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Pascal de Rauglaudre
Reportage | 9 nov.
7 mn

La plus belle soie du monde
En soie fine ou sauvage, mordorée ou bayadère, les étoles des Soieries du Mékong sont toutes des œuvres d'art.

 © Aymeric Bellamy-Brown — Soieries du Mékong
 © Aymeric Bellamy-Brown — Soieries du Mékong
 © Aymeric Bellamy-Brown — Soieries du Mékong
 © Aymeric Bellamy-Brown — Soieries du Mékong
C’est un secret que s’échangent les marchands d’étoffes : la soie la plus belle de toute l’Asie vient du Cambodge. Et effectivement, les étoles des Soieries du Mékong, en soie fine ou sauvage, verte, rouge, mordorée, bayadère ou à carreaux, sont un enchantement pour la vue et le toucher.
Soieries du Mékong (SdM) est une émanation de l’ONG quinquagénaire Enfants du Mékong, qui souhaitait vendre en France des foulards en soie haut de gamme fabriqués au Cambodge. Plus tard, SdM s’est transformée en SAS, avec à sa tête un ancien de BNP Paribas, Gonzague de Borde. En 2010, Aymeric Bellamy-Brown, fort d’une expérience chez Cartier, l’a rejoint pour développer le marketing et la communication. « Nous voulons que les clients achètent un foulard non pas ‘pour faire une bonne action’, explique-t-il, mais tout simplement parce que c’est une pièce de grande qualité, fruit d’un savoir-faire ancestral. Si en plus on aide des familles, alors c’est encore mieux. »
Aymeric Bellamy-Brown — Soieries du Mékong © Aymeric Bellamy-Brown — Soieries du Mékong
Aymeric Bellamy-Brown — Soieries du Mékong
Le design des foulards, qui sont destinés aux hommes comme aux femmes, est réalisé à Paris par une équipe de stylistes, qui adaptent les rayures et les carreaux des kramas, ces foulards traditionnels cambodgiens, aux exigences de la mode occidentale. Les patrons sont ensuite envoyés à Banteay Chmar, un village au nord-ouest du Cambodge, perdu au bout d’une piste qui se transforme en fondrière à la saison des pluies. Pour y aller, pas d’autre solution qu’un taxi brinquebalant, car SdM, qui limite ses frais de fonctionnement au strict minimum, ne possède pas de véhicule de fonction.
Le tissage de la soie au Cambodge est pratiqué depuis des temps immémoriaux. Toutes les maisons étaient équipées d’un métier à tisser, et les femmes tissaient chez elles. Mais les Khmers rouges l’ont interdit dans les années 70, car « trop bourgeois ». La région de Banteay Chmar a cependant réussi à préserver la sériciculture, et les grands-mères y ont conservé la mémoire de la fabrication de la fameuse soie dorée.
Pour garantir la qualité de la production et stimuler leur motivation, SdM a rassemblé les tisserandes dans trois ateliers ateliers, pilotés par une chef formée au management. Aujourd’hui, 70 ouvrières y travaillent, et SdM s’est fixé pour objectif d’en former 150 d’ici cinq ans, pour qu’elles se familiarisent avec de nouvelles techniques de tissage, et gagnent en compétence. Mais les convaincre des bienfaits de la formation n’est pas une sinécure, avoue Aymeric.
 © Aymeric Bellamy-Brown — Soieries du Mékong
Le tissage, c’est avant tout un rythme. Après avoir enroulé 500 km de fil de soie sur les bobines, la tisserande organise son métier à tisser, la chaîne et les peignes, et elle décide du nombre de fils (un sur deux, un sur trois) à tasser. Chaque jour, elle passe la navette dans son métier des milliers de fois. Tout son talent consiste à tisser à la même cadence, lancinante, hypnotique. « Lors d’un de mes séjours sur place, j’avais donné aux tisserandes des objectifs précis de qualité, avec une densité de 40 fils/cm, raconte Aymeric. J’avais apporté une loupe pour compter les fils sur les foulards. Cinq jours plus tard, j’ai vérifié : ils comportaient tous exactement 40 fils par centimètre. C’était incroyable ! Ces filles tissent tout le temps en conservant exactement le même rythme, même après leurs pauses ! Et elles le font en discutant, en écoutant la radio. Leur habileté est exceptionnelle, c’est un vrai métier d’art. » La puissance qu’elles impulsent au mouvement compte beaucoup : trop fort, et le foulard se transforme en carton ; trop lâche, et il n’a pas de tenue. Les meilleures d’entre elles sont capables de repérer à l’œil nu les pauses dans le tissage, car elles reconnaissent le changement de rythme de la navette à l’alignement des fils.
 © Aymeric Bellamy-Brown — Soieries du Mékong
Du jeu subtil entre le fil de chaîne et le fil de trame naissent les motifs Vichy, Ecossais, Prince de Galles, ou les rayures qui offrent des reflets changeants et ondoyants. L’armature du foulard permet de proposer une palette de textures et de touchers, et d’incruster discrètement des motifs tels que des chevrons, des losanges, etc. Et sur l’étiquette de chaque foulard figure la photo de l’ouvrière qui l’a tissé.
Et pas question de transiger sur la qualité, insiste Aymeric : l’étole ne doit contenir ni fil cassé, ni nœud, la lisière doit être parfaitement droite, et le toucher doit être uniforme, même s’il diffère en fonction des tissages. Une irrégularité qui paraîtrait normale au Cambodge, serait perçue en France comme une imperfection, même si elle constitue en quelque sorte la « signature » de l’artisan.
Aujourd’hui, les tisserandes produisent trois foulards par semaine, et SdM espère les pousser jusqu’à cinq, mais pas davantage, car le temps dans cette activité est incompressible. Les économies d’échelle ne sont pas possibles, et SdM doit adapter son réseau de distribution en conséquence. À terme, la société souhaite bâtir une marque immédiatement reconnaissable par la qualité de ses étoles, et qui s’impose comme la référence du tissage à la main.
 © Aymeric Bellamy-Brown — Soieries du Mékong
Découvrez le portfolio des Soieries du Mékong par Aymeric Bellamy-Brown.

Les coups de cœur de Pluris

• Foulard double
Foulard double — Soieries du Mékong © Soieries du Mékong
Foulard double — Soieries du Mékong
Foulard motif Prince de Galles — Soieries du Mékong © Soieries du Mékong
Foulard Tweedy — Soieries du Mékong © Soieries du Mékong
Crédits photo : Soieries du Mékong, Aymeric Bellamy-Brown — Soieries du Mékong
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Article paru dans le numéro #41 EXPLORATEURS
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