Fermer
Elen Pouhaer
Entretien | 26 sept.
7 mn
La passion de l’écriture manuscrite, Nicolas Ouchenir l’a attrapée en travaillant à la JGM galerie, la galerie de Jean-Gabriel Mitterrand. Pour un vernissage, il décide de réaliser des enveloppes et cartons d’invitations calligraphiés. Le succès est immédiatement au rendez-vous. Depuis, Nicolas Ouchenir travaille avec les plus grands noms du luxe et de la mode. Azzedine Alaïa, Daniel Arsham, Anselm Kiefer, Basquiat, David Bowie, Wes Anderson ou Yves Saint Laurent l’inspirent au quotidien. C’est dans l’effervescence de son atelier de la rue St Honoré, entouré d’encriers, de pinceaux et de plumes, que cet amoureux des lettres reçoit Pluris.

Pluris – Quels types de travaux réalisez-vous pour les marques ?

Nicolas Ouchenir – Pendant la Fashion Week, par exemple, je rédige les nombreuses invitations aux défilés et aux soirées de griffes telles que Chloé, Sonia Rykiel, Vionnet, Giambattista Valli, Moncler, Martin Margiela ou encore Jean-Charles de Castelbajac. Le reste de l’année, mes activités sont très variées : je dessine les enveloppes et invitations calligraphiées pour l’ouverture de la nouvelle boutique Cire Trudon, je construis les identités visuelles de l’hôtel Royal Evian, du mythique Château Marmont et du Ritz, ainsi qu’une série de typographies pour un prestigieux évènement organisé par la maison Hermès. Pour ce projet, il s’agit de retranscrire un air d’impatience, une sensation de rondeur ou encore une chasse aux trésors. Un vaste appartement sera ainsi investi par différents types d’écritures, directement sur les murs ou sur des rideaux en velours brodés de fils d’argent.

Comment expliquez-vous cet engouement pour la calligraphie à l’heure du numérique ?

Nous sommes dans une société de distraction où le plaisir est devenu immédiat. Tout va très vite. La plupart des gens ne se retrouvent plus dans cette globalisation. L’écriture fait sens et permet de revenir à l’essentiel, la lettre. Avec la calligraphie, l’imaginaire peut s’exprimer librement. Le rythme d’un logo, le graphisme d’une écriture a une valeur de mémoire collective. Tous les sens sont en éveil, y compris le toucher ou l’odeur du papier et de l’encre. La calligraphie est partout. Synonyme d’excellence et d’exclusivité, elle s’étend dans des domaines d’activités très différents, du certificat de baptême à la joaillerie, en passant par les spiritueux, la mode, les institutions culturelles, les cosmétiques, ou encore le secteur automobile et aéronautique, tels que Renault ou EADS, pour qui je réalise des calligraphies notamment lors des lancements de fusées.

Quand une marque vous passe une commande, comment procédez-vous pour lui associer une calligraphie ?

La plupart des calligraphes ne proposent que trois ou quatre types d’écritures, bâton, gothique, mérovingienne ou anglaise. Ce qui me passionne, c’est de réaliser une calligraphie sur-mesure, en m’immergeant dans l’univers d’un créateur ou d’un designer, l’histoire d’une marque, pour imaginer un style d’écriture unique. Une typographie chaude, ronde, évoquant un parfum sucré, pour un chef cuisinier ou une marque de vin, telle que celle d’Hugo Matha, héritier d’un grand domaine de vin en Aveyron et également designer de mode. Créer une typographie personnalisée nécessite un échange constant avec l’équipe du studio.
Nicolas Ouchenir Calligraphies Lettres Graphisme Typographie Encre Plume © Thibault Montanat www.nowness.com

Pouvez-vous nous donner des exemples ?

Pour la campagne publicitaire du make-up French Idol de Lancôme, j’ai imaginé une écriture incarnant une femme à la fois élégante et rock’n’roll. Pour les invitations de Giambattista Valli à cette Fashion Week, je viens de créer une typographie rouge vif avec un design années 30. Nous avons également développé un travail sur la couleur, créée exclusivement pour la griffe italienne. J’ai conçu pour la maison Goyard une calligraphie qui évoque une série de pointillés. Pour Martin Margiela, j’ai réalisé un texte entièrement calligraphié pour le défilé qui avait lieu à l’hôtel Salomon de Rotschild dans le 16e arrondissement parisien ainsi qu’une écriture réalisée directement au doigt pour l’un de leurs défilés. La plupart du temps, cela coule de source. Je travaille de manière très instinctive, quasi automatique.

La calligraphie nécessite-t-elle un entretien particulier du corps et des mains ?

C’est un art qui nécessite à la fois rigueur et endurance, comme la danse classique, étrangement. L’entrainement est essentiel et indispensable au quotidien. Pour moi, l’écriture est une véritable passion. J’aime le rythme, l’idée de me retrouver dans ma bulle, avec mes encres et mes plumes, tout en étant aux côtés de mon équipe. Je ressens le besoin d’expérimenter, d’imaginer de nouveaux styles d’écriture en permanence. Les possibilités sont infinies, cela me fascine.

Peut-on parler de tendances en matière de calligraphie ?

Il y a avant tout une mode générationnelle liée à la pédagogie, à l’éducation, au lieu de vie, à un contexte bien particulier. On remarque diverses tendances en matière d’écriture même si la calligraphie est intemporelle. En ce moment, les styles typographiques rappelant une signature comme celle que j’avais imaginée pour Rick Owens plaisent beaucoup. Pour ma part, j’ai un penchant pour les écritures très graphiques, dynamiques, coupantes, aiguisées.
Crédits photo : Thibault Montanat www.nowness.com, Nicolas Ouchenir
Article paru dans le numéro
Recevoir le magazine Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine l'essentiel de la culture, du business et de l'art de vivre.
Fermer
Belles lettres de la mode à un ami.
(*) Obligatoire
Fermer
Modifiez votre mot de passe
Fermer
Veuillez saisir votre identifiant
Fermer
Bienvenue sur Pluris
, complétez le formulaire pour terminer votre inscription.