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Olivier de Cointet
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Kate Robertson, co-présidente du groupe Havas Worldwide, règne depuis 2006 sur le monde de la publicité et du marketing. En 2009, avec David Jones, l’autre patron d’Havas, elle a lancé One Young World (OYW). Rassemblant chaque année 1500 jeunes du monde entier, sélectionnés en fonction de leurs projets dans l’humanitaire, la culture ou les affaires, OYW se veut la pépinière des leaders de demain, comme une sorte de « Davos des jeunes ». À la veille de l’ouverture de la 5e édition, du 15 au 18 octobre à Dublin, Kate Robertson partage avec Pluris les raisons de son engagement, et sa vision du monde de demain.

Pluris – Qu’est-ce qui vous a poussé à lancer One Young World ?

Kate Robertson – OYW est né des projets de responsabilité sociale des entreprises (RSE) des clients d’Havas, quand cette question était à la mode en 2006-2008. Le Pdg du groupe avait questionné le comité exécutif sur les causes pour lesquelles il souhaitait s’engager. Il m’a semblé que la jeunesse était une cause importante. Nous étions la plus jeune agence et avions le plus jeune Pdg du secteur. Comme je viens d’Afrique du Sud, un pays marqué par la forte personnalité de Nelson Mandela, il m’est apparu que le leadership était finalement ce qui manquait le plus cruellement à notre monde. J’ai pensé qu’Havas pourrait contribuer utilement à l’avenir du monde en faisant émerger des leaders. J’ai donc créé une instance qui permettrait aux futurs leaders de s’exprimer et d’être entendus. À Havas, nous sommes bons pour communiquer et mettre en avant les bonnes idées ! Et pour faire parler de cet évènement, il fallait attirer l’attention des médias, ce qui n’est possible qu’en réunissant des VIP comme Bob Geldof, Desmond Tutu, Kofi Annan, Muhammad Yunus, Bill Clinton, Jamie Oliver...

Vous les avez tous contactés !

Oui, nous les avons tous réunis autour du projet. Mais ça a été très difficile, parce que nous n’avions pas d’argent pour les payer, ou au moins subventionner leurs fondations. Mais ils sont venus malgré tout, en disant : « Où est-ce que je signe ? » Et c’est ce qui m’a convaincue de continuer.

One Young World est imprégné par les valeurs olympiques. Pourquoi ?

Quand j’étais enfant, l’Afrique du Sud était exclue des Jeux Olympiques. L’une de mes plus grandes émotions a été de pouvoir y assister à l’âge adulte et de voir la ferveur et le soutien de l’ensemble des nations lorsqu’ont défilé pour la première fois en 2004 à Athènes les délégations d’Afghanistan et d’Irak. J’ai conservé dans OYW ce défilé où chaque délégation affirme sa singularité avec son drapeau, tout en s’intégrant dans un élan commun. Sur les 194 pays représentés, nous avons d’ailleurs 22 délégations de pays en guerre, y compris la Syrie et le Nigeria.

Vous parlez de nations, mais sont-elles encore l’échelon pertinent ? Que faites-vous des Kurdes, des Ecossais, etc. qui veulent défiler avec leurs drapeaux ?

C’est une question fondamentale. Effectivement, je ne pense pas que l’échelon national soit le plus pertinent, car même si les États resteront la référence pour encore vingt à trente ans, il est clair qu’ils sont de moins en moins capables d’apporter des réponses aux problèmes du monde, comme la résolution des crises financières ou la lutte contre l’épidémie d’Ebola. En 2010, une délégation palestinienne a défilé avec son drapeau. Si je m’y étais opposée, les pays du Moyen Orient auraient boycotté l’évènement. Cette année, ce sont les Kurdes. Il y a cependant une limite que nous ne pouvons pas franchir car si toute entité veut défiler, il en sortira plus de confusion que d’union.
Kate Robertson Havas, One Young World summit, 15-18 octobre 2014, Business Prospective, leadership © Neuflize OBC

Le leadership en 2014 est-il le même qu’avant ? Qu'est-ce qui a changé ?

Les outils du leadership ont changé, mais il y a des constantes, par exemple l’espoir du leadership for good. Ce qui caractérise les leaders dans le temps, c’est la conviction et le courage, et je n’en vois pas beaucoup aujourd’hui dans la politique européenne. Les Pdg comptent beaucoup de vrais leaders, même s’ils ne sont pas tous des leaders for good. Quant au leadership for good, il me paraît encore plus compliqué à atteindre. Avec OYW, nous cherchons à éveiller le potentiel de leadership des jeunes.

Dans le leadership, deux notions sont liées : le charisme et l’action. Laquelle vous semble fondamentale ? La communication est-elle aussi importante que l’action et les résultats ?

Un vrai leader doit avoir des convictions, car celles-ci sous-tendent l’action. Si vous êtes absolument convaincu de quelque chose, vous agirez avec plus d’assurance. L’action est complexe : regardez les gouvernants européens, ils occupent des postes où ils devraient faire preuve de leadership, mais ils ne dirigent plus rien, et ne font plus rien. Et la plupart n’ont pas de convictions : ils pensent comme des moutons et n’agissent que pour rester au pouvoir. Ce n’est pas du leadership. Peut-être de la politique, mais certainement pas du leadership.

Les entreprises peuvent-elles vraiment être des forces de changement ?

J’en suis sûre. Je crois passionnément dans le capitalisme. Je ne dis pas que c’est un système parfait mais je n’en ai pas trouvé de meilleur. Repensez les Nations Unies : elles sont totalement inefficaces. Les ONG s’en sortent bien dans leurs domaines, le travail de Médecins sans Frontières, par exemple, est sans équivalent. Mais les entités les plus efficaces sont les entreprises : le Pdg d’une grande entreprise indique le chemin, et tout le monde le suivra. Donc je reste convaincue que les grandes entreprises peuvent agir pour changer le monde, notamment les compagnies pétrolières et minières. Il suffit qu’elles le veuillent.

Quel sera le programme de l’édition 2014 du sommet OYW ?

Un panel exceptionnel réunira les présidents Toledo, du Pérou, Ardito-Barletta, du Panama, Fox, du Mexique, Quiroga, de Bolivie, et Pastrana, de Colombie. Des sessions seront consacrées à l’économie circulaire, au développement durable, à l’entrepreneuriat, au rôle des ONG et de l’ONU. Mais les plus marquants, j’en suis sûre, seront les témoignages de ces jeunes leaders qui par leurs initiatives transforment déjà leur monde, et le nôtre par la même occasion.
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Crédits photo : Neuflize OBC
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Article paru dans le numéro #37 ON THE ROCKS
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