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Julien Tissot
Reportage | 12 nov.
6 mn

Déroutes du Rhum
Tout le monde ne franchit pas la ligne d'arrivée de la célèbre transat. Comment survivre à la déception ?

Voilier route du Rhum
Voilier route du Rhum
Voilier route du Rhum
Des milliers de passionnés agglutinés sur le haut des falaises de la Baie de Saint-Malo, des centaines d’embarcation en guise d’escorte : les 91 skippers de la 10e Route du Rhum ont pris le départ dans une ambiance de fête. Comme tous leurs concurrents, Sébastien Rogues et Bertrand de Broc étaient gonflés à bloc par la liesse populaire qui entoure la célèbre transat en solitaire.
A bord de son Class40 aux couleurs de GDF Suez, Sébastien Rogues est un jeune lion ambitieux de 28 ans qui ne vise que la victoire. Ces deux dernières années, il a multiplié les performances et apparaît comme l’étoile montante de la voile. Sur son monocoque Votre nom autour du monde, Bertrand de Broc participe à sa troisième Route du Rhum. A 54 ans, ce vieux loup de mer espère accrocher une place sur le podium. Les deux skippers préparent minutieusement cette course depuis des mois.
Sébastien Rogues, route du Rhum © DR

Voile déchirée

Pour Sébastien Rogues, c’était le « départ de sa vie ». Le vent soufflait très fort et la mer était agitée. Il creuse l’écart, tandis que de Broc fait une entrée en matière convenable.
Rapidement, Rogues casse des capteurs en tête de mât mais ne baisse pas les bras pour autant : il continue de voguer à un rythme soutenu. C’est alors que la direction de course lui demande de se dérouter pour porter assistance à un concurrent en détresse. « Je n’ai pas hésité une seconde. La voile possède des valeurs d’entraide qui n’existent pas dans d’autres sports, c’est ce qui fait sa noblesse. » Il prend du retard sur les autres participants et affronte une nouvelle casse de matériel : « Ma grand voile s’est déchirée », lâche-t-il dépité.
Sébastien Rogues est obligé d’abandonner après trois jours de course. Il file la métaphore pugilistique pour évoquer l’enchaînement des avaries et ce qu’il a ressenti : « D’habitude on prend des coups et on essaye de récupérer mais là j’étais coincé dans l’angle du ring, j’ai reçu beaucoup de coups violents en peu de temps et j’étais KO. »
Bertrand de Broc, route du Rhum © DR

Blessure

Bertrand de Broc, lui, a été éprouvé physiquement par cette course. Il n’a pu concourir qu’une vingtaine d’heures et a aussi rencontré des problèmes techniques. « Une rafale de vent m’a éjecté à plus de trois mètres et j’ai heurté un winch au passage. Le coude amoché, j’avais un bras invalide. Je ne pouvais plus continuer, car je n'étais plus en état de prendre du plaisir en course, ce qui était pour moi l'objectif de cette Route du Rhum », regrette-t-il. Sous voilure réduite, le navigateur cornouaillais a rejoint Lorient avant de rendre les armes.
« Au moment de l’abandon, j’ai évidemment pensé à ma femme et à mes proches. La désillusion est brutale », reconnaît Sébastien Rogues. « C’est un échec », admet Bertrand de Broc sans fard. Mais il n'en est pas mort, la voile est sport mécanique avec ce que ça implique de casse et de soucis techniques.

Partenaires durables

Les deux navigateurs ont vogué sur des petits bijoux de technologie à plusieurs centaines de milliers d’euros. Sébastien Rogues considère même qu’il avait peut-être « le meilleur bateau ». Pour financer ces bolides des mers, il faut des sponsors. Sébastien Rogues préfère parler de partenaire pour qualifier sa relation avec GDF Suez. « Nous formons une famille. » Ce projet soude les équipes de l’entreprise qui ont suivi l’aventure de ce jeune loup de mer. « Les marins racontent des histoires qui font rêver. »
Le partenariat de Bertrand de Broc est plus singulier puisque Votre nom autour du monde rassemble 600 anonymes qui ont accepté de mettre la main à la poche pour que le skipper puisse prendre la mer. Il peut aussi compter sur un sponsor fidèle, Lorans robinetterie. Ces échecs n’ont pas ébranlé la confiance que leurs sponsors leur avaient accordée, car ceux-ci savent bien dans quoi ils s'impliquent, et Bertrand de Broc est déjà parti à la recherche de nouveaux financements.

Retour à terre

De retour sur la terre ferme, les deux hommes ont reçu énormément de messages d’affection, « des milliers de mails » pour l’un, « une quantité impressionnante de marques de soutien sur les réseaux sociaux » pour l’autre. « Ca fait vraiment chaud au cœur ! »
Pas découragés le moins du monde, les deux skippers ont des projets plein la tête. « Loïck Peyron a bien gagné sa première route du Rhum à 54 ans, ça me laisse de la marge », conclut Sébastien Rogues.
Crédits photo : DR
Article paru dans le numéro #42 COMÈTE
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