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Tiphaine Illouz
À savoir | 18 déc.
7 mn

Savons en DIY
Les joies de la chimie amusante appliquées à la salle de bains.

Savons © Aromanature
Savons © Aromanature
 © Aromanature
Argiles servant à la coloration des savons © Aromanature
Quand elle est arrivée en France, Léanne Chevallier, originaire de Vancouver, était très déçue par la qualité des savons français. « La France est connue comme la Mecque du savon, or je n’ai pas du tout trouvé ce que j’attendais car l’essentiel de la production est industriel. » Elle vient de recevoir le titre de Maître artisan savonnier après 14 années d’activité pour créer aromaNature, sa marque de savon artisanal. Quelques années avant elle, Melinda Coss, Anglaise, avait écrit une sorte de traité de saponification pour apprendre à fabriquer savon solide et liquide. La France compte aujourd’hui plus de 60 artisans savonniers à froid.

Saponification à froid

Formée au départ en phytocosmétique, Léanne se lance rapidement dans la fabrication de savons grâce à la saponification à froid, un procédé qui utilise la réaction chimique entre une matière grasse (huile végétale, beurre végétal, matière grasse animal) et la soude (ou potasse). « Il existe trois processus de fabrication du savon : l’industriel ; le vrai savon de Marseille préparé dans un chaudron et cuit plusieurs heures qui demande un lavage de la pâte à savon ; et la saponification à froid, une méthode de fabrication ancienne et naturelle. » L’avantage ? Une glycérine naturelle préservée, alors qu’elle est retirée dans les savons industriels, qui apporte de la douceur et confère au savon ses vertus hydratantes. De plus, une fraction des matières grasses insaponifiées (comme les tocophérols ou vitamine E, et des caroténoïdes ou vitamine A), donne des savons dits « surgras » aux vertus très intéressantes pour la peau : effet antioxydant, nourrissant, émollient, adoucissant et protecteur. Ces deux atouts disparaissent dans la fabrication industrielle.
Cette méthode demande peu de matériel mais du temps : les huiles liquides (dont huiles fines ou précieuses), solides et beurres végétaux sont portés à une température allant de 35 à 45°. Doucement, on ajoute la solution de soude dosée très précisément, puis éventuellement les additifs comme le lait, les huiles essentielles, des fleurs et/ou herbes « à la trace », c’est-à-dire au moment où le mélange lessive de soude et huile devient pâteux. Le mélange est alors versé dans un moule, laissé au repos pendant 24h, puis coupé en barres que l’on met à sécher pendant un mois environ pour que l’eau résiduelle s’évapore et que la réaction arrive à son terme. Les savonniers peuvent même, comme des cuisiniers, officier selon les saisons. Pour Noël par exemple, Léanne confectionne un savon au beurre de karité et jus de potimarron.

Des savons de terroir

« L’écrasante majorité des savons est faite à partir de bondillons, des petites billes de savon prêtes à l’emploi et généralement réalisées à partir d’huile de palme, de coco et/ou de graisse de bœuf, auxquelles on ajoute parfums de synthèse et colorants. Cela conduit à des savons uniformisés car ce sont toujours les mêmes trois matières grasses qui composent cette base lavante. » À l’inverse chaque savonnier travaillant en saponification à froid maîtrise entièrement le processus de fabrication et décide ce qu’il va utiliser comme matières premières : huile de noix de coco, beurre de karité ou de cacao, huile d’olive, lait de brebis, cire d’abeille… Choisi en fonction du lieu, le savon devient le reflet d’une région, des savoir-faire présents et des matières localement disponibles.
Magie de l'aubrac Michel Bras © Aromanature
Dans l’Aubrac, Natalia Kuznetsova, dont les parents et grands parents étaient savonniers, fabrique des savons à partir de la flore de l’Aubrac. À partir d’une base (100 % savon de Marseille végétal), elle ajoute des plantes et des écorces d’arbres en décoction ou infusion cueillis, séchés et travaillés par ses soins : bouleau, conifères (pin, sapin, génévrier), romarin, sauge, Thé d’Aubrac (ou calament à grandes fleurs), et gentiane. « Le savon de Marseille transmet bien les vertus des plantes intégrées. Quelles que soient les recettes, mes savons comportent toujours de l’huile d’olive, de l’huile de pépins de raisin, de la cire d’abeille, et du propolis », explique Natalia. Parmi ses clients, Sébastien et Michel Bras, d’autres habitants amoureux comme elle, de cette terre basaltique.

La table de saponification

Le plus difficile dans la saponification à froid est de bien équilibrer un savon entre son crémeux, son pouvoir moussant, sa dureté, et son conditioning, c’est-à-dire la capacité du savon à nourrir et à adoucir. Là réside tout le savoir-faire du maître savonnier. « Un savon doit d’abord nous laver, il faut qu’il mousse un peu mais pas trop, sinon il fondra trop vite. Ensuite, chaque huile a des propriétés propres ; l’huile de coco sera utile pour durcir un savon et produire une belle mousse, mais elle peut être asséchante en grande quantité ; le beurre de karité donnera beaucoup de douceur et aussi de la dureté », détaille Léanne. À chaque savonnier de trouver son alchimie propre. Chacun peut en tout cas compter sur la table de saponification qui donne la valeur de saponification de chaque huile pour calculer la quantité de soude et d’eau nécessaire.

Pour aller plus loin

Je crée mes savons au naturel, Leanne et Sylvain Chevallier, Editions Terre vivante.
Faites vos savons maison, Leanne et Sylvain Chevallier, Editions Utovie.
AromaNature (propose également des formation en savonnerie à froid)
Make Soap
Magie de l’Aubrac
Crédits photo : Aromanature
Article paru dans le numéro #47 TRÊVE
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