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Pascal de Rauglaudre
6 mn
Avec un chiffre d'affaires qui a quasiment triplé en dix ans, l'incroyable success story d'Hermès dans le monde entier ne se dément pas. Loin de s’endormir sur ses lauriers, la marque multiplie les initiatives : construction d’ateliers, extension du centre de recherche de Pantin, développement de sa filiale chinoise... Guillaume de Seynes, son Directeur général, et vice-président du Comité Colbert, explique à Pluris la stratégie du groupe fondé par son aïeul en 1837 pour se maintenir au sommet.

Pluris – À quoi attribuez-vous le succès mondial des produits Hermès ?

Guillaume de Seynes  – Les produits de luxe expriment une créativité, une qualité, un rêve, mais aussi des matières, des savoir-faire exceptionnels, ils s’ancrent dans une tradition qui vient de loin, tout en se renouvelant sans cesse. Tout ceci leur donne un supplément d’âme et de personnalité, à une époque qui subit une forte déconnexion vis-à-vis de ses territoires et de ses racines. Et puis comme nos confrères, nous avons été portés par l’appétit des classes moyennes des pays émergents : elles exigent des marques qui symbolisent une qualité, une douceur de vivre, une tradition renouvelée, du romantisme, bref l’image très forte de Paris et de la France. Ce sont des clichés, mais ils font vendre !

Comment concevez-vous les relations avec vos fournisseurs ?

Nous engageons des partenariats de très long terme, qui peuvent aller jusqu’à l’intégration, quand un savoir-faire est menacé ou fragilisé, ou que l’accès à une matière clé devient compliqué. Pour lancer les carrés Hermès, par exemple, en 1937, mon grand-père avait identifié les meilleurs fournisseurs. Certains ont été intégrés parce que les passages de relais n’ont pas eu lieu au moment des changements de génération. D’autres sont encore indépendants, mais restent à l’écoute des besoins de la maison.

Quelle est la stratégie d’Hermès pour rester une maison aussi influente ?

Nous sommes restés fidèles à nous-mêmes ! Notre stratégie fondée depuis ses origines sur la qualité a conservé toute sa cohérence : la beauté de l’objet, la créativité, les savoir-faire et un style très affirmé. Avoir un vrai style est une grande force. Il peut ne pas plaire à tout le monde, mais ceux à qui il plaît nous suivent. Un sac Hermès nécessite des dizaines d’heures de travail de la part d’un artisan qui l’a fabriqué avec le souci du moindre détail, gage de la qualité de l’objet. C’est un moyen de convaincre nos clients que c’est un achat qui se mérite.

Vous organisez chaque année un Festival des métiers. En quoi consiste-t-il exactement ?

Ce festival réunit une dizaine d’artisans de métiers différents, sellier, maroquinier, artisan de la soie, porcelaine, etc. C’est plus qu’une démonstration : les artisans fabriquent un vrai sac sous les yeux des visiteurs, qui restent parfois des heures et engagent un dialogue avec lui. Dans les pays non-francophones, ils sont accompagnés par un interprète. L’opération a rencontré un succès incroyable partout, en Europe, en Asie, aux Etats-Unis. À Hambourg, en six jours, il a attiré 9000 personnes, et à Luxembourg en décembre, 10 000 personnes, et ce n’est pas une grande ville !

Les jeunes générations manifestent-elles le même désir à l’égard de vos produits ? Quels sont vos leviers pour les séduire et les acculturer au vrai luxe ?

Cette question est fondamentale pour nous. Un jeune risque d’associer Hermès à sa grand-mère, et nous ne pouvons pas nous en satisfaire. C’est pour cette raison que le numérique joue un rôle grandissant dans la communication de la marque : Hermès possède un site depuis longtemps, des comptes Instagram, Facebook, etc. Dans tous nos défilés, à côté des journalistes encartés, nous invitons les bloggers : certains ont une très grande influence sur les clients. Et puis nous ne relâchons pas notre créativité, qui nourrit l’appétit des clients pour la maison. La qualité est un pré-requis, après il faut surprendre, renouveler le désir. La ceinture avec le H, par exemple, est très apprécié des adolescents : c’est le cadeau qu’ils désirent le plus.

Vous arrive-t-il encore d’être émerveillé ?

Heureusement ! Quand j’ai visité il y a peu les ateliers du plisseur Lognon, j’ai trouvé ça époustouflant. Certains des cartons qu’il utilise pour le plissage ont plus de cent ans, c’est incroyable. Ma capacité d’émerveillement reste intacte !
Crédits photo : Michel Labelle, Hermès, Pluris
Article paru dans le numéro #40 RING
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« La force d'Hermès, c'est d'avoir un vrai style » à un ami.
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