le contraste avec le bleu soit plus intense et harmonieux.

Tudor, Heritage Chrono Blue © Tudor

Tudor, Heritage Chrono Blue

Tudor, Heritage Chrono Blue

Quels éléments sont ajoutés ?

La plupart du temps ce sont des fonctionnalités qui donnent du sens au modèle. Nous avons toujours fait des « tool watches », des outils d’aventure comme on aime dire, qui se doivent d’être lisibles et sobres, car c’est ce qui exprime la technicité, mais aussi utiles. La North Flag, même si elle n’est pas dans la ligne héritage, répond bien à cet objectif. On est reparti de la Ranger 2 de 1973, avec l’esprit du cadran, les aiguilles en forme de flèche, le blanc des chiffres et le jaune de la trotteuse centrale. Mais les formes originales étaient plus lourdes, et nous les avons simplifiées. Nous avons utilisé un traitement de couleur mat, qui donne une touche très contemporaine et une bonne lisibilité, et ajouté un affichage de réserve de marche via un disque qui n’existait pas.

Tudor North Flag © Tudor

Tudor North Flag

Tudor North Flag

Comment dialoguez-vous avec vos partenaires comme Ducati ?

C’est un échange d’inspiration, comme par exemple sur les techniques de colorisation, ou de traitement des matériaux. Quand on a fait la Fastrider Black Shield en 2013, on est parti du modèle Diavel de Ducati pour son esprit bad boy. On a travaillé de notre côté la technologie du tout noir avec la céramique high tech mat. À l’époque ce modèle avait cinq noirs différents. On l’a unifié pour avoir un effet complet, comme une espèce de disparition de la couleur. Eux travaillent sur de nouveaux matériaux comme le magnésium qui peut être intéressant pour nous. C’est un véritable échange créatif.

Qu’est ce qui caractérise le développement produit aujourd’hui ?

Il y a une recherche de la simplicité. Faire des montres outils nous force à une gestion fine des vides et des pleins. En cela on s’inscrit complètement dans la réflexion esthétique japonaise du Wabi-sabi qui fait l’éloge de la pureté et de la simplicité. La poterie japonaise, les bols ou verres cuits à la main doivent exprimer un esprit rustique et raffiné à la fois. Le summum du raffinement ne vient pas de la surcharge ou de l’ajout d’un détail, mais du vide. Cette quête philosophique guide nos créations.

Cette tendance va-t-elle perdurer ?

Oui, c’est une gigantesque tendance de fond qui se développe depuis 2010. Beaucoup pensent que le vintage passera. Je pense qu’ils se trompent lourdement. Ce n’est pas une mode, c’est une sorte de nouvelle phase esthétique de la société. On a connu l’ère de l’analogique, puis celle du digital, qui a atteint son paroxysme avec des logiciels dessinant eux même des formes ou des espaces, et dont l’architecte Zaha Hadid est une bonne illustration. Cette exploration, achevée vers 2008, a débouché sur une troisième phase où l’on revient vers une expression plus humaine, tout en conservant la liberté d’utiliser certaines formes ou schémas.

Quel univers vous influence le plus ?

Aujourd’hui, très certainement l’univers des moteurs, de l’automobile aux motos et aux avions. Toutes ces machines représentent des symbioses entre esthétique externe et technologie interne, et cela ouvre de nombreuses possibilités. Je regarde aussi beaucoup aussi les séries limitées personnalisées, qui réinterprètent de manière contemporaine des icônes du passé, comme la Jaguar Type E de 1964, produite à six exemplaires.
 © Tudor / Ducati
Crédits photo : Tudor / Ducati, Tudor
Article paru dans le numéro #63 VOLTIGE
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