Fermer
Pascal de Rauglaudre
Reportage | 2 mai
10 mn

Hypermind parie sur l'avenir
La meilleure solution pour prévoir le futur, c'est l'intelligence collective, démontre Émile Servan-Schreiber.

Émile Servan-Schreiber, fondateur d'Hypermind © DR

Émile Servan-Schreiber, fondateur d'Hypermind

La France livrera-t-elle un premier navire Mistral à la Russie avant l'été ? Quelles sont les chances d’Hillary Clinton de remporter les prochaines élections présidentielles américaines ? Pour anticiper les réponses à ces questions, nous disposons de quelques solutions : les experts et les sondages. Et aussi l’intelligence collective : c’est elle qui a la préférence d’Émile Servan-Schreiber, fondateur de Lumenogic. Cette intelligence collective, il l’a concrétisée avec Hypermind, un « marché prédictif », qui prend la forme d’une plateforme de paris en ligne.

Le principe est simple. Hypermind lance régulièrement des concours de prévision. En ce début de mois de mai, les questions portent par exemple sur la politique anglaise, la politique israélienne, la vente des Rafale à l’Inde… Pour y répondre, un panel de « pronostiqueurs éclairés » parie en achetant et en vendant des « actions » de chaque réponse possible. Tant que la réponse définitive n’est pas connue, la valeur des actions varie en fonction de l’offre et de la demande des parieurs. Le panel, lui, n’est pas figé, mais il s’affine avec le temps, car les moins bons pronostiqueurs finissent pas laisser leur place à d’autres.

Quand une question est résolue, la rémunération des actions commence. Si la réponse est bonne, l’action vaut 100 unités virtuelles, zéro dans le cas contraire. Pour les pronostiqueurs, l’intérêt consiste à anticiper des événements que d’autres n’avaient pas imaginé, et à acheter les actions correspondantes à un prix bas pour les revendre plus

cher ensuite. Ils empocheront aussi les gains si l’événement s’est produit avant l’échéance prévue. Et ils peuvent débattre et échanger des informations dans un forum.
Y a-t-il un risque de manipulation ? « Le système ne le permet pas, explique Émile Servan-Schreiber. Lorsque quelqu’un s’avise de manipuler, et donc de fausser le prix dans la mauvaise direction, il le fait en pariant de l’argent virtuel. Plus un pronostiqueur est prêt à mettre d’argent pour emmener le cours vers un endroit où il ne devrait pas être, plus des gens seront intéressés pour prendre cet argent et ramener le prix où il devrait être. Donc plus il y a de tentatives de manipulation, plus le système devient robuste. » Le système renforce la voix de ceux qui ont tendance à avoir raison, et fait taire ceux qui ont tendance à avoir tort. « Quand on a plus d’argent à force d’avoir perdu, on disparaît, c’est imparable. »
Philippe Andrieu / Hypermind © Philippe Andrieu / www.lesitedupeintre.com

Plus performant que les sondages

Les paris existent depuis beaucoup plus longtemps que les sondages, qui ne datent que des années 1930. Une étude portant sur 17 élections présidentielles américaines entre la fin du 19e siècle et l’invention des sondages par Gallup a montré que les parieurs ne s’étaient trompés qu’une seule fois. Aujourd’hui, avec internet, ce système se réinvente à une autre échelle.
Pour prévoir les résultats des élections midterm du 4 novembre dernier aux Etats-Unis, par exemple, les prévisions Hypermind ont battu celles de tous les modèles agrégateurs de sondages, du type du célèbre statisticien Nate Silver : celui-ci avait prédit avec exactitude les résultats de l’élection présidentielle de 2012 dans tous les États, mais ses résultats en 2014 se sont avérés moins bons que ceux des parieurs. « Ça n’a pas été clamé sur tous les toits, parce qu’en Occident, on est habitué au culte de l’expert, invité sur tous les plateaux de télévision, ou signant des tribunes dans les journaux pour donner son opinion. Or cette idée d’intelligence collective nous ramène au statut d’insecte, elle est presque aussi violente que de dire que le soleil tourne autour de la terre. Il est humiliant de penser qu’on n’est qu’un neurone parmi d’autres, et que le cerveau individuel génial n’est pas ce qu’il y a de plus intelligent dans l’univers. Encore un mythe qui s’effondre ! C’est pour cette raison qu’on a du mal à accepter que les parieurs peuvent être collectivement plus efficaces qu’un super statisticien ou qu’un super ordinateur. »
Dans les années 80-90, Philip Tetlock, un politologue américain, s’était employé à vérifier les prévisions des experts. Il en avait sélectionné 300, surtout des spécialistes de géopolitique, et il a vérifié systématiquement la qualité de leurs prévisions sur vingt ans. En les comparant avec celles d’amateurs qui s’intéressent à ce qui se passe dans le monde sans jamais être invités à la télévision, il a fait plusieurs observations intéressantes : il n’y a aucune différence en moyenne entre les prévisions des uns et celles des autres ; l’expert moyen n’est pas meilleur que l’amateur moyen ; ce qui fait la différence entre un bon et un mauvais, c’est la façon dont il réfléchit : les idéologues sont mauvais, à cause de leur grille de lecture dont ils ne s’écartent pas, tandis que les opportunistes sont plus libres d’adapter leur avis.
Depuis une quinzaine d’années, des études menées par de grandes entreprises (Google, Arcelor, Ford, Campbell's, etc.) sont arrivées à la conclusion que les prévisions des marchés prédictifs donnaient de meilleurs résultats que celles des méthodes classiques dans 2/3 à 3/4 des cas, et qu’elles améliorent la qualité des prévisions de 15 à 25 %.
Philippe Andrieu / Hypermind © Philippe Andrieu / www.lesitedupeintre.com

Chacun détient une parcelle de vérité

Ces résultats étonnants ont une explication rationnelle. Les prévisions d’un groupe sont plus justes lorsque ses membres débattent entre eux : « Personne ne peut prédire l’avenir de façon infaillible, souligne Émile Servan-Schreiber. Mais chacun détient une parcelle de vérité. En combinant les savoirs et les expériences, les vérités se complètent, tandis que les biais s'annulent. Et plus il y a de monde, plus les chances d’aboutir à des prévisions justes augmentent. Le pari a cette propriété de n’attirer que les gens qui ont l’impression de savoir quelque chose. » Le parieur qui veut tirer profit du concours peut parier sur une réponse sous-estimée par les autres. Il a tout intérêt à partager ses informations pour modifier l’opinion collective et faire grimper le cours de ses actions. Enfin, en pariant, les individus renoncent plus facilement à leurs aprioris pour suivre un avis qui leur paraîtrait plus éclairé. Bref, ils pensent mieux.
Les marchés prédictifs apparaissent donc plutôt efficaces pour des prévisions à court terme, de six mois à deux ans, sur des sujets d’actualité où les participants peuvent débattre facilement et espérer des retours intéressants. Sur le long terme, en revanche, le système perd son intérêt, car les espérances de gains sont trop éloignées.
 Devenez « pronostiqueur éclairé » ! Hypermind recrute pour élargir son panel, inscrivez-vous sur le site : Hypermind
Crédits photo : Philippe Andrieu / www.lesitedupeintre.com, DR
Bonnes adresses
Principal Europe
7 boulevard Arago
75013 Paris - France
Article paru dans le numéro #64 DÉCÉLÉRATION
Recevoir le magazine Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine l'essentiel de la culture, du business et de l'art de vivre.
Fermer
Hypermind parie sur l'avenir à un ami.
(*) Obligatoire
Fermer
Modifiez votre mot de passe
Fermer
Veuillez saisir votre identifiant
Fermer
Bienvenue sur Pluris
, complétez le formulaire pour terminer votre inscription.