Fermer
Olivier de Cointet
BIG BANG Les Grands Entretiens | 21 janvier , mis à jour le 27 juillet
8 mn

« Être contemporain, c’est être toujours juste »
Comment bâtir une maison d’horlogerie, par Jean-Marc Jacot, Pdg de Parmigiani.

Jean-Marc Jacot, Pdg de Parmigiani © Pluris
Montres Parmigiani © Pluris
Jean-Marc Jacot, Pdg de Parmigiani © Pluris
La spécialité de Jean-Marc Jacot, c’est d’accompagner des marques horlogères. Seiko, Cartier, Oméga, Ebel, Hugo Boss ne sont que quelques-unes des facettes de l’expérience de cet homme d’affaires aux opinions tranchées. CEO de Parmigiani Fleurier, qui produit près de 6000 pièces par an, il partage avec Pluris sa vision du luxe et donne les leviers nécessaires, selon lui, pour bâtir une marque contemporaine et aimée.

PLURIS – Vous êtes à la tête d’une Maison qui n’a pas encore 20 ans. Quelle est votre ambition ?

Jean-Marc Jacot – Ne pas avoir d’histoire n’est pas un vilain défaut ! Je veux faire de Parmigiani une marque contemporaine qui vit avec son temps et qui soit synonyme d’authenticité. Quand on ne fabrique pas nous-même quelque chose dans une montre, comme les bracelets qui sont Hermès, on le dit. Être contemporain, c’est toujours être juste. Être à la mode, c’est toujours être faux, en retard. On fait moins de bruit autour de quelque chose qui est contemporain mais on est beaucoup plus pérenne.
« Pour qu’une montre dure, elle doit être esthétiquement simple »

Comment créé-t-on une montre contemporaine ?

Pour qu’une montre dure, elle doit être esthétiquement simple. Je ne parle pas de la mécanique, des complications. Il faut qu’elle soit accessible rapidement et utilisable 24h sur 24h. Le sac Kelly, la femme le met partout et tout le temps. Nespresso, c’est la même chose. Qui aurait pensé qu’on allait mettre une machine à café dans les chambres à coucher dans les hôtels ? Personne. C’était trop moche, compliqué, ça salissait. Ils ont fait quelque chose de simple et de beau. On a mis du temps à trouver notre voie, on l’a trouvée aujourd’hui mais ce n’était pas évident de créer une montre qui a tous les codes de la marque sans que ça se voie au premier abord. La vraie réussite pour moi serait de ne plus avoir besoin de mettre la marque. Comme Nike et sa virgule, ou Apple et la pomme.
Tonda 1950, mouvement automatique, Parmigiani Fleurier © Parmigiani
Tonda 1950, mouvement automatique, Parmigiani Fleurier

Que vous manque t-il pour y arriver ?

C’est une question de temps ! On a encore une bonne dizaine d’années avant d’arriver à maturité. La marque est installée, elle est reconnaissable, elle est respectée. La deuxième phase la plus importante, c’est d’être aimé. Ça, c’est long. On ne veut pas le coup de foudre, on veut être aimé. Trois marques françaises sont aimées dans le luxe : Chanel, Hermès, Dior. Il n’y pas de miracle ! Si Dior n’a plus rien été à un moment donné puis est redevenu ce qu’il était c’est parce que la marque est fondamentalement aimée. Dans l’automobile, Ferrari est une marque fondamentalement aimée.

Et dans l’horlogerie ?

L’horlogerie est beaucoup plus respectée qu’aimée. La mécanique a tendance à être respectée. Ce qui est aimé, c’est ce qui est frivole. Ce sont les consommateurs qui font qu’une marque est aimée. Le profil de notre client aujourd’hui est relativement clair : c’est quelqu’un qui a forcément un peu de moyens mais c’est surtout quelqu’un qui est libre, qui n’a plus besoin de prouver qu’il a réussi. Il est indépendant dans sa tête comme notre marque. Il achète une pièce chez nous pour la montre et pas pour la marque. C’est pour ça qu’on investit tellement d’argent dans le produit proportionnellement à ce que l’on investit dans le marketing. Et l’autre qualité de nos clients, c’est la discrétion. Ils ont réussi, ont fait de belles carrières dans l’art, dans le business, dans la science, mais tous sont discrets.
Tonda 1950 Squelette, mouvement automatique, Parmigiani Fleurier © Parmigiani
Tonda 1950 Squelette, mouvement automatique, Parmigiani Fleurier

Qu’avez-vous observé récemment de marquant dans le marché de l’horlogerie ?

La distribution des marques de luxe change. Les concepts stores se développent un peu comme les puces modernes, chics. On va y chiner. Désormais les rues partout dans le monde ont les mêmes magasins. Je crois qu’il faut offrir autre chose aux clients, et c’est pour cela que nous nous installons près des lieux d’art. Car l’art a deux fonctions en dehors du fait qu’il est indispensable à notre âme et à notre cerveau : il est prémonitoire et donc inspirant, et les jeunes galeries s’installent souvent dans des lieux en devenir et donc plus favorables à la création.

En quoi vos lancements en 2015 traduisent-ils cette philosophie ?

En dehors des trois segments de produits traditionnels que nous avons présentés, dont la Tonda Squelette ou Météorite, nous avons également mis en avant des produits qui sortent des montres bracelets classiques. Les grands horlogers dans le temps faisaient énormément de projets autour de la montre, autour du temps. Nos partenariats avec Bugatti ou Lalique reflètent cette ouverture et cette volonté d’associer d’autres marques ayant de véritables savoir-faire techniques. Avec eux, on a lancé une collection de pendules jour et nuit, véritables objets d’art autour du cristal.

Comment voyez-vous évoluer le monde de l’horlogerie aujourd’hui ?

Pendant des années, l’horlogerie de luxe s’est résumée à la manufacture, tout était axé sur le mouvement. Alain-Dominique Perrin a réussi à faire comprendre à ce métier que le luxe c’était aussi l’extérieur de la montre, le bracelet, le cadran… N’oublions pas que l’horlogerie s’est développée dans des pays protestants où tout signe extérieur de richesse n’est pas forcément bien vu. Esthétiquement, je trouve qu’il y a eu de nettes améliorations, même si parfois cela se fait au détriment d’une certaine authenticité.
Il n’y a eu aucune invention depuis la montre automatique, et ce qu’on observe c’est avant tout l’entassement des complications. Celui qui a inventé la montre mécanique devrait recevoir quinze Prix Nobel parce qu’il n’y pas d’autre objet au monde qui travaille 24h sur 24h et qui se remonte grâce à l’énergie de son utilisateur. Ce qui me fait vibrer, ça serait de pouvoir contribuer à cette magnifique invention. Un centre de recherche suisse nous a proposé il y a sept ans un projet pour augmenter la réserve de marche entre 70 et 100 jours. Pour moi c’est un grand pas en avant vers quelque chose d’autre parce que je suis obsédé par le mouvement perpétuel, je suis certain qu’on le trouvera un jour !
Crédits photo : Pluris, Parmigiani
Bonnes adresses
Rue du Temple 11
2114 Fleurier - Suisse
Chemin du Righi 2
2114 Fleurier - Suisse
Article paru dans le numéro #50 FILS À RETORDRE
Recevoir le magazine Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine l'essentiel de la culture, du business et de l'art de vivre.
Fermer
« Être contemporain, c’est être toujours juste » à un ami.
(*) Obligatoire
Fermer
Modifiez votre mot de passe
Fermer
Veuillez saisir votre identifiant
Fermer
Fermer
Bienvenue sur Pluris
Inscrivez-vous pour rejoindre
la communauté Pluris et recevoir chaque semaine le magazine.
Créer un compte avec un email
Bienvenue sur Pluris
, complétez le formulaire pour terminer votre inscription.