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Aurore de Lignières
Portrait | 28 nov.
8 mn
My name is Zula, Zula Zazou.
Son nom de scène lui colle à la peau. Elle a réalisé son rêve de petite fille en intégrant la troupe du Crazy Horse. Depuis 14 ans et demi (un record) elle met son talent et sa beauté au service du théâtre mythique qui participe, aussi sûrement que le Louvre ou la Tour Eiffel, au rayonnement de la capitale dans le monde entier.
Carte de visite parisienne en forme de fantasme pour touriste américain qui fait beaucoup d’effet dans les dîners.
Zula Zazou, danseuse au Crazy Horse © DR
Zula Zazou, danseuse au Crazy Horse
Comment devient-on danseuse du Crazy Horse ?
À la mort de ma mère quand j’avais 8 ans, j’ai senti que j’avais besoin de m’exprimer en faisant quelque chose d’artistique. J’ai grandi en Afrique, mais ma sœur était danseuse du corps de ballet de l’Opéra de Marseille. Je me souviens que toute petite, je regardais les reportages de fin d’année sur le Crazy Horse, cela me faisait rêver. Quand les gens me demandaient 'Qu’est-ce que tu voudrais faire plus tard ?', je ne savais pas bien expliquer ce que j’avais vu, alors je répondais juste 'Je veux être nue !' (rires). C’est vrai que j’étais beaucoup toute nue en Afrique, je n’étais pas très pudique. J’ai vraiment commencé la danse à 15 ans, avant c’était plutôt de la danse africaine. Mais 15 ans, c’est très tard pour commencer la danse, alors j’en ai fait intensément pendant 3 ans, et j’ai progressé très vite. Puis je suis montée à Paris pour faire du théâtre. Et je suis tombée sur une audition pour une revue de cabaret du 31 décembre à Dakar. Justement, ma sœur vivait à Dakar à ce moment-là, alors j’y suis allée, j’ai été prise, j’ai fait le spectacle, et la chorégraphe m’a rappelée pour m’engager. J’aimais bien ce petit cabaret, mais mon autre sœur, qui regardait avec moi les fameux reportages de fin d’année sur le Crazy Horse, m’a convaincue de passer une audition. Moi, je repoussais car j’avais trop peur de ne pas être prise… En fait, j’ai été engagée tout de suite !
Zula Zazou, danseuse au Crazy Horse © DR
Zula Zazou, danseuse au Crazy Horse
Vous croisez des gens d’horizons très différents, vous avez une allure très parisienne, vous pourriez être mannequin, styliste ou directrice marketing. Quel est l'effet sur vos interlocuteurs quand vous dites que vous êtes danseuse au Crazy Horse ?
Je vois dans leurs yeux de la surprise, de la fascination. Mais je vois aussi un certain respect, car les gens savent que les critères du Crazy Horse sont particuliers, que c’est une troupe exigeante et que ce métier demande une rigueur quasi militaire. Globalement, cela attise la curiosité. Ce sont souvent les femmes qui sont le plus impressionnées. Pour les hommes, cela évoque quelque chose de… différent (sourire). Il faut dire qu’ils confondent parfois avec le Lido. Ils disent 'Ah, vous avez des plumes !'. Mais non, ça c’est le Lido ! Du coup, je suis parfois gênée de dire 'Je suis danseuse au Crazy Horse'. Je dis simplement 'Je suis danseuse', et si on me demande 'Quel genre de danse ?', alors je réponds 'Cabaret', et c’est seulement si on insiste en demandant 'Mais quel genre de cabaret ?' que je finis par lâcher 'Crazy Horse'. Mais j’ai surtout des réactions positives, d’une certaine façon, mon métier « en impose » socialement. Plus rarement, j’ai des réactions de femmes jalouses, qui me font des petites remarques assassines du genre 'Vous n’êtes pas plus grandes que ça au Crazy ?' tout en s’accrochant à leur mari. Dans ces cas-là, sans m’en rendre compte je change de comportement, je deviens très sociable et complice avec les femmes pour ne pas me mettre en concurrence avec elles, et je parle peu à leurs compagnons.
Zula Zazou, danseuse au Crazy Horse © Kay-Paris Fernandes
Zula Zazou, danseuse au Crazy Horse
En quoi vous sentez-vous parisienne ?
Je me sens parisienne parce que mon métier me définit ! Et le Crazy Horse, c’est une institution parisienne, comme la Tour Eiffel ! Je vois la Parisienne comme une femme moderne, indépendante, active, qui s’assume. Comme elle, je prends les devants, j’essaie de me réinventer, je n’attends pas le Prince Charmant pour m’affirmer. Je m’intéresse beaucoup à la vie culturelle, je vais à la Fiac, je vois beaucoup d’expositions, je vais à des concerts. Je suis de près tous les jeunes créateurs, j’adore la mode, c’est très parisien, ça aussi, non ? Pour moi c’est vraiment une passion, j’aime me transformer, changer de look et de visage suivant mes humeurs, ne pas être toujours la même, être multiple. Par contre, je n’ai pas beaucoup d’adresses de bons petits restos, car tous les soirs, je suis sur scène !
Quels sont vos lieux parisiens de référence, ceux qui vous font sentir très parisienne ?
Tous les soirs, je rentre chez moi en taxi en longeant les quais illuminés, je suis éblouie, c’est sublime ! Et là, j’ai conscience d’habiter une ville incroyable. Sinon, j’aime les lieux chargés d’histoire, comme la Closerie des Lilas, le quartier de Montparnasse et de Montmartre, le Paris des années 20-30, des artistes et de leurs muses, de Foujita, de Man Ray, de Kiki de Montparnasse… J’aime aussi les théâtres mythiques parisiens, où l’on joue des pièces de Feydeau. J’aime les salles de cinéma d’auteur du 5e, qui ferment progressivement hélas. Et aussi le métro avec les joueurs d’accordéon… Oui, moi j’adore !
Zula Zazou, danseuse au Crazy Horse © DR
Zula Zazou, danseuse au Crazy Horse
Quelles sont vos icônes parisiennes ?
Kiki de Montparnasse, ma référence absolue, Zizi Jeanmaire, Barbara, Juliette Gréco, Arletty, Joséphine Baker, Mistinguett, les héroïnes des films de Truffaut et Lelouche. J’adore la chanson Les uns et les autres, interprétée par Nicole Croisille.
Quelques bonnes adresses parisiennes à partager
• La Grande Epicerie du Bon Marché, un rêve !
• Les macarons de Pierre Hermé.
• Le club Le Silencio, mon préféré.
Croquis
Louboutin dessine les souliers de scène du Crazy Horse.
Croquis des souliers du Crazy Horse par Christian Louboutin © Christian Louboutin
Crédits photo : Zula Zazou, danseuse au Crazy Horse, Man Ray, Kay-Paris Fernandes, DR, Christian Louboutin, Catel et Bocquet, Casterman, Antoine Poupel
Article paru dans le numéro #44 VIVACES
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