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Tiphaine Illouz
À savoir | 28 janvier
5 mn

Des enchères à déguster
Jérôme Delcamp, commissaire priseur, a dispersé récemment quelques livres gouleyants comme des bons vins.

Maître Jérôme Delcamp, commissaire-priseur spécialiste des livres et manuscrits, fondateur de la maison de vente Alde © Pluris
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Traité des insectes comestibles et des mangers bizarres (1925), Etude clinique sur les empoisonnements par les gâteaux à la crème (1906), La maison réglée et l’art de diriger la maison d’un grand Seigneur… Avec la véritable méthode de faire toutes sortes d’essences, d’eaux et de liqueurs, fortes et rafraîchissantes à la mode d’Italie (1697), De l’électricité des végétaux (1783)... Ces titres au charme suranné sont ceux de quelques-uns des ouvrages dispersés récemment par Jérôme Delcamp, commissaire-priseur spécialiste des livres et manuscrits, fondateur de la maison de vente Alde.

Livre, manuscrit et ampélographie

Parmi les ouvrages rares de sa 117e vente dédiée à la gastronomie et au vin, l’édition originale de 1826 du célèbre ouvrage du magistrat Brillat-Savarin, La Physiologie du goût ou méditation de gastronomie transcendante, un traité général sur la gastronomie estimé entre 2 et 3000 €.
« La valeur d’un livre est le résultat de 3 éléments : l’édition, la condition c’est-à-dire la manière dont l’ouvrage a été relié et conservé, et la provenance ou ses précédents propriétaires. Ce dernier aspect est ce qui fait l’intérêt de notre métier puisque nous remontons une histoire à partir d’un livre. » Dérouler le fil des différents propriétaires est facilité grâce aux ex-libris, ces gravures d’appartenance collées sur le contreplat ou la page de garde des livres. « Nous avons ainsi pu établir que cet exemplaire du Brillat-Savarin avait appartenu à G. Tschertkoff, l’un des quatre écuyers du Tsar de Russie, puis à Edouard Nignon, l’illustre cuisinier du tsar qui le garda jusqu’à sa mort. »
La valeur d’un livre est le résultat de 3 éléments : l’édition, la condition c’est-à-dire la manière dont l’ouvrage a été relié et conservé, et la provenance ou ses précédents propriétaires. Ce dernier aspect est ce qui fait l’intérêt de notre métier puisque nous remontons une histoire à partir d’un livre. 
Autres exemplaires précieux, un manuscrit détaillé sur la Bourgogne de 118 pages consacré au prix des denrées alimentaires de 1622 à 1789 (estimé entre 8 et 10 000 €), révélant notamment les prix des vins selon les « climats » : Cote de Beaune, Vosne, Pouilly, Morey. Ainsi que Traité général de viticulture de Viala et Vermorel : cette imposante ampélographie, comme on appelle les livres consacrés aux cépages qui combine gravure et textes descriptifs, recense 840 cépages, et a demandé 10 ans de travail entre 1901 et 1910 avec l’appui de 80 collaborateurs.
Maître Jérôme Delcamp, commissaire-priseur spécialiste des livres et manuscrits, fondateur de la maison de vente Alde © Pluris

Nourritures intimes

« J’ai d’abord été vers les livres avant d’aller vers les enchères. Dès l’âge de 10 ans, j’ai nourri un intérêt pour la littérature et suis devenu un petit lecteur. Aujourd’hui, j’apprécie particulièrement Stendhal, Chateaubriand, et Guillaume Apollinaire. » Il y a dix ans, il décide de se spécialiser dans son domaine de prédilection. « Se concentrer sur un domaine était chose rare, car en se spécialisant le commissaire-priseur peut avoir l’impression de rater des opportunités et quelques hasards magiques sur lesquels repose le métier. »
Mais le livre présente une richesse inépuisable par sa diversité, depuis les manuscrits et les livres illustrés, jusqu’aux livres de peintres. « Le livre est utilitaire et informatif, mais incarne aussi une quête esthétique à travers la reliure, la typographie, et la composition des pages. » Alde est d’ailleurs un hommage rendu à une dynastie de trois générations d’imprimeurs vénitiens, entre 1480 et 1560, à une époque où l’art du livre et sa beauté étaient déjà arrivés à maturité. Et par-dessus tout le livre dit l’intime de l’homme, témoignant de sa personnalité et de ses nourritures les plus profondes.
 © Pluris
Crédits photo : Pluris
Article paru dans le numéro #51 STREET ART
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