Fermer
Sophie Colin

« L'expérience ultime de la salle de vente, c'est le frisson »
Comment préserver la fièvre des enchères à l'heure du digital, par Édouard Boccon-Gibod, nouveau directeur général de Christie's France.

Édouard Boccon-Gibod, directeur général de Christie's France. © Sylvain Fuchs
Directeur général de Christie’s France depuis décembre 2014, Edouard Boccon-Gibod tranche par son origine atypique avec les codes traditionnels des maisons de vente : il était notamment président du quotidien gratuit Metro France et de TF1 Production. Numérisation des ventes aux enchères, développement de nouveaux départements, comme les sacs et accessoires, effervescence de l’art contemporain : pour Pluris, il décrypte les nombreux défis qui attendent la prestigieuse maison fondée en 1766.

Pluris – Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en arrivant chez Christie’s ?

Edouard Boccon-Gibod – Quand on vient d’un métier aussi réglementé que l’audiovisuel, c’est d’abord le sentiment d’une immense liberté, celle de la circulation des œuvres, de l’information, des ventes, dans un contexte mondial, avec deux acteurs dominants qu’on retrouve partout et qui se livrent une bagarre homérique sur tous les théâtres… Le deuxième point, c’est le poids de l’art contemporain dans le marché. Enfin c’est la jeunesse, la motivation et l’implication des équipes.

Dans un monde où l’information est aussi facile d’accès, comment une maison de vente parvient-elle à rester pertinente ?

La transmission du savoir se fait en dehors des algorithmes de Google, heureusement ! Pour les échecs, le combat a été perdu depuis que Kasparov a perdu contre « Deep Blue », mais dans notre métier, l’expertise est essentielle. L’intuition, la capacité à analyser une œuvre dans son ensemble comme dans ses détails, l’enseignement des maîtres, la parfaite connaissance de telle école ou de tel mouvement artistique, nécessite en permanence un esprit humain avec ses doutes et ses certitudes, et qui apporte une véritable valeur ajoutée.

Le dialogue avec les collectionneurs a-t-il tout de même évolué ?

Oui bien sûr. Ce qui a le plus évolué, c’est la connaissance parfaite que les clients ont de la valeur des transactions passées, grâce à des plateformes comme Artnet ou Artprice. Ceci étant dit, une vente aux enchères reste un moment exceptionnel où le marché est en action devant vous. Elle reste une expérience unique. On peut le faire pour des œuvres qui dépassent 50 €, 50 000 €, ou 5 000 000 €, mais c’est toujours la même passion, le même engagement et le même plaisir de la rencontre entre l’offre et la demande.

Comment le numérique fait-il évoluer cette expérience ?

Aujourd’hui vous pouvez enchérir sur internet, notamment sur votre portable grâce à l’application Christie’s, et ce sans vous inscrire au préalable à la vente si le montant ne dépasse pas 30 000 €. C’est un changement radical, dans la mesure où vous avez désormais une salle de marché ouverte sans forcément pouvoir mesurer avant la vente l’intérêt qu’elle pourra avoir. Le commissaire-priseur a besoin d’un troisième œil, au delà de la salle et de téléphone, celui de l’écran en face de lui, qui donne les ordres d’Internet. Et quand la connexion Internet se trouble ou s’interrompt, on arrête la vente !

La part du digital va-t-elle continuer à croître ?

Aujourd’hui, environ 16 % des ventes sont faites via Internet. L’un des indicateurs que l’on suit particulièrement est la valeur moyenne des lots réalisés sur des ventes exclusivement en ligne, et celle-ci continue de croître. Un Richard Serra s'est vendu à 900 000 $ dans une vente en ligne, des bijoux à 120 000 €, des céramiques de Picasso à 50 000 €. Cela dit, passé un certain prix ou une certaine forme, il est indispensable que le collectionneur ait un contact physique avec l’œuvre. Et n’oubliez pas que l'expérience ultime des enchères, ce sont les frissons que l’on éprouve dans une salle de vente.
Crédits photo : Sylvain Fuchs
Article paru dans le numéro #80 VINTAGE
Recevoir le magazine Inscrivez-vous pour recevoir chaque semaine l'essentiel de la culture, du business et de l'art de vivre.
Fermer
« L'expérience ultime de la salle de vente, c'est le frisson » à un ami.
(*) Obligatoire
Fermer
Modifiez votre mot de passe
Fermer
Veuillez saisir votre identifiant
Fermer
Fermer
Bienvenue sur Pluris
Inscrivez-vous pour rejoindre
la communauté Pluris et recevoir chaque semaine le magazine.
Créer un compte avec un email
Bienvenue sur Pluris
, complétez le formulaire pour terminer votre inscription.