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Tiphaine Illouz
À savoir | 27 nov.
6 mn

De vents et de dentelles
Les éventails Duvelleroy sont moins innocents qu'ils n'en ont l'air.

Eventails de la Maison Duvelleroy  © DR
Rapahëlle et Eloise, Maison Duvelleroy  © DR
Devanture de la Maison Duvelleroy  © DR
Eventails de la Maison Duvelleroy  © DR
Eventails de la Maison Duvelleroy  © DR
Eventails de la Maison Duvelleroy  © DR
Maison Duvelleroy Mannequin © DR
Des voyages de son père à travers le monde, Raphaëlle a conservé le goût des éventails. « Eté comme hiver, j’ai toujours un éventail dans mon sac ; il occupe les mains, permet de s’éventer lors d’un dîner ou dans le métro, et même de chasser la fumée de cigarette tout en étant originale », détaille-t-elle. Un jour, par l’intermédiaire d’amis communs, elle croise Eloïse, spécialiste de la valorisation du patrimoine de grandes maisons. « Nous avions toutes deux envie d’entreprendre, et l’éventail nous est apparu comme un territoire à investir et un geste à réintégrer à la silhouette féminine. »

Maison d’éventails

Elles finissent par s’associer avec Michel Maignan, l’héritier de la maison Duvelleroy, éventailliste à Paris depuis 1827 et fournisseur des cours d’Europe. « Son grand-père, Jules-Charles Maignan, un ancien des Galeries Lafayette avait repris la maison en 1940 à la troisième génération des Duvelleroy.» Du passé, il avait tout conservé : moules à plisser, sequins de petite taille, bleu de dentelle (papier permettant de conserver l’empreinte précise de la dentelle d’un éventail, grâce à un procédé chimique, de manière à pouvoir le reproduire ou le restaurer), et une collection d’éventails anciens exposés dans les années 90 à Londres, puis à Paris au Musée Galliéra.
Parmi les curiosités de la maison précieusement conservées, un éventail dit « trophée » datant de 1895 et réalisé avec un perroquet, animal de compagnie de la cliente, ou un sublime éventail aux feuilles entièrement brodées de sequins sur tulle, monture en nacre blanche piquée d’acier.
En devenant actionnaire majoritaire, les deux amies ne souhaitaient pas seulement restaurer des éventails de collection, mais bien renouer avec la création. Elles ont crée deux lignes : une collection de haute façon basée sur des pièces uniques inspirées des archives de la maison et de matériaux d’exception (à partir de 500 €) : nacre, ébène, plumes de faisan sanglant, corne... Et une seconde ligne, très accessible (de 35 à 75 €), faite à la main en Espagne et reposant sur des collaborations avec des designers. « En 2011, Jean-Charles de Castelbajac a dessiné un éventail Air Conditioning. Cela a été un succès énorme, vendu chez Colette, et même porté par Katy Perry. » Plus récemment, elles ont collaboré avec Mo Coppoletta, tatoueur et graphiste à Londres (The Family Business) qui a repris le thème libertin de l’oiseau en cage et libéré, le label de musique et de mode Tigersushi, et aussi la djette Chloé von Paris, en plus de collaborations régulières avec le Louvre, et la licence du Moulin Rouge.
Eventails de la Maison Duvelleroy  © DR

Accessoires de séduction et d’apparat

Tombé en désuétude après la Révolution de 1789, l’éventail à la française se caractérise par la finesse de ses brins, l’usage de tissu et non de papier comme en Asie, et la forme ballon, une forme plus courte et arrondie que la classique demi-lune, et dont la monture, une fois repliée, laisse apparaître le dégradé du tissu. Pour refaire de l’éventail un accessoire de création et de mode, Raphaëlle et Eloise ont recherché quinze artisans spécialisés, chacun dans un matériau, une technique et une gestuelle spécifiques, « car une monture en bois, corne, ivoire, écaille, carbone ou galalithe ne nécessite pas la même technique. »
Si le savoir-faire au cœur de la maison est celui des éventails, Raphaëlle et Eloïse prolongent également l’identité Duvelleroy dans des accessoires d’apparat. « Duvelleroy a toujours été une maison d’accessoires. A côté des éventails, il y avait par exemple des jumelles de théâtre en nacre. Cette année, nous avons développé des coiffes de cygne ou métal à porter sur la nuque. » Quelle que soit la matière, avoir un éventail entre les mains n’est jamais innocent, et d’un geste, vous pourrez délivrer des messages tels que « Suivez-moi »« Je vous aime », « Je suis fiancée » ou « Pas ce soir »… Alors éventez-vous !
Eventails de la Maison Duvelleroy  © DR
Crédits photo : DR
Article paru dans le numéro #44 VIVACES
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