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Sophie Colin
Portrait | 20 sept.
6 mn

Wallace Chan, joaillier du fantastique
Pluris a rencontré en exclusivité Wallace Chan, joaillier star de la Biennale de la Haute Joaillerie.

Gleams of Waves — Broche diamant jaune de 6,68 carats, 
diamant jaune, rubis, saphir rose © Wallace Chan
 © Wallace Chan
Wallace Chan collier gravé © Wallace Chan
 © Wallace Chan
Wallace Chan ne donne que peu, trop peu, d'interviews. Sophie Colin, notre journaliste, a eu le privilège de s'entretenir longuement avec lui à Paris. Histoire d'une rencontre avec un artiste qui invente le futur.
À la 27e Biennale des Antiquaires et de la Haute Joaillerie, le nom de Wallace Chan se distingue des prestigieuses griffes présentes. Devant ses vitrines, mon regard est hypnotisé par les créations de ce joaillier venu de Hong Kong : colliers, bagues, broches fantasmagoriques présentés sur des formes noires désarticulées, comme les arbres d’une forêt fantastique. Des verts fluorescents, des roses phosphorescents, des bleus luminescents. Wallace Chan le magicien nous emmène dans le monde animal d’un conte pour enfants où les poissons portent des écailles de pierres multicolores et où les papillons sont des feux d’artifice ; dans un monde floral qui jaillit et danse tant le dessin des pétales suit un tracé ourlé et biscornu.
Wallace Chan m’accorde un moment exceptionnel au cours duquel, pour Pluris, il parle de son travail et du parcours qui l’a conduit ici.
« J’ai commencé en 1973 comme apprenti sculpteur en Chine, sur des figurines traditionnelles chinoises. Je travaillais aussi le corail, la turquoise, la malachite… J’y suis resté pendant neuf mois. Je me demandais ce que j’allais faire car il était interdit de quitter son maître à l'époque. » Wallace Chan commence, alors, à travailler pour lui-même.
Au bout de 10 ans, il maîtrise la taille des pierres fines et des objets traditionnels chinois. Il ne veut pas s’arrêter là, mais timide, n’ayant jamais appris à lire, il n’ose pas entrer dans les librairies. Jusqu’au jour où, bravant sa peur, il découvre Dali, Michel-Ange et les sculpteurs occidentaux : « C’était comme si je nageais au milieu de la mer et que j’avais enfin trouvé l’objet qui allait me sauver. J’ai appris jour et nuit grâce aux livres d’art. Mais les livres sont plats. J’ai donc réfléchi à la manière d’obtenir une vision en trois dimensions. »
Portrait de Wallace Chan © Wallace Chan
La lumière aussi le fascine. Le corail et la malachite sont trop mates ? Il se met à tailler le cristal. Le cristal est trop transparent et incolore ? Il explore les pierres de couleur.
Un jour, une photo dont le sujet est démultiplié le subjugue. Il se demande comment obtenir cet effet sur une pierre. Il y parvient après un an et demi de tests et de calculs en employant les procédés du camée et de l’intaille et en définissant le meilleur angle afin que la lumière transperce la pierre. Le résultat est un étonnant trompe-l’œil : des colliers dont la pierre centrale multiplie le visage d’une femme de face et de profil. La traductrice me confie en aparté que ce travail d’un an et demi pour lui équivaut à trois ans pour d’autres car Wallace Chan travaille vingt heures par jour !
Il fabriquera même l’outil permettant cette coupe de haute précision. La « Wallace cut » naît officiellement en 1987.
La question du poids de l’or suscite chez ce chercheur insatiable moult interrogations. Pendant huit ans il va expérimenter le titane, cinq fois moins lourd, dans la fabrication des bijoux, un procédé inédit qui remportera un vif succès. Sa renommée internationale ne se dément pas, il est exposé régulièrement à Basel World depuis 2007 et ses œuvres sont exposées dans plusieurs pays européens.
Mon regard s'attarde sur le papillon rose tyrien poétiquement posé sur le costume noir de Wallace Chan. On devine, derrière ce visage barbu si typiquement mandarin, un certain sens de l’humour, ainsi qu'une forte dimension spirituelle dans sa démarche : « Bien souvent les gens utilisent les nouvelles technologies pour fabriquer des objets commerciaux. Je me sers de ces technologies pour réaliser mes rêves, c'est-à-dire créer des pièces afin de rendre les hommes heureux d’esprit et d’âme. Nous avons hérité du travail et des beaux objets de nos ancêtres. Je souhaite transmettre aux générations suivantes mon savoir-faire. »
Et de conclure joliment notre entretien : « Les créations sont mon voyage, mon esprit, mon âme. C’est seulement en créant qu’on accède au futur. »
Crédits photo : Wallace Chan
Article paru dans le numéro #34 ÉBLOUIS
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